SOCIETE

LE BOIS, BIEN DURABLE ?
Dans la France métropolitaine actuelle, la forêt couvre 150 000 km2, 15 millions d’hectares, 28 % du territoire. Presque le double des superficies qui subsistaient en 1850 ! De toujours le bois fut le plus sûr allié de l’homme face à une nature hostile et donc très largement utilisé pour se chauffer, pour s’abriter. Puis ce double usage connut un recul, d’abord lent au mitan du XIXe siècle, accéléré à celui du XXe.
Le bois dont je me chauffe : longtemps ce fut l’unique combustible utilisé par l’homme. Puis éclipsé en deux étapes : au XIXe siècle remplacé par le charbon ; après la Deuxième guerre surclassé par les combustibles liquides (fuel et gaz) et dans une moindre mesure par l’électricité.
Pourtant l’accroissement naturel annuel de nos forêts représente un volume de 103 millions de m3 : tant que le cubage prélevé est inférieur, on peut légitimement affirmer que le bois est une énergie renouvelable. Les 35 millions de m3 actuellement exploités fournissent à la France 9 millions de TEP, 4 % de sa production totale d’énergie. C’est qu’aujourd’hui le chauffage bois revient en faveur ; dans une maison individuelle sur deux, le bois est un mode de chauffage principal ou accessoire (45 % en insert et foyer fermé, 27 % en foyer ouvert, 13 % en poêle, 9 % en cuisinière et 6 % en chaudière individuelle).
Ecologique ? En brûlant, le bois ne fait que libérer dans l’air le CO2 qu’il a absorbé durant sa croissance. Son impact est donc neutre sur l’effet de serre. Selon l’ADEME, in fine, de l’extraction à la chaleur produite, gaz, fioul et électricité émettent respectivement 234, 466 et 200 kg de CO2 par MWh. Le chauffage au bois n’en émet que 42.
Le bois dont je m’abrite : La construction bois est, en France, particulièrement en retard par rapport à d’autres pays, nordiques notamment. Pourtant quelques précur- seurs, dès les années 70, mi- litèrent en sa faveur. Mais les préjugés étaient tenaces : le bois c’est le risque incendie,
et sa durabilité est hypothétique. Ajoutez à cela les blocages politiques et administratifs organisés par les très influents lobbies de la construction conventionnelle, bétonneux, marchands de parpaings ou de fer à béton...
Certes le bois d’œuvre a des défauts : commençons donc par eux. Le bois est un piètre isolant phonique, notamment quant aux bruits aériens. Le bois n’est pas inerte : il subit du retrait (séchage après la coupe) et du mouvement (après le séchage, selon les variations d’humidité de l’air) ; les pièces en contact avec l’humidité doivent donc être assemblées de manière à permettre leur mouvement. En période estivale le bois est moins agréable que la pierre car accumulant peu la fraîcheur de la nuit. Non traité, il est la proie d’insectes xylophages, de champignons et bactéries.
Mais en regard, que d’avantages ! Le bois est léger : quatre à cinq fois plus que le béton et quinze à dix-sept fois plus que l’acier. Mieux qu’on ne le croit, le bois résiste à la compression et la traction ; son point faible est la résistance à la compression mais cela peut être résolu par un rapport hauteur-largeur relativement compact. Dans les pays à risque sismique comme le Japon, le bois est apprécié pour sa capacité à absorber les chocs sismiques au lieu de les transmettre.
La supériorité du bois comme matériau isolant est sans appel : sa conductivité thermique est dix à quinze fois plus faible que celle du béton et trois ou quatre cent fois plus faible que celle de l’acier. Un bâtiment bois se chauffe facilement ; la température des parois est proche de celle de l’air intérieur ambiant, ce qui augmente le confort thermique ; les ponts thermiques sont limités. A paramètres mécaniques semblables, les murs en bois sont de 15 à 20 cm moins épais que des parois en maçonnerie : le gain de surface intérieure est alors d’environ 10 % pour une maison individuelle, ou autorise la mise en œuvre d’une forte épaisseur d’isolant entre les montants de l’ossature.
Hors d’eau, les maisons de bois sont remarquablement stables : des habitations à colombage de 1750 sont encore en bon état ; certaines fermes datent de la fin du XVIe siècle, notamment en Bretagne, en Normandie et en Alsace. En Scandinavie, en Slovaquie, en Pologne, des églises en bois existent depuis 600 ans. Certaines essences ont une résistance élevée à la corrosion, notamment chimique.
Le bois est hygroscopique. Quand il y a trop d’humidité dans la maison, le bois absorbe cet excès pour le libérer quand l’ambiance est desséchée. Or un manque d’humidité favorise les inflammations des voies respiratoires, la présence de germes pathogènes dans l’air, l’augmentation des charges électrostatiques... tandis qu’un excès d’humidité perturbe les échanges de chaleur entre le corps et son environnement, sensibilise la cornée...
Et contrairement à l’idée reçue, le bois résiste mieux à l’incendie que d’autres matériaux. Lorsque les armatures du béton armé se déforment et font s’effondrer la structure, le bois massif lui ne brûle que de 0,7 mm par minute (4,2 cm par heure). Il se dilate peu et la structure reste stable, même si l’incendie dure longtemps. Enfin, les statistiques prouvent que le risque d’incendie n’est pas plus élevé pour les maisons en bois que pour les maisons traditionnelles.
Au plan constructif, l’utilisation du bois nécessite peu de matière et d’énergie : la fabrication est naturelle, la transformation est faible, la mise en œuvre consomme peu de produits annexes. La pollution du milieu physique par le chantier est très faible et les déchets peuvent parfois être recyclés. On peut se passer de gros engins de chantier, ce qui réduit les nuisances (bruit, poussières) et les coûts. La préfabrication raccourcit fortement la durée du chantier, et la construction est sèche, ce qui permet d’effectuer plus vite les finitions et d’habiter tout de suite.
L’emploi de panneaux de bois massif contrecollés a fait ses preuves depuis plus de trente ans en Autriche et en Allemagne. Un bâtiment de 8 étages totalement en bois a ainsi été édifié en 2009 selon cette technique, qui autorise une grande liberté architecturale (grandes ouvertures, porte-à-faux importants, découpes complexes et travaillées, etc.). Parions donc que le « décollage » de la construction bois, intervenu dans la première décennie du siècle, va se démultiplier dans la deuxième !
S’il faut donner un exemple de ce que la réflexion écolo-responsable reste encore, inévitablement, marquée d’idées reçues, celui de l’hôpital est illustratif. En effet cette institution, qu’il s’agisse de l’hôpital public ou de la clinique privée, a échappé au mouvement de mise en cause des activités polluantes surgi (en tant que courant socialement consistant et non plus limité à une avant-garde d’éclaireurs) à la fin des années 1970.
Par Dominique Mathis
A cela plusieurs raisons : = La sensibilisation aux dommages environnementaux provoqués par les activités humaines découla de plusieurs accidents : Torrey Canyon en 1967, Seveso en 1976, Three Mile Island en 1979, Bhopal en 1984, Tchernobyl en 1986… tous intervenus dans le domaine industriel ou du transport. Les établissements de santé, n’étant ni des usines ni des transporteurs, restèrent donc à l’écart de toute incrimination. = Sans qu’on en soit toujours clairement conscient, nous sommes, en France, conditionnés par les catégories juridico-administratives : or nous disposons en ce domaine d’une nomenclature très ancienne (puisqu’elle remonte à… 1810) celle des installations classées, où ne figurent en tant que tels ni hôpitaux ni cliniques. = Enfin, l’image des établissements de soins a été et reste très positive dans l’opinion, bien loin de celle des industriels et transporteurs pollueurs. Pour autant, on peut polluer comme M. Jourdain faisait de la prose : sans le vouloir, sans le savoir, sans trop vouloir le savoir… et sans que cela se sache. L’hôpital est pourtant un énorme consommateur d’eau, d’énergie, de produits d’entretien, qu’il faut ensuite éliminer. Alors, un site hospitalier peut polluer directement : pendant des années les hôpitaux ont délivré aux services de collecte d’ordures ménagères des milliers de tonnes de déchets à risques aux plans infectieux, biologique ou chimique. Lorsque ce fut interdit, ils s’équipèrent d’incinérateurs in situ brûlant à une température inférieure aux 800°C aujourd’hui recommandés et émirent dans l’atmosphère quantité de particules diverses et variées. Quant à leurs effluents liquides, ils évacuèrent au réseau public, sans traitement préalable, tous les résidus pharmacologiques et produits chimiques de nettoyage et de désinfection utilisés au quotidien. En outre, un établissement de soins génère un risque de pollution potentiel lorsqu’il confie ses résidus à des opérateurs chargés de les traiter sans que la traçabilité subséquente soit suffisamment assurée : certes la France est ou semble épargnée de telles négligences, mais on a connu en Allemagne il y a une douzaine d’années, en Italie plus récemment, des trafics criminels ou mafieux d’ampleur. Enfin, chaque malade qui sort, ou qui est soigné en ambulatoire puisque les alternatives à l’hospitalisation complète se développent, emporte avec lui des médicaments, dispositifs médicaux ou autres équipements de soins potentiellement polluants. Pour ne pas, ou peu, avoir été exposé à l’amicale pression de l’opinion publique, l’hôpital est-il pour autant resté inerte, pollue-t-il aujourd’hui autant sinon plus qu’hier ? Heureusement non ! Diverses raisons à un progrès incontestable : = D’abord la législation : initialement focalisée sur les activités industrielles et agricoles, elle s’est progressivement étendue à toutes les sources de pollution professionnelle et cette tendance s’est accélérée au point qu’aujourd’hui chaque responsable hospitalier est confronté à un foisonnement difficilement maîtrisable de normes juridiques impératives. Car une spécificité de l’hôpital est la multiplicité de ses process (on disait déjà il y a 50 ans que l’hôpital est une petite ville) de la restauration au laboratoire, de la blanchisserie à l’imagerie, du nettoyage aux analyses de laboratoire, de la chaufferie à la radiothérapie. Elle lui pose en l’occurrence de redoutables défis. = Ensuite une culture : primum non nocere, d’abord ne pas nuire ; ce précepte d’Hippocrate, tout professionnel de santé le connaît et tente de le respecter. = Mais aussi d’indéniables progrès technologiques, toujours accueillis avec empressement par la plupart des hospitaliers, médecins ou gestionnaires. Sans pouvoir livrer ici une énumération exhaustive, citons le souci de minimiser les émissions selon le principe que le déchet le plus facile à traiter est celui qui n’a pas été produit en utilisant des doses ou quantités mieux ciblées en pharmacologie, en bio nettoyage, en radiologie ou en blanchisserie ; ou encore le saut qualitatif de l’imagerie numérique qui supprime radicalement films argentiques et bains de développement. = Quant à la construction hospitalière, elle a accompli ces dernières années des avancées remarquables et, après un temps d’hésitation, s’est résolument impliquée dans la démarche haute qualité environnementale : un référentiel de construction HQE bâtiments de santé a été édité en mai 2008.
Certes, comme dans tout système institutionnel, cela ne s’est pas fait d’un coup : il y a eu, il y a encore, des pesanteurs à vaincre, des immobilismes à bousculer, des conformismes à mettre en cause, bref un grand débat à mener entre professionnels de santé, représentants de patients et autorités publiques nationales et locales. Mais à tout progrès il faut un début, il faut des précurseurs… et il y en eut. Par exemple en Picardie, dès 1992, le réseau régional énergie-environnement coordonna la démarche de 17 hôpitaux publics. Il faut ici signaler l’action de ceux qui emportèrent graduellement la décision, représentant à égalité de dynamisme et d’implication les deux secteurs public et privé, je veux nommer les remarquables François MOURGUES et Olivier TOMA, l’un directeur d’hôpital et l’autre de clinique. Ils animent le c2ds, comité pour le développement durable en santé (www.c2ds.com) créé en mai 2006. Ils ont publié début 2009 chez FL Médias un ouvrage, Guide des pratiques vertueuses – Développement durable, indispensable à lire parce qu’il est complet et engagé. Complet : il traite de l’éco-construction, de l’économie d’énergie, de la préservation de l’atmosphère, des achats responsables, des déchets, de la santé durable au sens le plus large. Authentiquement engagé, car ses deux auteurs sont animés d’une belle conviction.
Rien ne vaut mieux que de citer leur préface : « L’investissement historique des scientifiques bien sûr, mais le besoin de redonner du sens à nos métiers de santé et un engagement citoyen dans la dynamique de l’agenda 21, nous poussent aujourd’hui à agir. Ensemble nous impulsons une dynamique santé-environnement audacieuse, inventive en direction des secteurs hospitaliers public et privé pour créer une nouvelle approche durable et solidaire des soins. Car nos missions de professionnels de santé nous obligent à une plus grande responsabilité et un devoir d’exemplarité en termes de développement durable… Les établissements hospitaliers et médico-sociaux sont structurants de notre société moderne. Ils ont une responsabilité importante dans le respect de notre environnement, un poids économique majeur et un potentiel éducationnel considérable en direction des millions de femmes et d’hommes qu’ils accueillent. Nous avons la conviction que le développement durable doit devenir l’axe majeur de notre politique de santé en France et plus largement en Europe… Nous poursuivons avec obstination et raison cette utopie… de faire avancer les hommes vers un monde meilleur et durable. » François Mourgues est un directeur d’hôpital atypique. Ingénieur des Arts et Métiers, il introduit le développement durable dans les cours qu’il donne au Conservatoire des Arts et Métiers dès la fin des années 90. Chef du projet Construction au Ministère de la Santé, il devient directeur de CH d’abord à Béziers, puis à Alès, où il supervise la construction du premier hôpital vert de France dont l’achèvement est prévu cette l’année, juste avant son départ à la retraite. Réputé pour faire plus original que les originaux, il pourfend les idées reçues : « Pourquoi installer des sols sans phtalates, alors qu’on les a toujours utilisées ? me demande-t-on sans arrêt ! Pour rendre le développement durable concret, il faut agir et expliquer ! » Olivier Toma est le premier moteur du c2ds. « L’histoire est simple » explique ce quadragénaire débordant d’idées et d’énergie, « Quand j’ai été nommé directeur de la clinique Champeau à Béziers en 1992 il n’existait pas de démarche
qualité. » Un scandale, pour un homme issu de l’école hôtelière où la culture du service est au coeur du métier. Il décide donc d’inventer une démarche qualité spécifique à la santé, qui lui vaut la mention du Prix de la Qualité, remise par Jacques Chirac en 1995. Ce passionné réalise que les pratiques de santé nuisent non seulement à l’environnement, mais aussi à la santé des patients. C’est ainsi qu’il décide de s’engager dans le développement durable, pour rendre concrète une vision plus juste et plus saine de l’activité de soin. Nous pourrions citer quelques autres applications, parmi les premières : au CH de Douai, au CHR d’Orléans, au CHU de Brest, à l’hôpital Saint- Joseph à Lyon, à la clinique Delay à Bayonne… mais nous en oublions, car leur nombre augmente chaque jour. Désormais, un haut fonctionnaire au développement durable coordonne les Ministères de la Santé et du Social et les partenaires comme l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) ou le GPEM/DDEN (groupe permanent d’études des marchés / développement durable, environnement). Parallèlement, le périmètre de la démarche d’éco-conception s’élargit à l’ameublement, à l’entretien, au textile, à l’éclairage, à la politique des achats, à la nutrition santé, à la toxicologie des dispositifs médicaux, ou encore à la santé au travail... Le c2ds a mis en place un IDD, indicateur développement durable en santé pour connaître l’empreinte écologique de chaque établissement et mesurer ses rejets en CO2. Le premier hôpital vert d’Alès ne restera pas longtemps seul !
VOTRE ARGENT EST-IL ETHIQUE ?
Si, comme moi, vous avez placé vos économies dans l’une des 8 grandes banques françaises, sachez que vous financez aussi de graves dommages environnementaux et sociaux, les trafics de drogue d’armes et d’humains, et soutenez, même, de sinistres dictatures. Explications.
Par Michel Moreau
On pensait avoir tout appris des codes de mauvaise conduite du secteur bancaire : gabegie de bonus, investissements à risques et jeux d’actions pourries ou faillites frauduleuses, mais si l’on gratte encore un peu, on découvre avec stupéfaction, que nos banquiers frayent, à travers leurs filiales installées dans les paradis fiscaux, avec la grande délinquance. La BNP-Paribas en tête –que certains surnomment la BNP-Paradis, le Crédit Agricole et la Société Générale totalisent à elles seules plus de 460 succursales dans les paradis les plus opaques de la planète. N’oublions pas le Crédit Mutuel-CIC, HSBC, la très branchée ING et même La Poste. En clair toutes les grandes banques auxquelles nous avons affaire tous les jours. Quand on leur demande la raison de leur présence dans ces hauts lieux de la délinquance financière, la réponse est simple : pour répondre à la demande de leurs clients. Et puis au nom de la concurrence, il faut être dans la place. Mais qui sont donc ces fameux, j’allais dire fumeux clients ? Dans le meilleur des cas se sont de riches clients qui souhaitent faire fructifier leur patrimoine à l’abri du fisc ou des multinationales qui souhaitent bénéficier des services « d’optimisation fiscale ». Dans la pire hypothèse, il s’agit d’individus ou d’organisations mafieuses soucieux de blanchir l’argent de la drogue ou du crime en général ou encore de certaines multinationales aux pratiques illicites (corruption, détournements et comptabilités falsifiées). Lorsque l’on sait que l’ampleur financière de la criminalité mondiale est estimée à 1 000 milliards de dollars par an, on a une petite idée des sommes à blanchir…et des profits potentiels pour les banquiers peu regardants.
Enfin, ces paradis fiscaux permettent à nos honorables banques de mener des activités de crédit et de spéculation tout en s’affranchissant des lois contraignantes et du contrôle des autorités financières en vigueur dans notre pays. C’est ainsi que certains acteurs financiers internationaux ont joué avec le feu en engageant via leurs filiales dans les paradis fiscaux
des sommes si importantes qu’elles sont devenues une menace sur leur existence même, lors de la crise financière, obligeant parfois leurs gouvernements à les soutenir pour éviter la faillite. Des pratiques qui ont lourdement contribué à la faillite du système financier. Et qui continuent de plomber l’économie mondiale : en soustrayant à l’impôt des sommes considérables, les banques, par leur complaisance, privent les états, et par conséquent vous, moi et tous les citoyens lambdas, de ressources fiscales cruciales en ces temps de crise. Bref, ceux qui, côté face, nous proposent une image solidaire, éthique et responsable de la finance font, côté pile, des affaires louches à l’ombre du secret bancaire en vigueur aux îles Caïman, mais aussi à Jersey, Luxembourg ou Monaco. Et, sur la tranche, si j’ose dire, ces mêmes banques financent le plus légalement du monde les projets les plus prédateurs.
Armes, énergies fossiles et grands projets sont les secteurs de prédilection des banques françaises.
Comme le révèle en détails l’association Les Amis de la Terre sur le site www.secretsbancaires.fr, nos trois fleurons bancaires français, cités plus haut, investissent dans des projets ou des entreprises fortement dommageables pour la planète. Si le Crédit Agricole vient de vendre ses actions de la compagnie Chinoise Dongfeng – grand fournisseur de camions militaires à la junte Birmane- , il commerce toujours avec la compagnie pétrolière Lundin Petroleum, un des plus proche soutien au gouvernement Soudanais, accusé de nettoyage ethnique continu au Darfour. En mars 2005, BNP Paribas a participé à hauteur de 60 millions de dollars à un crédit renouvelable de cinq ans de 1,25 milliard d’euro pour Textron qui produit des bombes à sous-munitions. Nos trois banques investissent, par ailleurs, dans EADS, le 2° fournisseur européen d’armement, dont les bons clients sont la Libye, le Tchad ou l’Angola comme l’a rappelé le procès de l’Angolagate. La schizophrénie du secteur bancaire est certainement à son paroxysme dans le double jeu des offres « vertes » et l’implication de ces mêmes banques dans les projets les plus polluants mis en œuvre aux quatre coins du monde. En mars 2007, Calyon, le nom du Crédit Agricole depuis sa fusion avec le Lyonnais, a participé pour un montant de 227 millions d’euro à un prêt total de 7,5 milliards d’euro, le tout pour Freeport McMoran. Freeport McMoran rejette chaque jour 230 000 tonnes de déchets pollués dans la rivière proche de la mine de Grasberg (Indonésie). Les opposants de la mine sont durement réprimés par les forces militaires corrompues par la compagnie. ING investit dans PetroChina et Total, compagnies qui exploitent le pétrole de Birmanie. Incités par la Société Financière Internationale -une filiale de la Banque Mondiale- à prendre en compte l’impact environnemental et social de leurs investissements, certains banquiers ont mis en place en 2003, le Pacte d’équateur. Une charte de « bonne conduite » et d’obligations calquée sur celle de la Banque Mondiale. Une quarantaine de banques sont venues rejoindre les 4 banques fondatrices en 2006. Le Crédit Agricole est la seule banque française à avoir signé, cela ne l’empêche pas d’agir de manière fort dommageable, comme on l’a vu plus haut. Pourtant certaines banques à l’origine de la démarche prennent l’affaire au sérieux comme l’indique André Abadi, qui supervise la mise en oeuvre des Principes d’Equateur au siège hollandais d’ABN Amro : « En 2005, nous avons refusé deux projets hydroélectriques et trois autres concernant une aciérie, une entreprise forestière et une mine d’or. Le respect des Principes a pesé dans cette décision.» Même si, admet-il, « d’autres raisons ont également joué ». Mais le manque de transparence des banques qui ne publient aucun rapport sur les moyens qu’elles mettent en œuvre pour l’application de ces principes, fragilise d’autant la valeur du Pacte d’équateur.
Quant à savoir si les banques de l’hexagone font preuve d’un engagement véritable dans la démarche « éco-friendly » comme on dit à la City, selon les rapports croisés des Amis de la Terre et d’Alternatives économiques, seules deux banques ont un bilan positif : la Nef et le Crédit Coopératif. N’y voyez aucune collusion si ces deux enseignes sont, par ailleurs, mentionnées dans nos colonnes…Sur une échelle de 10, les 8 autres grandes banques françaises sont bien en dessous de la moyenne, puisque la meilleure, si l’on peut dire, pointe à 2,8, avec un bonnet d’âne au Crédit mutuel-CIC qui affiche un presque zéro pointé, 0,9 exactement…
Alors, ma banque est-elle éthique ?
Pour le savoir, procurez-vous, sur le site www.secretsbancaires.fr les 10 questions à poser à votre banquier et si aux questions du type : Pourquoi n’y a-t-il aucune transparence dans vos financements / investissements? Ou encore : Où puis-je trouver plus d’informations sur vos politiques concernant les armes/les droits de l’Homme/l’environnement/ le développement durable? Vous n’obtenez pas de réponse satisfaisante ? Alors procurez vous sur ce même site une e-carte à envoyer à votre banque pour l’informer de l’intention de fermer votre compte. Et puis, migrez vers des banques comme la banque néerlandaise Triodos (du Grec signifiant « trois chemins ») qui entend lier le social et l’éthique à la finance, et qui est très engagée auprès des ONG. En France, les banques sont classées en 3 catégories la 1° avec seulement 2 banques : la Nef qui est la seule institution financière à avoir pour ordre de financer uniquement les projets à caractère environnemental, social et culturel, elle est également la seule à publier annuellement la liste des projets qu’elle finance avec le montant du prêt accordé et une description des activités financées ou le Crédit Coopératif, partenaire de cette même Nef. La seconde avec La banque Postale, Dexia, HSBC et le Groupe Banque Populaire. Mais de grâce évitez la dernière catégorie où l’on retrouve nos mauvais élèves du début de cet article.
Quant à moi, je sais ce qu’il me reste à faire !
Sources :
www.secretsbancaires.fr - www.amisdelaterre.org - www.alternatives-economiques.fr - www.novethic.fr
QUE CACHE LA VOITURE ELECTRIQUE ?
Constructeurs automobiles, hommes politiques, télévisions et autres médias influents, tous nous louent les mérites de la voiture électrique, après l’avoir longtemps vouée aux gémonies. Que cache cette spectaculaire volte face ?
Par Michel Moreau
Blue Car de Bolloré-EDF, BB pour Peugeot et même une gamme complète proposée par Renault, la voiture électrique arrive, avec fracas, sur le marché français… fin 2010, en 2011 ou 2012, bref, incessamment sous peu ! Vive la voiture écolo, demander ma voiture propre, zéro émission de CO2... tous nos constructeurs automobiles - et pas que français - nous racontent une histoire aux allures de conte de fée qui ressemble parfois au bagou des bonimenteurs d’élixir magique. Passons rapidement sur la pollution inhérente aux batteries que les constructeurs nous promettent totalement recyclables et sur les infrastructures d’approvisionnement encore inexistantes pour se poser La question qui fâche : d’où viendra la production électrique qui alimentera nos vertes voitures ? Rappelons tout de même que l’électricité n’est qu’un vecteur énergétique, pas une ressource. Pour produire de l’électricité, il faut brûler du charbon, du gaz, du pétrole, ou contrôler une réaction nucléaire.
Bref, produire de l’électricité, c’est déjà polluer. En France, c’est la filière nucléaire qui produit majoritairement de l’électricité et pour satisfaire les besoins de l’objectif fixé à l’horizon 2020 de 1,5 million de véhicules électriques, il faudra construire au moins 2 nouvelles centrales nucléaires.
Quand on sait que le parc automobile français frise les 36 millions d’automobiles, le calcul fait froid dans le dos au regard des conséquences : accroissement des déchets et risques d’accidents nucléaires. Mais pour prendre toute la dimension de la supercherie il faut regarder le problème à l ‘échelle mondiale où l’essentiel de la production d’électricité repose sur les énergies fossiles -pétrole et charbon. Pour faire simple, notre belle Renault électrique roulera sur les routes de Chine, d’Inde ou de Russie « grâce » à un combustible bien plus polluant qu’un bon vieux diesel, voire d’une traditionnelle voiture à essence… que l’on peut, par ailleurs, optimiser en attendant d’autres solutions moins - voire quasiment pas - polluantes dont je vous parlerai plus loin. C’est qu’avant de mettre au point une vraie alternative propre, et pourquoi pas un monde où le Dieu Bagnole ne serait pas l’unique voie - mais c’est un autre débat -, il serait peut-être judicieux de creuser du côté des solutions qui permettent une véritable économie de carburants comme le moteur Pantone ou le système Vulcano. Des solutions qui permettent d’économiser de 10 à 30% de combustible et qui sont utilisées par certains agriculteurs ou marins pêcheurs français… en toute illégalité, car bien que disponible sur le Net, les plans du moteur Pantone, n’ont fait l’objet d’aucune aide d’aucun gouvernement. Pourtant, à l’échelle de la planète, l’impact ne serait pas négligeable. Cherchez l’erreur et gagnez un porte-clés offert par nos grands pétroliers.
La voiture électrique, c’est l’arbre qui cache la forêt. Et quelle forêt ! Une forêt où la dépendance aux ressources d’énergie « propriétaires » seraient abolies. Des moteurs qui fonctionneraient à l’énergie solaire, à l’eau ou même à l’air comprimé. Une vue de l’esprit pour certains, une réalité palpable pour d’autres, et qui ne date pas d’hier. Dans les années 90 aux états-Unis, Stanley Meyer met au point un procédé de production d’hydrogène à partir de l’eau du robinet. Un hydrogène hautement inflammable, capable de faire fondre instantanément de l’acier. Lorsqu’il veut faire breveter sa découverte, Meyer se heurte à l’incrédulité du comité d’experts de la commission des dépôts. Il raconte avec amusement comment, au cours de sa démonstration, l’un des jurés sortit en hurlant dans les couloirs de la vénérable institution : « éteignez tous vos cigarettes, il y a de l’Hydrogène dans les locaux ». Malgré cet aveu spontané, Meyer devra attendre trois ans pour obtenir le document officiel attestant de façon irréfutable la certification de son invention.
Meyer va donc installer sa découverte sur un Buggy et le faire rouler, uniquement à l’eau. Pourtant, le petit ingénieur, rejeté par le sérail scientifique ne verra pas son rêve se réaliser. En 2006, au cours d’un dîner entre amis dans un restaurant, Meyer se lève soudainement et se dirige vers la sortie en criant avant de s’effondrer : « Ils m’ont empoisonné ». L’enquête conclura à une rupture d’anévrisme. Une mort subite que certains proches de l’inventeur n’hésitent pas à rapprocher de celle - quelques années plus tôt - du chercheur soviétique Alexander Chernetsky, à la veille de son départ pour les USA et qui travaillait sur les mêmes pistes. De quoi - sans mauvais jeu de mots - apporter de l’eau au moulin des tenants de la théorie du complot, d’autant que Meyer aurait reçu peu avant sa mort une offre de 1 milliard de dollars d’un consortium pétrolier pour racheter ses brevets. Mais gardons nous de tout rapprochement hâtif, qu’aucune preuve irréfutable ne vient corroborer…
Bien vivant, mais confronté à la même suspicion, le Français Guy Nègre, ingénieur automobile ayant officié en F1, est l’inventeur du moteur à air comprimé. Au départ, l’idée de Guy Nègre fut d’exploiter cette pratique que connaissent bien les mécanos de voitures de sports qui consiste, pour démarrer les moteurs récalcitrants, à injecter de l’air comprimé dans les cylindres. L’idée part de là, mais au lieu d’en injecter durant quelques secondes, on injecte l’air comprimé en permanence, et ça marche, ça roule même, et de façon économique et proprement. Cerise sur le gâteau, ces voitures utilisent des huiles alimentaires pour la vidange et rejettent un air plus pur que celui aspiré pour la propulsion. On se dit que devant tant de qualités les voitures de la marque MDI - nom de l’entreprise varoise - ont un boulevard devant elles. Que nenni, nombre de poids lourds de l’industrie, pétroliers et autres fournisseurs d’énergie mais aussi constructeurs automobiles, que la gratuité de l’air insupporte, voient le projet de Monsieur Nègre du plus mauvais oeil. Car non content de nous faire rouler gratis, l’ingénieux ingénieur préconise la mise en place de petites unités de fabrication de proximité, à l’inverse de la mutualisation mondialisée des constructeurs qui s’entredévorent à grands coups de rachats. À contresens du projet de développement durable et de croissance verte que les lobbies industriels voudraient nous vendre.
En fait la voiture électrique ne cache rien. Rien d’autre que l’habituel mécanisme du retour sur investissement, car ceux qui nous vantent la voiture électrique aujourd’hui sont les mêmes qui la dénigraient il y a encore peu. Mais qui en même temps se penchaient sur la question sans précipitation, ayant encore quelques vieilleries à nous vendre. Vous savez, des trucs comme le pétrole ou le moteur à explosion. Tout est question de tempo dans cette partition des besoins orchestrée par notre nouveau Maître, celui que l’on nomme tout bas et avec frisson : Le Marché. Nul doute que ce grand méchant loup saura nous proposer d’autres dépendances, mais il ne tient qu’à nous de ne pas plonger dans le premier miroir aux alouettes venu. Et si on n’en voulait pas du « tout électrique » - vous avez dit nucléaire ? Si on préférait vivre d’eau fraîche et d’air pur, et pourquoi pas d’amour, aurions-nous tort ? Ce qui est sûr c’est que nous passerions pour des illuminés, tout comme Stanley Meyer et Guy Nègre, mais aussi comme en leurs temps Clément Ader avant le premier vol d’éole, George Stephenson et sa locomotive à vapeur capricieuse ou encore Alexander Graham Bell et son téléphone quasi inaudible. Et pourtant, leur acharnement est devenu notre quotidien.
Le temps presse, la planète a besoin d’oxygène, et nous d’autres possibles, pas d’une bagnole faussement écolo.
Sources :
www.dailymotion.com/relevance/search/stanley+meyer/video/x1rdf_stanleymeyer
www.zdnet.fr
Le canard enchaîné
www.bladi.net
http://carfree.free.fr
L'ECOLOMAG N° 12
BIO-PIRATERIE : HOLD-UP SUR LE VIVANT
Laboratoires pharmaceutiques ou cosmétologiques, multinationales de l’agroalimentaire, PME-PMI du bien-être et aventuriers du génie génétique ont découvert un nouveau et juteux filon : le brevetage des ressources naturelles et vivantes de la planète.
Par Michel Moreau
Certes, le phénomène de Bio-piraterie ou Bio-piratage n’est pas nouveau : En 1630, les Jésuites Espagnols embarqués dans les bagages des Conquistadores avaient isolé d’un arbre -le Quinquina- la Quinine, qui, de nos jours sert encore à combattre la malaria et le paludisme. Par la suite, navigateurs, explorateurs et grandes expéditions avaient souvent rapporté de lointaines contrées plantes et écorces aux vertus bénéfiques. Mais jusqu’à « l’affaire Chakrabarty » dans les années 1980, la propriété des savoirs ancestraux et l’exploitation des ressources vivantes relevaient du patrimoine de l’Humanité et non de la propriété privée. Tout bascule lorsque la Cour Suprême des Etats Unis accorde au microbiologiste Ananda Chakrabarty, qui travaille pour l’entreprise de biotechnologie General Electric, un brevet pour une bactérie génétiquement modifiée capable de digérer le pétrole. En ne faisant pas de distinction entre le vivant et l’inanimé, la plus haute instance judiciaire américaine ouvre, bien malgré elle, la porte à une nouvelle ruée vers l’or. Mais pas pour tous.
Dès lors, les émissaires des grandes entreprises des pays du Nord vont sillonner les continents riches en bio-diversité et en savoirs ancestraux à la recherche de ces précieuses plantes au fort potentiel alimentaire ou aux vertus médicinales pour en acquérir la propriété de manière tout à fait légale : En déposant devant les instances nationales et internationales un brevet, auquel les populations indigènes devront se soumettre. Dans son film « Les pirates du vivant », la réalisatrice Marie-Monique Robin raconte l’histoire de cet Américain, Larry Proctor, qui de retour de vacances au Mexique ramena un sac de haricots, aliment typiquement local, et qui en découvrit un d’un jaune inconnu aux USA. Touriste mais aussi agriculteur, il eût l’idée de le planter et de déposer un brevet comme inventeur de l’espèce auprès de l’Office des Brevets (américain ou européen). Ce bout de papier l’autorise actuellement à réclamer des droits sur les exportations de haricots jaunes du Mexique vers les Etats-Unis, auprès de paysans qui le cultivent depuis des générations ! Au Costa Rica, pays très attaché à la protection de sa biodiversité, un curieux « collectionneur » privé américain envoie chaque année par colis plusieurs centaines, voire milliers, d’échantillons de plantes à ceux qui souhaitent les lui acheter. Pourquoi ce richissime « botaniste » s’est-il installé dans ce pays des plus pauvres d’Amérique latine, si ce n’est pour contourner la législation locale ? Autre exemple emblématique : La Maca, qualifiée de Viagra naturel des Andes. Cette plante du Pérou et des hauts plateaux Boliviens, connue par les Indiens pour ses qualités mémorielles et sexuelles excite toutes les convoitises. En effet, la société américaine Pure World, qui commercialise déjà des capsules de Maca a breveté un extrait de Maca et le procédé d’extraction. Rappelons que la conséquence du brevetage du vivant est que le produit breveté appartient au détenteur du brevet et que toute tierce personne désirant utiliser ce produit doit rémunérer financièrement le propriétaire. Comme pour l’histoire du haricot Mexicain, Pure World est en droit de demander des royalties aux Indiens de l’Altiplano pour la commercialisation de la Maca. Les labos péruviens et boliviens qui utilisent déjà la Maca dans leurs préparations craignent de longs et lourds procès qui pourraient les mettre en danger, ou tout du moins les contraindre à négocier avec la firme US. Pour l’heure, les deux pays ne reconnaissent pas les brevets accordés et Manuel Ruiz, Directeur de la Société Péruvienne de Droit de l’Environnement entend démontrer devant les instances internationales que les brevets ne remplissent pas les conditions obligatoires de «nouveauté» et d’«invention». La plante est connue depuis longtemps des paysans andins et le procédé d’extraction déposé ne semble pas vraiment nouveau. Un espoir pour d’autres pays plus dépourvus financièrement et dont les cultures indigènes sont loin de celles qui régissent les places boursières où s’affrontent les grandes compagnies.
Si encore les populations autochtones recevaient leur part des profits engendrés par leur connaissance des plantes, mais non. La boîte de gélules de Maca vendu 50€ en Europe, ne rapporte que quelques Pesos aux producteurs locaux. Au Brésil Edson Beas Rodrigues, de la faculté de droit de Sao Paulo, témoigne que seulement sept produits phytothérapeutiques ont été développés en associant les communautés locales, quand, dans le même temps, des compagnies étrangères déposaient 700 brevets d’exclusivité. Il ne fait pourtant aucun doute que les entreprises pharmaceutiques s’appuient sur les connaissances des chamanes indigènes. En l’occurrence, dans le domaine de la bio-prospection, les savoirs traditionnels multiplient par 300 les chances d’identifier des principes actifs dans les plantes, de quoi réduire notablement les coûts en recherche et développement. En France, des sociétés comme GreenTech peinent de plus en plus à justifier leur politique de brevets et la société de cosmétiques L’Oréal qui déposait jusqu’à 500 demandes par an, a récemment modéré ses ardeurs. « Nous en avons abandonné un certain nombre qui n’étaient pas justifiés » explique Laurent Gilbert, directeur mondial des matières premières du groupe, il prend pour exemple le cas du kawa-kawa pour application capillaire : « la façon dont était déposé le brevet était trop proche de la façon dont les populations du Sud l’utilisaient ». Si le comportement des industriels semble changer, il faut rappeler que dans notre pays, les agriculteurs n’ont pas le droit de commercialiser des variétés de terroir, non inscrites au Catalogue officiel des semences (ce qui induit des frais considérables).
L’association Kokopelli qui tente depuis de nombreuses années de préserver la culture des variétés rares et d’offrir des semences aux paysans indiens notamment, pour préserver la Biodiversité des semences potagères,
croule sous les procès que lui font les grands groupes agro-chimiques.
En fait deux visions du monde s’affrontent : d’un côté les tenants des Droits de propriétés intellectuels (DPI), en clair ceux qui déposent les brevets, et de l’autre les défenseurs de l’intégrité intellectuelle et des connaissances autochtones, ONG et gouvernements du Sud. Les premiers arguent des coûts prohibitifs de la recherche qu’il faut bien financer, les seconds rétorquent que les brevets sont une usurpation des connaissances autochtones et une insulte à la contribution intellectuelle des populations rurales. S’il est évident qu’il faut encourager la recherche, surtout dans le domaine de la santé et de la protection par les plantes, il est évident que l’on doit aussi protéger la biodiversité, les savoirs ancestraux et les populations autochtones. Là est tout l’enjeu des grands procès en cours, comme celui de la Maca ou celui du Margousier indien où la Cour Européenne de Justice vient d’annuler le brevet déposé et reconnaître l’antériorité des savoirs traditionnels quant aux propriétés fongicides de cet arbre.
Mais par-delà les batailles juridiques, l’opposition de ces deux démarches soulève une question plus fondamentale que les intérêts des uns et des autres : Peut-on décemment breveter le vivant - plantes, animaux et gènes - ? En d’autres termes peut-on privatiser les « biens publics de l’Humanité » ? C’est certainement l’un des plus grands défis écologiques des prochaines années. En attendant, on peut toujours faire preuve de discernement dans l’achat des produits et choisir des entreprises qui refusent la logique des brevets, comme l’enseigne Savoirs des Peuples ou tout du moins choisir des entreprises qui pratiquent un commerce réellement équitable et une juste redistribution entre les profits. Vous avez dit vigilance ?
Sources
www.come4news.com
www.novethic.fr
www.biopiraterie.org
www.radio-canada.ca
www.protection-des-animaux.org
PÊCHE : LE GRAND BRACONNAGE
La pêche pirate, ou INN - pour Illégale Non déclarée Non réglementée- représente aujourd’hui le 2ème trafic le plus lucratif après celui de la drogue. Les conséquences dramatiques de ce braconnage planétaire sont telles que certaines ONG n’hésitent pas à qualifier ces actes de crimes contre l’humanité. Notre assiette serait-elle devenue une arme de destruction massive ?
Par Michel Moreau
Juste devant le trafic d’êtres humains et celui des armes légères, la pêche illicite, avec 10 milliards de Dollars de profit par an, représente un joli magot. Cependant, le trésor n’est pas inépuisable, surtout au regard des méthodes pratiquées par les pirates. Mais qui sont ces prédateurs et comment opèrent-ils ? Pour la plupart, ces « braconniers des mers » appartiennent à des entreprises et des armateurs qui ont pignon sur rue et dont certains sont même subventionnés par les autorités de leur pays. C’est le cas de la société espagnole Vidal Armadores SA qui a reçu 3,6 millions d’euros de subventions et bénéficie toujours du soutien du gouvernement espagnol pour l’attribution de licences de pêches ou pour sécuriser des contrats. En avril 2008 des inspecteurs néo-zélandais ont pris en flagrant délit de transbordements illégaux plusieurs navires de cette compagnie -sous pavillons de complaisance (le Paloma V- le Black Moon et le Chilbo San 33). Les flottes chinoises, japonaises, coréennes ou battant pavillon de complaisance acheté à 500 US$ sur le Net, sont aussi coutumières du fait. Au large des côtes africaines, peu surveillées du fait du manque de moyens des pays côtiers, les armateurs indélicats glissent dans leur flottille officielle des navires non autorisés qui n’hésitent pas à puiser, hors des zones attribuées par les concessions de pêche, réserves marines ou sanctuaires de reproduction. Ces bateaux transbordent ensuite leur cargaison aux navires-usines stationnés à quelques miles. Si l’on ajoute à cela le laxisme de certains ports peu regardants, comme celui de Las Palmas au Canaries, sur les déclarations de provenance et les quantités, la traçabilité des pêches devient vite impossible et les étals européens se remplissent de poisson braconné.
À ce braconnage s’ajoutent d’autres techniques de pêche dévastatrices. Comme les filets dérivants, ces murs de nylon –pouvant mesurer 20 kilomètres de long alors que la loi les limite à 2,5 kilomètres- aux maillages si fin qu’une fois remontés, il faudra rejeter à la mer tortues, dauphins et poissons peu rentables ou trop jeunes. Jusqu’à 70% des prises, mortes ou blessées pour la plupart. L’effondrement des ressources halieutiques –en clair des espèces qui se renouvellent- pousse les braconniers à chercher leur proie dans les zones et les périodes de reproduction protégées. La disparition programmée du thon rouge de Méditerranée en est l’exemple le plus flagrant. L’engouement mondial pour la chair de ce poisson pousse les pêcheurs, non seulement à la sur- pêche, mais aussi à poursuivre les bans de thons jusqu’au large de la Libye dans le Golfe de Syrte, là où il se reproduisent. En effet les sushis «haut de gamme » requièrent un poisson juvénile, n’ayant pas encore frayé. Enfin, les quotas attribués aux flottes européennes sont systématiquement en dessous du seuil de rentabilité des navires : en France, les 160 tonnes autorisées par navire ne sont pas en adéquation avec les investissements auxquels ont été poussés les thoniers par leurs ministères puisque l’équilibre commercial d’une campagne de pêche se situe autour de 180t. Une spirale dont on imagine sans peine, quoique avec une certaine douleur, les conséquences pour les ressources halieutiques, mais dont les dommages collatéraux sur la stabilité économique, sociale et politique peuvent aussi mettre en danger le fragile équilibre de certaines régions du monde.
Une situation explosive, de la Corne de l’Afrique au large de l’Equateur !
Une des conséquences les plus dramatiques de la pêche pirate, mais aussi des licences accordées par des pays souverains à de gros armateurs étrangers moyennant devises, est la paupérisation des populations côtières. La raréfaction du poisson dans les eaux territoriales de la Maurétanie, par exemple, a jeté des villages entiers de petits pêcheurs dans une misère inextricable. Le spectacle désolant de la région de Nouadhibou, où sur des kilomètres de langue de sable rouillent les épaves de chalutiers et autres petits navires, échoués là comme les rêves de prospérité de leurs propriétaires. Floués par leur endettement et par la politique d’un gouvernement corrompu qui survend ses zones de pêche à de puissantes compagnies étrangères dont les armadas ratissent les fonds marins au plus près des cotes, les pêcheurs locaux sombrent dans la misère, parfois dans la délinquance, voire dans la piraterie. Au Sénégal, les piroguiers, lassés de remonter des filets vides, ont trouvé une activité autrement plus lucrative que la pêche : le passage d’immigrants clandestins. En Guinée-Bissau, nouvelle plaque tournante du trafic de drogue à destination de l’Europe, les propriétaires de petites embarcations se sont reconvertis dans le transport de cocaïne, vers les pays voisins moins suspects. En Somalie la pêche illégale n’est pas étrangère à l’explosion de la piraterie. De Mombassa, la deuxième ville du Kenya, celui que les médias surnomme « L’homme qui murmure à l’oreille des pirates » confirme. Ancien marin, Andrew Mwangura a passé vingt ans à défendre ses collègues sous-payés ou exploités, souvent en conflit territorial avec la Somalie. Jusqu’au jour où il reçut un appel téléphonique d’un pirate qui venait de capturer un navire. L’homme lui dit en substance que les plus grands pirates sont ceux qui pillent les réserves de poissons somaliennes, n’hésitant pas à détruire les fonds, les équipements et les embarcations des locaux. Pour confirmer ses dires, il envoya une série de photos et une liste de bateaux hors la loi. Depuis ce contact Mwangura est peu à peu devenu un maillon incontournable dans les négociations entre pirates, nations, armateurs et familles d’otages.
Lorsque l’on sait que près de 2,6 milliards de personnes dépendent du poisson comme principale source de protéine animale et 200 millions de personnes dans le monde gagnent tout ou partie de leur revenu grâce à la pêche et à ses activités liées, que 52% des stocks de poissons sont exploités à leur maximum, 24% sont surexploités, épuisés ou en en cours de récupération. Quelles seront les répercussions sur la paix sociale de la planète ? Pour les observateurs avertis, outre la catastrophe écologique évidente, d’autres révoltes sont à craindre.
Et si l’éradication de la pêche illégale passait aussi par notre assiette ?
Si il est certain que la solution ne se (?) trouve pas uniquement au bout de notre fourchette, notre assiette est tout de même une pièce maîtresse dans cette bataille. Bien sûr il faut mettre en place une série de mesures de protection et de coercition pour la protection des fonds marins : plus de vigilance sur la provenance et la taille des poissons pêchés, contrôle des pavillons et des ports de complaisance renforcés, géo-localisation des flottes grâce aux satellites civils, création de sanctuaires marins, etc. Les outils et les moyens ne manquent pas, reste que la volonté des pays concernés est variable. Quant aux solutions dites « industrielles » comme l’aquaculture - ne parlons même pas du poisson transgénique – elles sont tout aussi dommageables. En effet pour produire 1kg de poisson carnivores comme le saumon, le bar ou la daurade d'élevage il faut 4kg de farine de poissons sauvages. Ce chiffre passe à 15 ou 20 kg pour 1kg de thon rouge d’élevage. En outre, les élevages industriels nécessitent, pour éviter la transmission des maladies, l'utilisation massive d'antibiotiques. Les poissons qui "bénéficient" de ces traitements se retrouvent porteurs de germes extrêmement contaminants pour les poissons sauvages. Certains élevages de crevettes sont responsables de la disparition d'écosystèmes fragiles comme ceux des mangroves en Amérique du Sud.
Alors quoi, il faut arrêter de manger du poisson ?
Non, mais comme nous le faisons pour le reste de notre alimentation il s’agit de faire les choses avec discernement. Oui, il faut cesser d’acheter des espèces pêchées avec des méthodes dommageables pour l’environnement ou des espèces carnivores.
Oui, comme pour les fruits et légumes, il existe des calendriers des saisons pour les poissons.
Oui, on peut consulter les listes des poissons menacés d’extinction et ceux dont on peut se régaler sans remords.
La vraie question est de savoir si nous voulons faire de notre assiette une arme de destruction massive ou un outil de préservation de la planète…
Bon appétit.
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À éviter de consommer
L’anguille, le Bar de chalut, le cabillaud, la daurade rose, la dorade Sébaste, l’Empereur, l’espadon, le flétant d’Atlantique et du Groenland, le grenadier, les lingues, le loup de mer, le merlu, le carrelet ou la plie, la raie, le requin, le sabre, le saumon d’Atlantique, la sole, le thon rouge, le turbot, le vivaneau.
À consommer avec modération
Le bar, le calamar, le chinchard, la coquille Saint-Jacques, la crevette tropicale, la dorade, l’églefin, le homard, la julienne, la langoustine, la lotte, le merlan, le pangas, la perche du Nil, le poulpe, le rouget Barbet, le Saint-Pierre, la seiche, le thon albacore, le tilapia.
OPA SUR LE VERT ?
De niche confidentielle, le « vert » est devenu Le marché porteur du moment. Les poids lourds de l’industrie agro-alimentaire ou cosmétique l’ont bien compris. Produits maison bio, éthiques ou solidaires et rachat de marques « vertes », l’offensive des multinationales suscite bien des polémiques. Hold-up sur le vert pour les uns, vertueuses alliances pour les autres, qu’en est-il vraiment ?
Par Michel Moreau
Dans la très récente histoire de la conquête des marchés « verts », les grands groupes agroalimentaires ont commencé plutôt timidement, sans grande conviction et parfois même à reculons. Des quelques produits plus ou moins bio, éthiques ou responsables lancés par-ci par-là au début des années 90, on est passé, presque 20 ans plus tard à une prolifération de gammes « vertes » proposées par les multinationales du secteur. Sans compter celles des distributeurs dont nous vous avons parlé dans le dernier numéro de l’écolomag. Des produits
qui, en l’absence d’une régulation internationale des labels qualifiants, suscitent trop souvent la controverse, voire l’indignation. Deux exemples parmi tant d’autres : Lorsque Nestlé, le leader mondial du café soluble, a voulu sortir sa gamme équitable Partner’s Blend, sans remplir les critères exigés par la Fairtrade Foundation, principal organisme de certification « équitable » (représentée par Max Havelaar en France), les associations de consommateurs et ONG ont vivement réagi. Le partenariat entre la marque et l’association, au demeurant fort honorable, Rainforest Alliance –association dédiée à la reforestation- n’est en aucun cas garante d’un commerce équitable. Au siège de l’entreprise suisse on s’agace de ces critiques. « Nous achetons infiniment plus de café que n’importe quel Fairtrade ! » répond-on. En France, la société Kraft fait de même avec la marque de café Jaques Vabre. Sur son site, elle met en avant les principes d’un développement durable fort proches de ceux exigés par Max havelaar, mais sans en avoir signé la charte. La couleur et le goût de l’équitable, mais… pas les contraintes ! Ce marquage à la culotte des grands groupes par les ONG, les observatoires indépendants (comme l’OIP) et, bien sûr, les consommateurs, ont incité les géants des industries alimentaires et cosmétiques à investir un autre terrain de jeux, si j’ose dire. Celui du rachat d’entreprises réellement vertes.
Comme dans un grand Monopoly « durable » où l’on achèterait sur des coups de dés plus ou moins gagnants, les multinationales engagent une partie incertaine.
Pour anticiper l’interdiction de commercialiser ses yaourts Bio de Danone en 2011-quinze ans après le lancement de son produit, tout de même- et se conformer aux directives européennes, le groupe français se résout donc à rebaptiser son produit en Activia et à le retirer des linéaires bio. Impossible pour le groupe de disparaître de ce marché très porteur -le secteur des produits laitiers ultra frais bio croît de plus de 20 % par an quand le segment traditionnel stagne lui à 3 %-. Alors, en 2006, Danone lance « Les 2 vaches des fermiers du bio » , qui est, selon Franck Riboud son PDG, « autre chose qu’une démarche marketing. C’est quasiment une démarche sociétale ». En fait, la multinationale s’est rapprochée de la société américaine Stonyfield Farm, N°1 des yaourts bio aux USA, dont le credo est : « A yogourt with a conscience ». La filiale européenne de Stonyfield au sein de Danone tente donc de reprendre les ingrédients qui ont fait son succès aux états Unis, à savoir une communication décalée et souvent très drôle il faut le reconnaître. Mais si la comm’ et le site les2vaches.com suscitent la sympathie du public – et surtout du jeune public particulièrement visé- on est légitimement en droit de se poser des questions sur la sincérité d’une entreprise qui développe à travers le monde un projet de méga-fermes laitières fort peu écolo. Conçues sur le modèle de son partenaire Saoudien Al Safi qui exploite déjà en plein désert une ferme de 32.000 vaches dans des étables entièrement climatisées et nourries au fourrage que l’on fait pousser sur place en pompant jusqu’à 2 km de profondeur les millions de litres d’eau nécessaires. Comme le dit fièrement le groupe sur son site « Le développement durable fait partie intégrante de la stratégie de Danone ». A(lait) luia ! Que dire encore du tout récent rachat d’Innocent le leader mondial des smoothies équitables par le géant Coca-Cola ? Trop tôt pour se prononcer, tout comme le rachat de The Body Shop par L’Oréal. Plus qu’une simple marque, The Body Shop, fondé par feu Anita Roddick, pasionaria de la lutte contre les expérimentations animales et icône du commerce équitable, est un cas de réussite exemplaire d’une philosophie managériale très loin des pratiques du numéro un de la cosmétique. La greffe entre ces deux extrêmes prendra-t-elle ? Rien n’est moins sûr si l’on se réfère à la tentative précédente de rapprochement du groupe avec Sanoflore, pionnier de la production d’huiles essentielles bio, opéré en 2006. Depuis, le chiffre d’affaires de la petite entreprise drômoise est en chute libre. Le rachat en 2005 de Kibio par Clarins, n’a pas donné, non plus, les résultats escomptés en termes de conquête de parts de marché. Pour le consommateur ces mariages contre nature suscitent la méfiance et ils se détournent peu à peu des produits qui avaient fait le succès de ces entreprises vertes. Alors les multinationales dégainent une nouvelle arme, ou plutôt un nouveau héros : Le Responsable du Développement Durable. Mais ce Mr Propre de l’entreprise qui a la lourde charge de concilier préservation des richesses naturelles et sociales avec le profit des actionnaires est quelque peu coincé entre le marteau et l’enclume. Pourtant des progrès notoires ont été réalisés, même au sein des entreprises les moins vertes. La marque de luxe LVMH qui sort 900 produits nouveaux par an, et pas un seul bio, a totalement réaménagé son système de distribution et achemine ses sacs par bateaux, 85 fois moins émetteurs de gaz à effet de serre que l’avion. Mais, comme le confiait récemment, au mensuel Terraeco, Laurent Claquin, directeur du développement durable du groupe de luxe Pinault Printemps Redoute.: « Le business reste prioritaire, nous ne sommes pas une ONG. Notre objectif, c’est aussi d’être performant pour pouvoir continuer à embaucher tous les ans ».
Alors OPA, ou pas ?
Grands méchants loups, prédateurs, voire carrément fossoyeurs du vert pour certains, les multinationales et leurs produits « responsables » n’emportent pas une adhésion forte du consommateur qui manifeste, tout juste, une curiosité prudente. Blogs et forums de discussion sont autant de lieux d’empoigne où s’affrontent les opinions contradictoires. Car s’il est certain que l’offensive verte des grands groupes est bien évidemment dictée par l’obligation de conformité aux règles imposées par la loi - plus de parabène dans les produits cosmétiques européens à partir de 2011- le poids du consomm’acteur est de plus en plus significatif. Surtout lorsqu’il se double d’un actionnariat responsable - je ne mets pas mes économies dans une entreprise non conforme à mes valeurs - ou encore d’une attitude citoyenne qui met la pression sur les élus. En clair, c’est à chacun d’entre nous d’agir et d’être vigilant pour que le slogan bien connu « Parce que vous le valez bien » ne se transforme pas en « Parce que vous l’avalez bien ».
Sources :
www.terra-economica.info/
www.respire-asbl.be/
www.danone.com/
www.informaction.org
www.radio-canada.ca/
www.liberation.fr
www.lemonde.fr
Le canard enchaîné
MASCARADE EN GRANDES SURFACES
Equitable, solidaire, durable, bio, dans la communication des grandes surfaces (GMS - Grandes et Moyennes Surfaces) tous les feux sont au vert. Las, le conte de fée vire au film d’angoisse après une rapide lecture des chiffres et des étiquettes. Ajoutez à cela la confusion des genres et des labels, et le carrosse redevient citrouille.
Par Michel Moreau
Pas une pub, pas la moindre promo sans une caution « verte ». J’ai l’impression que, quoi que j’achète, mon acte est un geste d’amour pour la planète, un petit bienfait pour l’humanité. Mon empreinte écologique est devenue si légère que l’on me refourgue 3 paquets au prix de 2. Le bonheur en promo quoi ! Pourtant dans cette profusion de produits qui se disent écolos, rares sont ceux qui résistent à une lecture attentive de l’étiquette. Ce qui n’est pas si facile à faire avec chaque produit que l’on fourre dans son caddie, particulièrement le samedi après-midi dans des travées noires de monde, entre les gosses qui se disputent et sa moitié qui fait la tronche rapport à notre passion pour la lecture des emballages. Et quand bien même aurions-nous cette rigueur que le bon choix n’est pas garanti. La profusion des labels et des certifications, loin d’éclairer le consommateur, créé confusion et suspicion. Si les certifications AB (Agriculture Biologique) ou ECOCERT sont reconnues par les consommateurs, il n’en va pas de même pour les autres. Même de grands labels comme Max Havelaar font l’objet de critiques non dénuées de fondement (une trop grande proximité avec la GMS par exemple). Certaines appellations « écologique » ou « équitable » sont carrément usurpées. J’en veux pour preuve 2 produits distribués en grandes surfaces et épinglés par L’Observatoire Indépendant de la Publicité, une sorte de complément « vert » au BVP, le traditionnel Bureau de Vérification de la Publicité. Composé de membres d’associations écologistes, d’associations de consommateurs, de personnalités reconnues dans le domaine de l’environnement, du secteur de la communication et de la publicité, du marketing, et de la recherche, l’OIP fonctionne essentiellement par collaboration citoyenne. C’est-à-dire que toute personne peut contribuer, d’une manière ou d’une autre à ce mouvement de vigilance quant à l’utilisation abusive par la publicité de l’argument environnemental. Pour en revenir à nos rayons, les 2 produits à l’affiche sur le site sont Herta et sa gamme de soupes « 100% naturelles» - ce qui n’est certifié par aucun label et qui ne veut strictement rien dire - et la fameuses lessive Le Chat qui annonce : « L’écologie, c’est le moment d’en parler moins et d’en faire plus ». À coup de mentions « éco efficacité », « 100% Biodégradable » et autres « efficace même en eau froide », le conditionnement et la mise en valeur en rayons, reprennent tous les codes des produits labellisés sans en avoir la moindre légitimité.
Mais la confusion n’est pas du seul fait des industriels, dans la promotion de leurs produits, les distributeurs y contribuent largement. Une grande enseigne - Leclerc, pour ne pas la citer -, a lancé il y a peu l’opération « Branle-bas de combat pour le développement durable ». En clair un catalogue pour faire la promo des marques et gagner en plus 490 voyages à travers la planète. Bonne idée et bonjour l’empreinte ! En fait, sur les 60 pages du méga-prospectus, seulement 7 sont consacrées au développement durable et aucune à des produits écolabellisés ou provenant véritablement du commerce équitable, le reste est dédié à la promo des marques associées à l’opération. À ce stade de la confusion, on peut se demander s’il s’agit de maladresse ou de malveillance.
C’EST QUE LE MARCHE DU GREENBUSINESS EST PROMETTEUR. POUR TOUS ?
Lorsque l’on sait que le seul marché de l’épicerie équitable représente un chiffre de 110 Millions par an en grande distribution que 72% des consommateurs achètent leurs produits bio en grandes surfaces et que les ventes sont en progression annuelle de plus de 10%, 12 en 2008, pas besoin d’être grand clerc pour deviner que la croissance verte a toutes les chances d’être au rendez-vous pour…certains.
Rémy Roux, co-fondateur de la marque Ethiquable, distribuée en GMS en convient : « La grande distribution a lancé notre marque », mais il remarque aussi que certaines enseignes n’ont pas hésité à remplacer les marques nationales, comme Ethiquable, par leurs propres produits –les fameuses MDD (Marques de Distributeurs), largement inspirés des recettes qui marchent. Ces produits de MDD sont labellisés Max Havelaar, mais ils n’inspirent pas pour autant confiance aux puristes. « La traçabilité est moins bonne, l’appui aux petits producteurs est quasi inexistant » regrette Rémy Roux. Pierre Rasse, Directeur marketing de la marque de café équitable Lobodis, estime que « l’engagement est plus fort chez les marques nationales ». Christian Jacquiau, économiste et auteur de « Les coulisses de la grande distribution » et « Les coulisses du commerce équitable » voit plutôt les MDD comme des boulets pour le commerce équitable. « Elles contribuent à dénaturer et à banaliser la démarche politique du commerce équitable ». L’auteur ne voit pas le commerce équitable comme une gamme, mais comme un concept : « Le distributeur qui s’engagera vraiment, c’est celui qui ne proposera que des produits équitables dans ses rayons ». Autre dommage collatéral, les ventes en épicerie conventionnelle - c’est-à-dire le petit épicier du coin ou les moyennes surfaces spécialisées - ont diminué de 3%. l’an dernier. On le voit, le tremplin vers le succès mis en avant par les distributeurs traditionnels est avant tout celui des marques développées par les enseignes elles-mêmes.
EFFETS PERVERS ET LIMITES DU « VERT » EN GMS
À l’évidence les marques nationales équitables ont bien du mal à imposer leurs prix et l’application de marges raisonnables sur leurs produits - entre 20 et 25% là où la GMS pratique habituellement du 40 à 50%. Et même lorsqu’un accord est trouvé, la visibilité de la marque, acquise par la diffusion en grandes surfaces, oblige les producteurs équitables à bien des efforts, pour ne pas dire des sacrifices pour maintenir leur présence et leur chiffre d’affaires. Rabais sur certaines gammes, voire renégociation en fonction des volumes de ventes et bien sûr application des marges arrières pratiquées par la GMS sur tous leurs fournisseurs. Enfin les limites de la capacité de production du bio en Europe - terres éligibles et contraintes phytosanitaires -, par exemple, amènent d’autres effets pervers. Compte tenu du fait que la capacité de production locale ne peut satisfaire que 20% de la demande, il faut bien s’approvisionner ailleurs et c’est là que le bât blesse. Une fois de plus ? Là encore, un simple coup d’oeil dans les linéaires et force est de constater que le solidaire et l’équitable s’appliquent beaucoup plus aux produits des pays émergeants qu’aux producteurs de proximité. Pas ou peu de produits issus des circuits courts. La raison est simple : l’équitable revient beaucoup moins cher au Sud qu’au Nord. Taux de change avantageux, exigences salariales moindres et couvertures sociales souvent inexistantes. Et puis il faut fournir toute l’année baies, graines et denrées exotiques aux vertus qu’on ne trouve pas ici, mon brave Monsieur. À cette solidarité quelque peu intéressée, il convient d’ajouter une pincée de bilan carbone pour ces transports aux long cours et toujours une pincée de position dominante sur les producteurs propices aux petites ristournes « spontanées » pour saisir la dangereuse réalité des « effets papillons » que génère la GMS.
ON NOUS AURAIT MENTI ? MAIS QUE FAIRE ?
À l’évidence oui. La romance verte présentée par la grande distrib’, comme on dit entre pros du caddie, a tout d’une sombre farce. La com’ des grands distributeurs, mais ils ne sont pas les seuls, relève plus souvent du Greenwahing – écoblanchiment - que d’un réel engagement. Alors, faut-il boycotter les grandes surfaces ? Sans aller jusque-là, je dirais qu’il faut les éviter autant que faire se peut et que pour être positif, il vaut mieux privilégier les réseaux spécialisés dans la distribution de ces produits verts. Comme les réseaux où vous avez trouvé votre écolomag. On peut aussi pratiquer sans modération les circuits courts et locaux, c’est-à-dire le marché du coin. Encore mieux : acheter aux AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) lors de leurs opérations urbaines. Et si votre détaillant ne vous procure pas le produit désiré, il vous reste le Net. Là encore, choisissez plutôt les paniers paysans, des produits bio et de saison, livrés à domicile au lieu des soit-disantes innovations bio des grandes surfaces que sont les produits bios surgelés, en conserve, ou encore sous vide… Décidément la romance « verte » que cherche à nous servir la GMS a tout d’une sombre mascarade.
À nous de ne pas en être les dindons.
Sources :
www.novethic.fr
www.bancpublic.be
www.naturavox.frh
http://blog.consommerdurable.com
http://observatoiredelapublicite.fr
http://publicitairesvsecoblanchiment.ning.com
http://amap-idf.org
www.lepanierpaysan.com
ESPACE : GRAND VIDE-ORDURES OU BOMBE À RETARDEMENT ?
Des milliards de déchets tournent au-dessus de nos têtes. Du fragment microscopique aux vaisseaux fantômes en fin de vie, s’ils représentent une pollution grandissante, ils cachent aussi et surtout une menace de pollution nucléaire spatiale, mais aussi terrestre !
Par Michel Moreau
La collision entre le satellite commercial américain Iridium-33 et le satellite russe Kosmos-2251 le 10 février dernier à plus de 800 kilomètres d’altitude au-dessus de la Sibérie a relancé la question de la sécurité des engins spatiaux et des conséquences en termes de pollution d’un tel accident. En se percutant, les deux engins se sont atomisés en une myriade de fragments de tailles diverses représentant autant de dangers pour les nombreux satellites commerciaux et militaires qui croisent à cette hauteur orbitale. En effet, un fragment de 1cm, de par l’énergie cinétique spatiale, produit le même effet dévastateur qu’un coffre-fort lancé à 100 Km/H, un fragment d’un tout petit 1mm a le même impact qu’une boule de pétanque et une particule évoluant à une vitesse 10 à 20 fois supérieure qu’une balle peut aisément perforer le scaphandre d’un astronaute.
Et l’on trouve de tout dans l’espace : éléments d’assemblage, couvercles de protection largables, débris de lanceurs, boulons explosifs, batteries ou plus anecdotique un gant, un tournevis et un bloc métallique de fixation
de 7 kg perdus par les astronautes lors de leurs opérations de maintenance.
Autant de corps morts qui n’en finissent pas de se heurter, chacune des collisions augmentant la quantité générale des fragments à la dérive. Alexandre Serebrov, un héros de la conquête spatiale soviétique, qui a effectué quatre séjour dans la station Mir, témoignait récemment dans les Izvestia : « Un jour, je regardais par le hublot de la station et j’ai vu une tôle tordue de la taille d’un fauteuil qui se dirigeait droit sur nous. C’était affreux. J’étais terrifié. Cette fois là le morceau de métal est passé juste à côté de nous. Mais lors d’un vol avec Vaassia Tsbliev, nous avons entendu un coup sourd, comme une brique tombant sur le toit d’une voiture. Nous avons dû faire une sortie dans l’espace, ce qui nous a permis de découvrir un bel impact sur le revêtement de protection ».
Les Russes et les Américains, qui sont les seuls à disposer d’optiques et de radars suffisamment performants pour observer la pollution spatiale extra-atmosphérique recensent environ 10.000 gros objets pour les orbites basses et géostationnaires, entre 200.000 et 250.000 autres qui varient entre à 10 et 1 cm jusqu’à des milliards de particules. Il s’agit cependant d’évaluations purement théoriques, car ces particules ne sont pas visibles au télescope ni au radar, et ne peuvent ainsi être cataloguées. La seule certitude c’est que la politique environnementale spatiale est inexistante comme en témoigne David Wright, expert en armes spatiales à l’Union des scientifiques responsables : C’est un peu la mentalité du Far West. À l’époque, les gens disaient qu’il n’y avait pas besoin de lois parce que l’on ne rencontrait jamais personne dans l’Ouest immense et sauvage ; on pouvait donc jeter ses ordures n’importe où parce que cela ne pouvait pas déranger. Dans l’espace, c’est pareil, les gens pensent que l’on peut jeter n’importe quoi sans risques… Il va falloir que ça change. En attendant, le grand vide-ordures ne fait que se remplir. En attendant qu’il se déverse sur nos têtes ?
En orbites au-dessus de nous, des strates de déchets, plus ou moins dangereuses et plus ou moins sensibles à l’attraction terrestre.
Pour faire simple, on distingue deux zones d’orbites spatiales, dites circumterrestres, particulièrement vulnérables : Les orbites basses, qui se trouvent à moins de 2 000 Km d’altitude et les orbites moyennes ou géostationnaires jusqu’à plus ou moins 36 000 Km d’altitude, au-delà, les orbites hautes, bien moins fréquentées, semblent encore épargnées. Ces zones que Christophe Bonnal Ingénieur au CNES en charge des débris spatiaux qualifie de « zones-patrimoines de l’humanité » sont aujourd’hui l’objet de toutes les attentions des observateurs qualifiés. La durée de vie en orbite est limitée par la présence de l’atmosphère terrestre même ténue. L’atmosphère va ralentir les objets c’est-à-dire les freiner et à long terme provoquer leur rentrée sur Terre. Si les orbites géostationnaires, loin d’être saturées, permettent de laisser un peu de temps à nos chercheurs pour réduire cette pollution d’un genre nouveau, la durée de vie estimée se compte en millions d’années, il n’en va pas de même pour ceux qui évoluent sur des orbites basses. Il faudra encore 200 ans à un satellite de type Spot évoluant à 800 Km, seulement 10 ans pour un transfert Ariane 4 entre 200 et 36.000 Km et à peine 1 an à une station spatiale internationale à 400 Km avant de nous tomber sur le coin de la figure. En 2001, la station Mir s’est partiellement désintégrée dans l’atmosphère, il n’en reste pas moins que des 140 tonnes de la station en orbite 30 tonnes de débris sont retombés dans l’Océan Pacifique entre la Nouvelle-Zélande et les îles Fidji. Un retour sur terre suivi et « maîtrisé » par les Russes, la mise à feu des moteurs destinés à orienter la station ayant parfaitement fonctionné. Mais ce genre de manoeuvre utilisée par toutes les nations actives dans l’espace n’est pas sans risques. Si le coup de «throttle» final, l’accélération adéquate pour forcer sa chute était mal dosée ou défectueuse, la manoeuvre échouerait, le satellite serait alors livré à lui-même et pourrait tomber n’importe où. Les ingénieurs aux commandes de ces opérations ne peuvent prévoir à 100 Km près le point de chute d’un objet incontrôlé qu’entre 1 et 3 jours avant l’impact. Malheureusement, en l’espace de vingt-quatre heures ou même trois jours, il est impossible d’évacuer une mégapole de plusieurs millions d’habitants et toute une zone d’impact potentielle qui s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres alentour. Si la plus grande partie des engins « ramenés » sur terre se désintègre lors de leur rentrée dans l’atmosphère sous l’effet conjugué de la vitesse et de la chaleur la désintégration n’est jamais totale. En 1991 des débris de Salyout 7 tombèrent à quelques centaines de kilomètres de Buenos Aires, heureusement sans faire de victime. Et ce ne fut pas le seul «accident» de ce genre. En 1997, deux fragments d’une fusée Delta 2 pesant 250 kg atterrirent avec fracas au Texas. Un troisième débris pesant 70 kg en titane fut retrouvé en 2001 à 240 km de Riyad en Arabie Saoudite. Mais ces opérations connues et même médiatisées, masquent une autre réalité bien plus inquiétante liée aux débris spatiaux : la pollution nucléaire.
Imaginez l’Humanité prise en sandwich entre une couche spatiale où se baladent des moteurs et des lanceurs à propulsion nucléaire abandonnés et une écorce terrestre parsemée de lourdes charges radioactives tombées du ciel…
C’est exactement ce qui se passe. Russes, Américains, Chinois et Européens ont envoyé un certain nombre de satellites dans l’espace qui étaient dotés de réacteurs à propulsion nucléaire. Après avoir achevé leurs missions,
les propulseurs ont quitté les satellites pour passer à une orbite « cimetière » (700-1000 Km d’altitude). Là, les propulseurs se sont séparés de leurs noyaux qui n’étaient rien d’autre que des cartouches de combustible nucléaire. Aujourd’hui, l’orbite « cimetière » dénombre neuf objets radioactifs américains et 44 d’origine russe. On y trouve deux satellites qui ne se sont pas séparés de leurs propulseurs nucléaires (Kosmos-1818 et Kosmos-1867), plusieurs cartouches de combustible et 12 réacteurs à combustible liquide métallique hors service, 15 cartouches de combustible nucléaire et 15 propulseurs nucléaires sans combustible mais contenant du réfrigérant secondaire.
Le danger potentiel émanant des satellites «nucléaires» consiste en ce que leur collision avec des débris spatiaux pourrait conduire à une pollution radioactive de vastes zones de l’espace circumterrestre. En outre, certains éclats, dont la vitesse après collision serait inférieure à la première vitesse cosmique, pourraient quitter leur orbite et polluer une partie de la surface terrestre. Une forte pollution radioactive de l’atmosphère n’est donc pas à exclure.
Quant à la couche basse du sandwich, si l’on peut s’exprimer ainsi, la couche terrestre donc, elle n’a pas été épargnée par les ratés des programmes spatiaux. En avril 1964, le satellite de navigation Transit-SB doté d’un générateur radio isotopique s’est désintégré sans pouvoir se mettre en orbite.
Pendant sa combustion dans l’atmosphère, il a disséminé au-dessus de la partie ouest de l’Océan Indien, au nord de Madagascar, près de 1 kg de plutonium-238, l’un des plus redoutable poison radioactif qui soit.
Cet accident a multiplié par 15 la radioactivité naturelle sur toute la planète. Quelques années plus tard, le satellite météorologique Nimbus-B, doté d’une pile à uranium-235, est tombé dans l’Océan Indien. En 1970 la mission Apollo13, suite à l’explosion d’un réacteur, a perdu une charge 3,8 Kg de Plutonium 238 au fond du pacifique, près des îles Tonga. En janvier, 1978, un satellite espion russe (Cosmos 954), mu par un réacteur nucléaire, s’était écrasé dans les immensités désertiques du grand Nord canadien. Un de ses successeurs, Cosmos 1402, s’était désintégré dans l’atmosphère en février 1983 au-dessus de l’Océan Indien, mais des traces de son plutonium avaient été détectées jusque que dans la neige tombée sur l’Arkansas (sud des Etats-Unis). Le Pentagone a confirmé en janvier dernier que d’ici à fin Mars 2009, un autre satellite espion américain avec une grosse réserve d’énergie nucléaire devrait s’écraser en un point non-communiqué.
Dans l’optique d’une guerre des étoiles larvée, cela serait d’un plus mauvais effet que ce joujou d’une valeur approximative d’un milliard de dollars, bourré de technologies de pointe tombe aux mains d’esprits mal intentionnés. « Le département de la Défense suit actuellement la situation », a indiqué le lieutenant-colonel Karen Finn. Elle a refusé de commenter l’éventuelle présence de substances toxiques à bord du satellite, évoquée par la presse américaine, occultant les inquiétudes des environnementalistes mondiaux. Lorsque l’on sait que 1 gramme de Plutonium 238 « équitablement » réparti (ce qui reste tout de même très théorique) peut
causer la mort par inhalation de 5 millions 470 mille personnes, la quantité dispersée dans l’atmosphère et sur terre a de quoi faire froid dans le dos.
Des solutions à ces catastrophes annoncées ?
Pas encore malheureusement. Si les nations spatiales ont abandonné la propulsion nucléaire au profit de l’hydrogène, les Américains souhaitent relancer le nucléaire pour leurs satellites espions. Une technologie qui augmente leur durée de vie et les rend plus maniables, gageons qu’ils ne seront pas les seuls. En l’état de nos connaissances, la solution à la pollution nucléaire est donc sur terre comme au ciel l’arrêt du recours à l’énergie nucléaire. En ce qui concerne la dépollution des objets et débris non nucléaires les solutions ne sont pas plus satisfaisantes. L’idée d’une orbite « «cimetière » dans des zones isolées pour les satellites en fin de vie ne fait que décaler dans le temps le problème. La solution de désintégration par des missiles ou des lasers quant à elle, multiplie les risques liés aux débris spatiaux, sans compter que l’énergie nécessaire à de telles opérations pourrait perturber l’équilibre thermique et chimique de l’espace. Tous les états planchent sur le problème, mais sans grand succès, il faut l’avouer. Christophe Bonnal, notre ingénieur du CNES, propose un système original : le satellite à câble. Un système inédit de désorbitation des vieux étages de lanceurs. Son dispositif s’appuie sur un satellite à câble, dit « chasseur ». Le satellite chasseur est équipé d’un câble ou filin de 30 à 50 km de longueur.
Ce filin est déployé pour s’accrocher à un débris, puis lorsqu’il est coupé, par réaction, débris et chasseur s’éloignent l’un de l’autre. Le déchet « tombe » vers l’atmosphère pour s’y désintégrer, tandis que le chasseur « monte » vers un nouveau débris à désorbiter. Et ainsi de suite ! Si à ce jour les projets les plus originaux sont envisagés, il semble tout de même évident qu’il faille réduire le nombre d’appareils lancés en augmentant leur durée de vie active et en utilisant des satellites polyvalents. Les satellites en fin de vie devraient avoir une réserve de combustible pour pouvoir descendre vers les couches denses de l’atmosphère, où ils seront brûlés. Ce qui ne résout pas la pollution terrestre, mais c’est un autre problème.
Il reste tout de même un espoir, celui d’une prise de conscience collective, qui comme d’autres alertes lancées* par les vigies d’une société en éveil, enfle et gronde pour faire entendre sa voix et rectifier le tir, si j’ose dire.
Inspirez, expirez…
* voir écolomag N°4
- www.neopodia.com
- http://fr.rian.ru
- http://aipri.blogspot.com
- www.notre-planete.info
- www.astrosurf.com
- Izvestia / New York Times / Financial Times.
10.000 objets, de 10-30 cm pour les orbites basses - 200 à 700 km - et de 1 m pour l’orbite géostationnaire – à partir de 800 km - La quantité totale des objets découverts et surveillés dont le diamètre dépasse 10 cm frôle les 14.000.
950 d’entre eux sont des appareils spatiaux actifs de différents pays.
Le nombre des corps, dont le diamètre est inférieur à 10 cm, varie entre 200.000 et 250.000
Ceux dont le diamètre est de 0,1 à 1 cm sont entre 70 et 80 millions, alors que les objets qui se mesurent en microns sont de l’ordre de 10 puissance 13 ou 14
Dr Buzz et M. Rumeur
Lorsque le bouche à oreille « de papa » se transforme en bon plan planétaire c’est que le buzz a pris et que le business fonctionne, mais quand la face obscure de l’information se manifeste, alors la rumeur devient outil de nuisance ou de propagation de peurs irrationnelles.
Par Michel Moreau
Le Buzz, un outil de promotion
Aujourd’hui le monde bruisse, ou plutôt bourdonne, de milliards d’infos de tuyaux et de bons plans. C’est le buzz. Ce mot anglais qui a fait sa place dans la majorité des langues de la planète exprime le bourdonnement des abeilles. Le buzz répond, d’ailleurs, à une organisation et un fonctionnement qui reprend les codes qui régissent la ruche. Car le buzz ou marketing viral, puisqu’il s’agit là d’une forme nouvelle de marketing, donc de promotion d’un produit ou d’une idée, choisit comme cible première des « reines », leaders d’opinion ou personnalités reconnues et influentes d’une sphère définie. Tout comme les reines, ces individus ont une soif inextinguible de stimulation et sont perpétuellement en mouvement, à la recherche du prochain plaisir, de la prochaine satisfaction. Ces « reines » appelées « Alphas » par les sociologues, ont en définitive un insatiable appétit d’idées nouvelles qu’elles puisent dans une multitude de sources informationnelles, ingurgitant notamment de fortes doses de médias. Ce sont elles qui décident de ce que relaieront les « abeilles », c’est-à-dire la masse des internautes, puisque le buzz, comme la rumeur, se répand majoritairement par le biais du Net. Ces « abeilles » aiment le contact et adorent communiquer. Elles s’approprient en quelque sorte les idées empruntées aux « reines » et les traduisent sous une forme accessible au grand public. Elles sont le vecteur informationnel qui va propulser la tendance naissante dans le monde du consommateur moyen.
La différence fondamentale entre une « abeille » et une « reine » réside dans leur état d’esprit : les « reines » utilisent les tendances qu’elles perçoivent pour exprimer leurs idées, tandis que les « abeilles » les adoptent pour donner d’elles-mêmes l’image qu’elles souhaitent avoir auprès de leur entourage. Les « abeilles » ont besoin d’être rassurées et cherchent constamment à vérifier qu’elles ont fait le bon choix. En clair, elles lisent la presse et glanent des informations auprès des « reines » et la boucle est bouclée, prête pour un nouveau buzz. Si, aujourd’hui, on décrypte aisément les mécanismes du buzz pour les enseigner dans toutes les bonnes écoles de commerce, il n’est pas sûr que les premiers initiateurs des débuts du buzz - fin des années 90 - aient eu vraiment conscience de ce qu’ils généraient. Premier et cultissime buzz : le « Waaazaaa » de l’anglais what’s up- qui a déferlé sur le web en 2001. Rappelez-vous ces mines hirsutes et allumées qui hurlaient en tirant la langue ou en grimaçant un incompréhensible Waaazaaa face à la webcam de leur ordinateur. Tout avait commencé dans une petite entreprise où un employé excédé par l’habitude qu’avaient pris ses collègues de dire tout le temps « What’sup ? » - quoi de neuf - leur envoya une petite vidéo où il poussait le fameux cri. Le jeu était lancé, il fit le tour du monde générant des millions de fans et de clics. Il sera finalement repris par une grande marque de bière américaine pour sa campagne de publicité. Et le buzz devint buzz marketing. Conscients de la lassitude des consommateurs face à la pub traditionnelle, avec ses mannequins, ses belles bagnoles et ses images stéréotypées d’un bonheur en promo, les publicitaires se sont jetés sur ce nouveau créneau et ont réalisé quelques opérations spectaculairement rentables.
Les confidences de Raymond Domenech sur l’équipe de France avant le Mondial de 2006, publiées sur le portail de SFR ont engendré un énorme et juteux trafic. Le casino en ligne Golden Palace n’hésite pas à envoyer un homme nu courir sur le stade de la finale du Super Bowl ou de Roland Garros, avec l’adresse de son site inscrit sur la peau, pour en faire des petites vidéos, les mettre en ligne et faire le buzz sur son nom. Mais le plus beau coup est sans conteste le buzz mis en place par les collaborateurs de Barack Obama lors de sa campagne. Joe Rospars, directeur des nouveaux médias, Scott Goodstein, chargé du suivi en ligne, et Sam Graham-Felsen, responsable des blogs, ont raconté, au cours d’une conférence à New York, comment ils avaient provoqué un «raz-de-marée» Internet en partant de presque rien: un iPhone pour eux trois. Depuis le début, dit Joe Rospars, « les nouveaux médias ont été intégrés étroitement à notre campagne sur le terrain, à nos opérations de levée de fonds et de communication ». « Ce n’était pas seulement une campagne, mais un mouvement, et nous essayions d’organiser les gens», ajoute Sam Graham-Felsen. Sur Facebook, Youtube, Myspace, sur tous les blogs et site participatifs -à commencer par le plus attractif de tous : celui du futur président- l’équipe en charge des nouvelles technologies de communication a été décisive dans la victoire d’Obama. Si le buzz a pris, c’est certes que le Président nouvellement élu avait un message fort et clair, mais c’est aussi parce qu’il a été remarquablement mis en ligne par un petit génie du Net : Chris Hugues, 24 ans, cofondateur de Facebook, à qui il doit, en autres, le succès de son site Mybarackobama.com. Mais c’est l’engouement des internautes qui a emballé la machine. Avec 24 millions de visionnages en un jour, au mois de mars dernier, les vidéos sur Obama sont parmi les plus regardées de l’histoire de YouTube. Artistes, ONG, leaders d’opinion ou anonymes, tous ont alimenté le buzz par le partage et l’échange de témoignages, de textes, de chansons, de vidéos, de plus ou moins bonne tenue, usant et abusant du Web comme jamais en politique. Si le résultat est positif pour le candidat, il l’est beaucoup moins pour les médias traditionnels, grandes chaînes de TV, presse écrite et radios qui, si elles restent la principale source d’information, ne peuvent plus à elles seules faire et défaire les opinions. L’avènement de ce que les experts appellent le Web 2.0, celui où chaque internaute est à la fois acteur, spectateur et diffuseur ouvre la voie à d’autres formes de communication et offre d’autres moyens de se faire entendre. Le buzz profite aussi à tous ceux qui n’ont pas accès à ces grands médias : presse alternative, ONG, associations, petits producteurs, inventeurs et bien sûr aux artistes. Les sites comme YouTube ou Dailymotion sont des plateformes qui ne fonctionnent que sur le Buzz. Le succès pour certains internautes leur à permis qui, de signer dans une grande maison de disques, qui de se retrouver sur toutes les chaînes TV du monde ou qui enfin de publier un essai ou un roman. Le monde associatif et les ONG ont, eux aussi, très bien intégré les mécanismes qui leur permettent d’informer, de mobiliser leurs troupes et lever des fonds, bref, d’occuper le devant de la scène, de faire du bruit autour de leurs idées et leurs projets. Si le buzz a tendance à être majoritairement commercial, il reste une forme de communication non agressive plutôt participative et donc bien acceptée… pour l’instant. Les effets de saturation guettent, surtout quand le buzz devient « Marketing viral » et que la contagion de l’information devient étouffante par son omniprésence. À l’image du virus sanitaire qui s’infiltre dans un organisme vierge et utilise les cellules saines pour se dupliquer jusqu’à ce que mort s’en suive, le marketing viral porte en lui l’élément fondamental de sa propre fin. À force de se répandre le bon plan, le tuyau se banalise au point de perdre son argument majeur, à savoir le sentiment de partager une information entre privilégiés, et donc tout intérêt, pour finir par tomber dans l’oubli. Si ces principes sont avérés pour le « buzz positif » il en va tout autrement quand la bouche, ou le clic, à oreilles met en scène les plus noirs desseins et fait appel aux plus viles pratiques de la rumeur.
La rumeur : une machine à nuire
À la grande différence du buzz qui fonctionne sur la valorisation voulue d’une offre ou d’une idée, l’origine de la rumeur est spontanée et anonyme, donc rarement identifiable. Elle fait appel à la curiosité malsaine, voire à la perversion et joue sur les grandes peurs sociétales du moment. Miss France 2001 en a fait les frais après que le magazine américain le Dailynews, eut repris une rumeur affirmant qu’élodie Gossuin pourrait être ou avoir été un homme ! La presse hexagonale donna à l’époque un tonitruant écho à se qui se révéla être un minable canular lancé par un webzine français spécialiste du genre. Plus inquiétante, la rumeur qui envahit nos boîtes mails il y a quelques mois, mettant en garde le public contre la contamination par des aiguilles porteuses du VIH dans les salles de cinéma. Une rumeur qui a la vie dure puisqu’elle fit son apparition en 1912, mais à l’époque c’était dans les fiacres que l’on contractait une maladie mortelle. Grande peur de notre société, le SIDA a bien-sûr fait l’objet de toutes les rumeurs possibles : manipulations en laboratoires incontrôlées, arme bactériologique inventée par les militaires sur fond de relents de guerre froide et même volonté supposée d’éliminer les populations déviantes (homosexuels et drogués). Les peurs alimentaires et sanitaires liées aux crises de la vache folle ou aux « accidents » bactériologiques ou nucléaires – du type nuage de Tchernobyl - sont des terreaux fertiles aux manifestations spontanées de la rumeur. Quant aux rumeurs sur le 11 septembre, elles sont légions et leurs défenseurs les entretiennent en mélangeant savamment coïncidences malheureuses et manipulations d’informations – comme la photo de ce touriste soi-disant prise quelques secondes avant le crash du premier avion suicide, malheureusement, il n’y avait pas de balcon panoramique sur la première tour touchée -.
Une théorie du complot que l’on retrouve avec les « chemtrails» (panaches chimiques), en référence aux « contrails» (panaches de condensation) lâchés par les jets militaires et les avions de ligne qui volent au-dessus de 8000 mètres à une température de – 40°. Pour nombre d’Américains, ces traînées – de condensation rappelons-le encore - ne seraient rien d’autre que des épandages de matières chimiques que les gouvernements testeraient sur les populations et l’environnement. Autant de rumeurs qui pourraient prêter à sourire, si la crédulité humaine n’était pas finalement employée dans le but de discréditer, d’ostraciser ou de nuire à certaines institutions, entreprises ou catégories de populations. Car, selon le bon vieux principe « Il n’y a pas de fumée sans feu », la rumeur, même démentie et invalidée, continue de nuire. Les exemples de marques et sociétés victimes de ce genre de désinformation qui perdurent sont nombreuses. La société Procter & Gamble accusée en 1981, par des évangélistes extrémistes, de liens avec une secte satanique répond encore à plus de 20.000 courriels par an sur la question. Presque trente ans après, Mc Donald’s continue de communiquer sur le fait que ses burgers ne sont pas faits à base de vers et chez nous une grande enseigne de distribution fait toujours l’objet d’une consultation suspicieuse sur Internet quant à ses liens supposés avec une secte. On le voit, lancée par des individus mal intentionnés, des consommateurs frustrés ou des concurrents peu scrupuleux, la rumeur, véritable gangrène, est difficile à neutraliser. Mais la rumeur n’est pas pour autant une maladie incurable.
L’inform-action : un bon remède
Si la première réaction des mis en accusation est, d’évidence, d’affronter la rumeur en communiquant avec le maximum de transparence sur l’objet de la mise en cause, aucun résultat probant ne sera obtenu sans la participation active du public auquel est destinée la rumeur. Il convient donc à chacun d’entre nous de se poser quelques questions légitimes sur la provenance de cette information – qui me l’envoie, pourquoi, dans quel but ?- et de valider le niveau de confiance que l’on peut attribuer à l’expéditeur ou l’informateur. Est-il un spécialiste bien informé ou un érudit suffisamment compétent pour accepter comme parole d’évangile la révélation qu’il affirme ? À ces questions on peu tenter de trouver des réponses en consultant ceux qui se sont fait une spécialité de lutter contre ce que l’on appelle les « bruits de lieux d’aisance », pour ne pas dire autrement, et qui répertorient ce que les anglo-saxons appellent les Hoaxs – canulars- qui ne sont malheureusement pas que des blagues potaches, mais de plus en plus des actes de désinformation malveillants. À ce titre les sites de hoaxbuster.com ou urbanlegends.com –et ils ne sont pas les seuls- sont des outils précieux dans la lutte contre la rumeur. Enfin, et surtout, l’appel au bon sens et à la mesure de chacun est la garantie première de pas être les victimes consentantes de la désinformation.
Mais n’en va-t-il pas de même pour toute information…même celle-ci ? K
Sources :
www.tsr.ch - www.hoaxbuster.com - www.communication-sensible.com
www.yohangicquel.com et les travaux de Fabien Petit (Sub de co Nantes)
La nature en subprimes !
Surexploitation des ressources naturelles, spéculation sur la production agricole, junkbonds -actions pourries- des crédits carbones, les traders du profit à tout prix gèrent le capital naturel de la planète comme le secteur bancaire… avec le succès qu’on leur connaît désormais ?
Par Michel Moreau
Connaissez vous le jour du dépassement ? C’est le jour dans l’année ou l’humanité dépasse la consommation des ressources que la planète peut produire en un an. Cette année la date fatidique tombait le 23 septembre. Depuis nous vivons au-dessus de nos moyens et donc à crédit. Ce concept anglais a été mis en place après le sommet de Tokyo de 1992 par le Global Footprint Network, réseau dont le principal objectif est de fournir des outils pour mesurer l’impact des activités humaines sur la planète. En divisant la capacité de production de la planète (mesurée en hectares) par l’empreinte écologique humaine (également mesurée en hectares) multipliée par 365 on obtient le nombre de jours de consommation que la terre peut supporter. Le résultat pour l’année 2008 est 267 jours, d’où la date du 3 septembre. Depuis nous sommes à découvert écologique. Et chaque année le déficit augmente depuis le 31 décembre1986, où, pour la première fois de son histoire, l’homme a consommé la totalité de ce que la Terre avait produit en un an. Aujourd’hui la surconsommation atteint 140% et au rythme actuel il faudrait deux planètes pour satisfaire l’humanité d’ici 2050.. L’outil utilisé par le Global Footprint Network permet aussi des comparaisons entre régions du monde. Les habitants des Emirats arabes unis ont l’empreinte écologique la plus élevée : chaque habitant consomme chaque année l’équivalent de 12 hectares. Les Américains les suivent de près, avec 9,5 ha. La France est au 12e rang mondial, avec un peu moins de 6 ha. Les habitants du Bangladesh, de la Somalie et de l’Afghanistan sont les plus petits consommateurs de ressources au monde, avec moins d’un demi hectare par an. Cette dette écologique dont bien peu de politiques semblent se soucier et que les générations futures devront solder, suscite l’intérêt des spéculateurs à plus d’un titre, si l’on peut dire.
Crédits carbone : les junkbonds CO2 de la société Planktos
Malgré l’effondrement du prix de la tonne de CO2 de 31€ à 12€ puis 8€ le 12 mai dernier, le « marché Carbone » devrait rapidement reprendre du poil de la bête avec la baisse des quotas autorisés par le Plan d’allocation des quotas 2008-2012. Rappelons que le crédit carbone s’échange en bourse et qu’il permet à des pays ou des entreprises polluantes de racheter des droits à émettre plus de CO2 auprès d’autres pays ou industriels qui n’ont pas utilisé tout leur quota d’émission. Une sorte de permis de polluer payant en somme. Mais l’augmentation de la population mondiale et le développement industriel des pays émergeants conjugués entraînant une consommation grandissante de CO2, les apprentis sorciers n’ont pas tarder à proposer des solutions, soit disant, innovantes vertes et sans risque. C’est le cas de la société Planktos qui propose un remède climatique miraculeux pour capturer le CO2 et donc générer du crédit carbone. Dans une zone de 10 000 km2, dans les Galapagos, Planktos compte épandre de la poussière d’acier avec son navire, le « WeatherBird ». Selon Planktos, cette poussière est capturée par le plancton ; consécutivement, on doit assister à un « boom » de ce même plancton, réputé, dixit encore le directeur général de la firme américaine, Russ George,« stocker la moitié du CO2 planétaire, ensuite, grâce à la photosynthèse, le plancton capturera et stockera le CO2. Une fois séquestré, le CO2 se convertit en crédits de carbone que l’entreprise peut ensuite mettre en vente sur les marchés globaux d’émission ». Sauf que ces alchimistes des mers passent sous silence les conséquences inconnues d’un épandage massif de nanoparticules de fer sur la chaîne alimentaire marine. Comme l’évoquent les experts de WWF et ceux consultés par la revue Nature, plus de 90% du fer déversé se perdra dans les courants marins, entraînant un effet domino sur l’ensemble de l’écosystème marin de la planète. Le remède pourrait se révéler pire que le mal. Lorsque l’Agence américaine de protection de l’environnement a prévenu Planktos que des sanctions seraient prises si son navire portait le pavillon des Etats-Unis, l’entreprise a rétorqué qu’elle utiliserait un autre drapeau ou un autre navire. Car la société exploite une faille majeure du droit international : il n’existe actuellement aucune régulation à l’échelle mondiale interdisant le déversement commercial de fer dans l’océan. De quoi mettre en doute la moralité de Planktos ! Mais les entreprises douteuses spécialisées dans ce que l’on appelle la géoingénierie spécialisée dans l’écorestauration ne sont pas les seuls prédateurs à spéculer sur les ressources naturelles de la planète.
Fonds de pensions, hedgefunds et autres fonds hautement spéculatifs ont découvert d’autres sources de profit : la spéculation alimentaire et territoriale
Selon la commissaire européenne chargée de l’Agriculture, Mariann Fischer Boël, 140 fonds indexés partiellement ou totalement sur les prix des matières premières agricoles ont été lancés en février dernier dans l’Union européenne. Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, qui ne passe pas auprès des marchés pour un extrémiste vert, qualifiait, à la fin du mois de mai, de “criminels” et de “rapaces” les spéculateurs financiers sur les marchés des matières premières agricoles, qui contribuent à la crise alimentaire mondiale: “Faire monter les prix alimentaires pour son propre profit, déclarait-il, accepter que la famine et la guerre soient de simples dommages collatéraux, c’est le contraire d’une économie de marché éthiquement fondée. » Certains fonds voient les céréales comme une valeur refuge durable face aux incertitudes du pétrole. D’autant plus que nous sommes passés d’une ère de surplus de production à une ère de rareté de la marchandise. Mais pour que ce marché soit encore plus juteux il ne suffit pas d’organiser la flambée des prix, il faut rendre ces prix volatiles, organiser des fluctuations, avec des baisses conséquentes pour mieux revendre ensuite. Une volatilité qui risque de déstabiliser les agricultures locales, qu’elles soient moldaves ou bretonnes. À la bourse de Chicago, la tonne de blé a affiché au cours de la même séance des variations de cotations de plus de 20% et la majorité des contrats passés n’ont abouti à aucune livraison effective, les spéculateurs n’ayant aucun intérêt à la marchandise elle-même, à la différence des producteurs, des vendeurs et des consommateurs. Seule la plus valuecompte. Ce sont ces mêmes fonds qui investissent aujourd’hui dans l’achat d’immenses territoires agricoles en Afrique ; en Amérique du sud et en Russie, bouleversant les tissus économiques et sociaux. Pour boucler la boucle ils acquièrent silos et lieux de stockages anticipant une forte demande potentielle et donc de forts profits. Au moment où la FAO estime que les réserves actuelles garantissent à peine deux mois d’alimentation pour la planète. Mais le pire serait, qu’après avoir généré une bulle spéculative forte sur les matières alimentaires, les fonds d’investissement se détournent brutalement de ce marché, attiré par d’autres sirènes ou d’autres valeurs refuges, comme on dit de façon plus feutrée dans la finance, provocant une chute des cours aussi spectaculaire que celle que nous vivons aujourd’hui dans le secteur bancaire. Alors que l’équilibre alimentaire est déjà précaire, une telle dévaluation risquerait fort d’inciter les agriculteurs à délaisser leur métier et accentuerait inévitablement la pauvreté. Alors entre notre découvert écologique, les actions à haut risque des apprentis sorciers de l’écorestauration et les spéculations des fonds à fort rendement reste-t-il une chance d’éviter les scénarii catastrophes qui s’accumulent ? Oui, si…
Réguler et taxer la spéculation, protéger les ressources et les hommes, là sont les clés d’un autre avenir
La mise en place de taxes mondiales, que ce soit sur les émissions de carbone pour développer des énergies renouvelables ou sur la spéculation alimentaire afin de créer des fonds de solidarité mondiale semble l’alternative la plus crédible. La proposition d’interdire la spéculation, que défendent certains politiques, ne semble pas réaliste au vu de la facilité avec laquelle les grands acteurs économiques et financiers contournent des lois par trop souvent régionales. Mais aux effets d’annonces et à la surenchère de déclarations moralisatrices, nos dirigeants oseront-ils vraiment prendre les mesures nécessaires et changer les systèmes financiers et économiques qui les ont soutenus dans leur quête du pouvoir ? Rien n’est moins sûr, mais accordons leur -encore une fois ?- le bénéfice du doute. Quand à nous, citoyens lambdas, usons de notre liberté de choix et d’expression. Aux placements prédateurs à hauts risques, préférons une épargne solidaire, apparemment moins lucrative, mais au bout du compte bien plus pérenne. Car ceux qui ont préféré la spéculation à la raison ont vu leurs économies fondre comme neige sous un trou d’ozone, alors que les fonds éthiques se maintiennent plus qu’honorablement. Il en va de même pour tous les autres choix de la vie quotidienne, préférons le durable au jetable, achetons, peut-être moins mais mieux. Déplaçons, par la simple force de nos portefeuilles, la valeur des marchés et passons d’une économie du profit immédiat à une économie équitable et profitable à long terme. Et puis, usons et abusons de notre droit à la parole, interpellons nos élus, nos dirigeants, nos collaborateurs, nos amis, nos familles par lettres, sur le Web ou au cours de simples discussions et faisons gonfler le cours du ruisseau de la raison en un océan de sagesse. Aujourd’hui, plus que jamais, nous en avons l’obligation mais aussi la possibilité.
Alors… Action ?
Sources : www.footprintnetwork.org - www.enmarche.be
www.naturavox.fr - www.effetsdeterre.fr - environnement.blogs.liberation.fr
www.mondialisation.ca
Internet : un écosystème vert ?
Profusion de sites verts et éthiques, utilisateurs devenus contributeurs, navigateurs et moteurs de recherches solidaires, fournisseurs d’accès défenseurs de la planète, l’Internet serait-il un écosystème résolument vert ?
Par Michel Moreau
Si l’on s’en tient à la définition actuelle d’écosystème sur le Wikipedia francophone : un écosystème est un système biologique formé d’une biocénose et d’un biotope, autrement dit par un ensemble d’espèces associées - en l’occurrence les Internautes - développant un réseau d’interdépendances dans un milieu caractérisé - l’Internet lui même -, alors nous sommes bien en présence d’un écosystème. Une idée pas franchement nouvelle puisque dès le début des années 90 des publications et des recherches anglophones traitant d’Internet avancent l’idée d’une Digital Ecology - écologie Numérique. Aujourd’hui, s’il semble acquis d’aborder la question sous l’angle de l’écologie, et donc d’un écosystème dont l’équilibre doit être préservé, le Web est-il vert ou dans le rouge ?
La toile est sans conteste devenue le média du partage des connaissances et des richesses, la vitrine de l’écoconsommation et de la solidarité associative. Comme aucun média traditionnel ne l’a jamais été. L’engouement est évident pour le « clic solidaire ou éthique » avec des sites comme Soliland ou encore des moteurs de recherche du type Hooseek, qui proposent navigateurs et comparateurs de prix où l’internaute, par le simple fait d’effectuer ses recherches à travers ces adresses, participe au financement d’associations et d’ONG de son choix. Le trafic généré étant rémunéré, ces sites reversent jusqu’à 50% des profits aux associations qu’elles vous proposent de soutenir. Curieusement, si l’on regarde les chiffres publiés par Hooseek - iniative française comme son nom ne l’indique pas -, ce ne sont pas toujours les organismes caritatifs les plus connus qui récoltent le plus de fonds. Si les grands noms comme Amnesty, Action contre la faim ou l’Unicef sont en bonne position, sur plus de 809 000 associations proposées par le moteur de recherche, ce sont les associations guère soutenues par les grands médias traditionnels qui cristallisent le plus le soutien des internautes. Le Comité de Soutien aux Faucheurs Volontaires (anti OGM) arrive en 2° place aux gains récoltés et l’Association Kokopelli (pour la défense des semences traditionnelles) marque sa 1° place avec plus du double des sommes collectées par les grands noms. Un signe de l’émergence d’une certaine indépendance d’esprit et de choix d’action des cyber-citoyens.
Autre grand gagnant du Net solidaire : la catégorie micro-crédit. Les sites sollicitant le don et le financement de micro-entreprises, majoritairement dans les pays les plus pauvres, contribuent fortement au développement de cette forme d’entraide. « Le Banquier des pauvres », le Bangladais Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, annonce le chiffre de 100 millions de personnes, qui ont profité à ce jour d’un montant de 6 milliards de dollars de micro-crédit. Mais si l’envie et la facilité pour nombre d’entre nous de prêter entre 15 et 20 € - c’est la moyenne communément admise - ne cesse de croître, il faut bien distinguer les initiatives réellement efficaces et les usines à gaz qui se perdent dans des frais de structures et de fonctionnement. Les structures coopératives ou à but non lucratif sont souvent celles qui sont les moins gourmandes. Choisissez plutôt des plate-formes comme KIVA qui s’appuient sur des systèmes de contrôle et d’ accompagnement administratifs locaux, donc peu onéreux, que des poids lourds comme Planet Finance dont les charges ne laissent que 3% des sommes récoltées aux petits emprunteurs selon l’IFRAP, un think tank indépendant.
L’écoconsommation est aussi, bien sûr, un secteur en plein boom. Et plus encore dans le domaine alimentaire. La traçabilité des produits, en clair savoir d’où vient ce qu’il y a dans notre assiette, étant devenue une préoccupation majeure après les catastrophes alimentaires type vache folle, le Net regorge de sites proposant des produits non pollués et non polluants. Paniers garnis de fruits et légumes bios ou simplement plus sains, plus vrais et plus proches, avec les AMAP, Natoora ou lepanierpaysan.com, tous engagés par des chartes équitablement respectueuses de l’environnement et du consommateur. Avec l’arrivée de ce que les spécialistes appellent le Web 2.0, c’est-à-dire le Web participatif, où l’enrichissement des informations ne se fait plus uniquement du haut vers le bas, de nouveaux sites plus vivants ont vu le jour. L’internaute devenu contributeur enrichit la masse d’infos de données – vérifiées - venues de la base et sans cesse actualisées. Le site Paysans.net recense les producteurs français, grâce à une carte Google Maps, où l’internaute est invité à commenter les produits et les services des agriculteurs.
La contribution est bien au coeur de l’avenir du Web et les scientifiques l’ont bien compris en mettant en place Open Infrastructure for Network Computing. Un système de mutualisation de la puissance des processeurs des ordinateurs de la planète. En vous inscrivant, vous permettez, lorsque votre ordinateur est en veille, qu’on utilise ses capacités de calcul pour des programmes de recherches scientifiques, changements climatiques, recherche médicale ou vie extraterrestre. Une puissance qu’aucune université ou même aucun Etat ne pourrait s’offrir.
Il faut tout de même mettre quelques bémols à ce monde merveilleux de l’Internet ! Même si par le fait de sa dématérialisation, le support du média étant par nature virtuel : pas de papier, pas de matière physique donc pas d’obligation de recyclage direct, le Net engendre des effets induits négatifs que l’on peut percevoir comme des dommages collatéraux. L’utilisation d’ordinateurs ou de téléphones portables, contenant des produits fortement polluants et constituant toujours un problème de recyclage, égratigne fortement le bilan vert. En outre le système est terriblement énergivore. Les fermes de serveurs Google disséminées dans le monde entier qui servent à faire fonctionner l’application, consommeraient à elles seules 2,1 TWh (Tera/Watt/heure) par an, soit l’équivalent de deux centrales nucléaires ! Comprenant l’impact environnemental et psychologique de ces chiffres, les dirigeants de Google tentent de compenser en équipant leurs locaux et fermes de serveurs de panneaux solaires et se sont lancés dans le rachat et l’investissement dans des sociétés écolos ou éthiques. Les fabricants de produits high-tech aussi innovent avec des produits verts, le site GreenIT compare ces produits plus écolos, comme l’oreillette Bluetooth solaire ou le PC en bois.
En conclusion le Net est-il vert ou dans le rouge ? À vous de juger et à nous tous de lui donner la couleur de l’espoir. Car cet étrange écosystème est comme le reste de la planète : en danger. Un environnement de plus à protéger ? Action !
Il faut sauver les lanceurs d'alerte !
Chercheurs, scientifiques, ingénieurs, spécialistes ou simples quidams, ils sont les vigies de notre société et servent l’intérêt collectif en attirant l’attention sur un danger particulier, souvent environnemental ou sanitaire.
Par Michel Moreau
Une attitude courageuse qui vaut systématiquement à ces Cassandres modernes inculpations pour diffamation et mises à l’écart professionnelles, voire sociales aux conséquences parfois dramatiques. En France, aucune loi ne protège les « lanceurs d’alerte » face aux lobbies financiers, industriels et politiques auxquels ils s’attaquent. Si aujourd’hui le soutien des associations, la volonté affichée des pouvoirs publics de mettre en place un statut protecteur pour ces citoyens et les derniers jugements rendus en leur faveur, semblent améliorer la situation de ceux qui tentent de nous protéger, il n’en a pas toujours été ainsi et l’exercice reste encore périlleux. Il y a maintenant presque un siècle, ceux qui s’inquiétèrent des risques liés à l’amiante furent réduits au silence, rarement réhabilités et réintégrés dans leurs fonctions. Il y a pourtant encore, en 2008, dix morts par jour liées à l’amiante. Le Docteur Jean-Jacques Melet, qui, depuis les années quatre-vingt, dénonçait les dangers des plombages dentaires au mercure a finit par se suicider, ostracisé professionnellement et isolé socialement. Aujourd’hui encore 70% des plombages contiennent du mercure. Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que l’on comptabilise les décès et les maladies incurables ? Et que l’on donne raison à ces empêcheurs de produire en rond ? C’est un peu ce que vient de faire le Tribunal correctionnel de Créteil le 4 juillet dernier en reconnaissant le statut de « lanceur d’alerte » à Véronique Lapides dans l’affaire des cancers d’enfants de Vincennes. Présidente de l’association Collectif Vigilance Franklin elle avait alerté les autorités sanitaires suite à la découverte en 2001 de plusieurs cas de cancers d’enfants de moins de 6 ans dans la maternelle Franklin construite par la ville sur un ancien site de production des usines Kodak. Pour toute réponse, Véronique Lapides reçu une assignation à comparaître suite à une plainte déposée par le Maire de la ville pour diffamation. Le jugement rendu est donc d’importance car, non seulement il oblige la ville à une dépollution totale du site, où des logements sociaux et des bureaux ont aussi été construits, mais il considère que Véronique Lapides agissant pour le bien de tous n’est pas coupable de s’interroger sur des questions sanitaires et environnementales et donc, encore moins de diffamation. Un jugement qui fait écho à celui rendu en mars dernier dans l’affaire du procès du sel. Pierre Meneton, chargé de recherche à l’INSERM et spécialiste de la physiologie rénale, était poursuivi notamment par le Comité des salines de France pour avoir déclaré en mars 2006 que « le lobby des producteurs du sel et du secteur agroalimentaire (…) désinforme les professionnels de la santé et des médias » à propos des risques cardio-vasculaires liés à l’excès de consommation de sel. Soutenu, comme bien d’autres, par La Fondation Sciences Citoyennes, le chercheur s’est vu lui aussi reconnaître comme « lanceur d’alerte » et lavé de tout acte de diffamation.
Comme on le voit, les lanceurs d’alerte sont systématiquement attaqués en justice pour diffamation par des lobbies dont la surface financière leur permet d’aligner des escouades de juristes mais aussi de faire pression sur les employeurs ou les partenaires de ceux qui osent les dénigrer. C’est le cas d’André Cicolella expert en toxicologie à l’INSERM qui dénonça en 1994 la dangerosité des éthers de glycol et établit un lien évident entre l’exposition professionnelle de femmes enceintes et des malformations foetales lors d’un congrès scientifique. Ses recherches furent immédiatement contestées par l’industrie de la chimie et Cicolella fut licencié pour faute lourde. La cour d’appel de Nancy donnera, par la suite, raison au chercheur. Une décision confirmée par la Cour de Cassation et qui fera désormais la première jurisprudence en faveur des lanceurs d’alerte. Mais les dégâts professionnels et familiaux causés par le conflit sont irrémédiables.
La liste est longue de ceux qui crient au loup, souvent à juste titre, et qui sont harcelés juridiquement, financièrement, en public et jusque dans leur vie privée. Christian Vélot, Maître de Conférences en génétique moléculaire à l’université Paris sud et responsable d’une équipe de chercheurs au Centre Scientifique d’Orsay a fait l’objet de multiples pressions : confiscation de crédits, privation d’étudiants stagiaires, menaces de déménagement forcé dans d’autres locaux, etc, pour avoir dénoncé les risques sanitaires liés à l’introduction des OGM dans l’agroalimentaire.
Etienne Cendrier, porte-parole de l’association Robin des Toits a lui aussi subi les attaques des opérateurs téléphoniques Bouygues Telecom, SFR et Orange pour ses propos sur les risques liés aux antennes relais. Sans protection juridique et sans statut particulier, les lanceurs d’alerte français constituent une espèce en danger. Il n’en va pas de même dans le reste du monde.
Dans les pays anglo-saxons, ceux que l’on surnomme les Whistleblowers - littéralement les souffleurs de sifflets - sont souvent mieux protégés. Aux USA les premières lois en leur faveur remontent à 1935. Un des articles du National Labor Relations Act protégeait les employés qui « témoignaient ou déposaient une plainte relativement à une pratique de travail injuste et illégal » Depuis, une multitude de lois fédérales est venue renforcer cette volonté de protection. Aux USA les Whistleblowers sont considérés comme des héros, à tel point que le magazine Times a élu en 2002 « Personnalité de l’année » trois femmes Whistleblowers. Cynthia Cooper a signalé 4 milliards d’irrégularités au sein de sa propre société Worldcom, l’agente du FBI Colleen Rowley a dénoncé les carences des services secrets dans l’affaire du présumé terroriste Zaccarias Moussaoui bien avant le 11 septembre 2001. Enfin Sharon Watkins, vice-présidente de la société Enron, avait averti dans les mois qui précédèrent la retentissante faillite, son PDG des malversations qu’elle avait constaté. Ces femmes ont pris le risque de perdre leur emploi, de se voir traîner dans la boue par la presse à scandale, et bien sûr devant les tribunaux. Elle n’aurait pu parvenir à se faire entendre sans une législation protectrice.
Au Royaume-Uni comme en Irlande, le Public Interest Disclosure Act de 1998 protège tout citoyen qui dénonce pratiques illégales et risques sanitaires. L’Australie mais aussi l’Afrique du Sud, les Pays-Bas et même l’Union Européenne, protègent leurs fonctionnaires et vont même jusqu’à leur faire obligation de dénoncer tout manquement de leur entreprise aux règles de bonne gouvernance. Qu’il s’agisse de pratiques financières, de discriminations raciales ou sociales, ou bien sûr de problèmes sanitaires et d’environnement. Des protections qui n’empêchent certes pas les lobbies incriminés de mettre en branle tout un arsenal de mesures de rétorsions à l’encontre des Whistleblowers, comme le montre l’enquête de C. Fred Alford, professeur américain de sciences politiques : dans la majorité des cas, les lanceurs d’alertes ont subi des représailles allant de la mise au placard au licenciement en passant par des diminutions de salaires, des mesures d’intimidation ou encore de suspension.
La protection des Lanceurs d’alerte : un enjeu majeur pour la démocratie.
Au-delà de la légitime protection du citoyen qui alerte, c’est le traitement même de l’alerte et l’évaluation des risques supposés par des instances d’expertise qui est en cause et qu’il faut revoir d’urgence. Car, depuis que la recherche scientifique a été mise au service de l’industrie, les experts réputés les plus qualifiés sont souvent les moins indépendants : chercheurs pour des groupes industriels ou financés par l’Etat, ils ne sont réellement libres ni de leur destin, ni de leurs opinions. Il faut donc permettre à la société civile, c’est-à-dire vous et moi, de faire appel à une expertise contradictoire pluraliste et libérée de toute pression économique et sociale. C’est ce que propose la Fondation Sciences Citoyennes avec la création d’une Haute Autorité de l’Expertise et de l’Alerte afin de parvenir à des analyses non influencées par des conflits d’intérêts, prenant en compte des savoirs variés, acceptant les vues contradictoires, et prenant place dans la transparence. C’est à ces conditions que nous sauverons les lanceurs d’alerte, et par là même la Démocratie, avec un grand D !
Sources : Fondation Sciences Citoyennes - http://sciencescitoyennes.org
Françoise de BRY Présidente du Réseau International de recherche sur les Organisations et le Développement Durable (RIODD)
Frédéric BADEY réseau sciences de la vie / Mission économique de Washington
Time Magazine.
Déchets... Les nouveaux continents ?
Dans le Pacifique Nord, entre Hawaï et la Californie, une plaque boulimique de 3,5 millions de km2, soit 1/3 de l’Europe, se constitue inexorablement, alimentée par nos déchets plastiques. Un tourbillon mortel de courants marins que les scientifiques appellent « La grande plaque de déchets ».
Par Michel Moreau
En 1997, Charles Moore, navigateur émérite et défenseur des ressources marines, revient d’une course à la voile entre Los Angeles et Honolulu. Il emprunte une route, peu fréquentée par les marins, qui traverse une zone de hautes pressions sans vent et où les courants tourbillonnent inexorablement dans le sens des aiguilles d’une montre. Lorsque le bateau de Moore se trouva pris au piège de la pétole, l’équipage fut stupéfait de voir la quantité de déchets, majoritairement plastiques, qui dérivait à la surface et qui semblait s’enfoncer sur plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Dix ans plus tard, en février 2007, Moore revient d’un voyage de collecte dans cette zone qui ne cesse de s’agrandir et de se compacter. Ce que ramène la petite équipe de scientifiques et de défenseurs des océans, embarqués sur le catamaran l’Algita du Marine Research Foundation, est tout simplement terrifiant :
il y aurait six kilos de plastique pour un kilo de plancton au coeur de ce vortex poubelle.
L’impact sur les espèces végétales et animales est considérable. Par photodégradation, sous l’effet conjugué du soleil, de l’eau et du sel, le plastique se désagrège en fines particules que poissons, oiseaux et autres animaux marins ingurgitent.
On connaît depuis longtemps le phénomène des tortues qui meurent par étouffement après avoir confondu méduses et sacs plastiques. L’estomac et les intestins de l’une d’elles, retrouvée morte à Hawaï, contenaient plus de mille morceaux de plastique. De nombreux oiseaux et leurs poussins ont été retrouvés morts, l’estomac rempli d’objets en plastique de taille moyenne comme des bouchons de bouteille, des briquets et des ballons. Greenpeace estime qu’à l’échelle de la planète, environ 1 million d’oiseaux et 100 000 mammifères marins meurent chaque année de l’ingestion de plastiques. Mais cette fois-ci, c’est toute la chaîne des espèces marines qui semble touchée puisque les plus petits morceaux sont ingérés par de petits poissons qui seront à leur tour mangés par de plus gros. Les taux de matières toxiques DTT et PCB, que les débris de plastique ont la particularité de fixer, ayant été constatés jusqu’à des quantités un million de fois supérieures à la normale et le territoire de certaines espèces de poissons s’étendant jusqu’à des zones de pêche intensive, les consommateurs japonais et américains peuvent légitimement s’interroger sur la salubrité du poisson qui se trouve dans leur assiette. Autre effet pervers : ces déchets plastiques qui offrent un habitat accueillant aux organismes - plantes ou petits animaux - entraînent loin de leur environnement naturel des espèces qui peuvent se révéler prédatrices pour l’écosystème dans lequel elles échouent. En 4 ans, l’augmentation des déchets plastiques a provoqué le doublement du nombre d’organismes envahisseurs dans les régions subtropicales voire un triplement à des latitudes supérieures (au-dessus de 50 degrés de latitude Nord). Parmi ces « envahisseurs », on trouve par ordre d’abondance, des bryozoaires (animaux microscopiques groupés en colonies), des crustacés, des vers annelés (polychètes), des méduses et des polypes (hydraires) ainsi que certains mollusques.
Un phénomène qui n’est pas unique et qui s’ajoute aux Tsunamis de débris côtiers et à la poubellisation des fonds marins. Ce phénomène de courants concentriques n’est pas le seul sur les océans de notre planète. La mer des Sargasses, dans l’Atlantique, encadrée par deux continents fortement industriels : l’Europe et l’Amérique, ou au large du Japon, près des côtes africaines, d’autres régions du globe présentent tous les ingrédients d’une multiplication de ce type de catastrophe écologique. Dans la Manche, les experts ont relevé des concentrations de débris au km2 de 10 à 100 fois supérieures à la norme maritime, la Méditerranée, mer enclavée, n’est pas épargnée. Mais nos plages estivales ne laissent rien paraître de ce qui se joue hors saison lorsque plagistes et saisonniers ne sont plus là pour ratisser, peigner et apprêter la grande bleue chérie de nos vacances. Il n’y a qu’à marcher sur les plages landaises en hiver pour contempler ce que l’océan déglutit sur la grève. Juste retour des choses, si j’ose dire, puisque environ 80 % du plastique retrouvé en mer viennent de terre. Seuls 20 % sont issus des navires. Si l’on ajoute que sur les 135 milliards de kilos de plastique produits chaque année dans le monde, seule une petite portion est recyclée et qu’une grande part s’échoue sur les côtes ou dérive au gré des vents et des courants, on a alors une vision de l’ampleur du problème. Un problème qui risque de durer puisque les scientifiques estiment qu’il faut jusqu’à quatre cents ans pour qu’un sac plastique soit totalement dégradé et jusqu’à mille ans pour certains autres conditionnements à base de polymères synthétiques. « Tout le plastique qui s’est échappé dans l’environnement depuis qu’on en fabrique y est encore. Impossible de nettoyer l’océan. Cela reviendrait à essayer de passer le Sahara au tamis », dit Charles Moore. Si techniquement cela n’est pas irréalisable, reste qu’économiquement la solution de drainer les océans à l’aide de gigantesques chaluts semble bien irréaliste. Qui, et surtout avec quels fonds, pourrait bien mener une telle opération ? Les observateurs les plus alarmistes prétendent que d’ici la fin du XXIIème siècle, nous pourrons marcher sur l’océan de Los Angeles à Tokyo. Si la formule semble quelque peu exagérée, il n’en reste pas moins que le différentiel entre la production de déchets plastiques et leur retraitement nous amène, mathématiquement, à considérer l’hypothèse comme possible. D’autant plus qu’il n’existe pas d’alternative industrielle viable. Même le plastique recyclable ou biodégradable, aujourd’hui très minoritaire, ne constitue pas une solution entièrement satisfaisante. Le bilan environnemental des sacs plastiques d’origines végétales n’est pas particulièrement positif. Leur fabrication est gourmande en eau, leur poids supérieur les rend plus chers à transporter et surtout ils participent du glissement désastreux d’une agriculture alimentaire vers une agriculture dédiée à l’industrie.
Pour enrayer la machine à catastrophes écologiques, législateurs et consommacteurs devront sortir le grand jeu.
Au plan législatif, les politiques devront prendre des mesures radicales. Il faudra bien finir par interdire les agents de blanchiment et les encres utilisant des métaux lourds, bannir les sacs fragmentables forts dommageables pour l’environnement, interdire et sanctionner lourdement les décharges sauvages et le trafic de déchets. Sans pour autant négliger l’incitation au civisme par de larges campagnes d’information afin de nous inciter à ne pas jeter nos sacs plastiques n’importe où. Quitte à verbaliser les consommateurs indélicats comme aux Etats-Unis, au Canada, à Singapour, en Suisse, en Norvège, au Danemark ou au Japon.
Quant à nous, consommacteurs de tout poil, il nous incombe de plus en plus d’appliquer la règle des trois R : Réduire, Réutiliser et Recycler. Un concept, certes pas nouveau, mais qui est une réponse concrète et à la portée de chacun face à cette crise des déchets. Réduire, car le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. Réutiliser, c’est donner une seconde vie à un objet que l’on aurait jeté.
Recycler, quand le déchet devient matière pour fabrique un nouvel objet.
Selon Charles Moore. « La seule solution est de changer nos habitudes. Nous devrions réserver le plastique aux objets dont nous voulons vraiment qu’ils durent. » Qui pourrait le contredire ?
Le bal des Faux-nez
Journalistes achetés, scientifiques corrompus, politiciens infiltrés ou ONG bidons, ils sont les Faux-nez des grandes multinationales et des lobbys qui se disputent notre monde découpé en parts de marché, âmes à finance ou croisades d’un autre temps.
Par Michel Moreau
Lorsque le lobbying classique ne suffit plus à convaincre politiques et opinion publique, les faux nez entrent en scène, présentant, sous couvert de cercles d’études et de comités d’experts, d’associations de défense des malades ou des consommateurs soi-disant indépendants, des conclusions souvent favorables à ceux qu’ils sont censés combattre. C’est le principe de la désinformation enseignée dans tous les bons manuels de guerre économique. En finançant de façon occulte des réseaux qui multiplient les avis sur des questions polémiques, les grands groupes industriels entretiennent la contradiction voire la confusion sur leurs activités les plus condamnables.
Bien qu’il soit difficile d’identifier ces faux nez, car il n’y a pas d’obligation pour ces entités à rendre public leur financement, ni bien sûr l’identité des généreux donateurs, plusieurs associations européennes de contrôle des Lobbys, dont Corporate Europe Observatory et Lobby Control entre autres, traquent les indélicats. Chaque année le « Worst EU lobby award ». (Le Prix du pire Lobby Européen) est attribué aux bailleurs de fonds de ces faux nez. En 2006, le premier prix a été décerné à la compagnie pétrolière ExxonMobil qui a financé pour un montant de 2,9 millions de dollars, pas moins de 39 think-tank (groupes de réflexion) animés par des scientifiques sceptiques sur la question du réchauffement climatique et de la corrélation avec les industries fossiles. On croit rêver ! Le deuxième prix revient au laboratoire pharmaceutique suisse Roche. Ce labo, qui fabrique de nombreux médicaments contre le cancer, a lancé en grande pompe en octobre 2006 à Bruxelles une société écran pour son lobbying auprès de la Commission Européenne : Cancer United. Cette société, présentée comme un regroupement de médecins, de personnel soignant et de malades luttant pour une égalité d’accès aux soins contre le cancer en Europe a été créée de toutes pièces par la société de relations publiques Weber Shandwick. L’objectif affiché de recueillir 1 million de signatures afin que soient lancés les « plans cancer » est loin d’être atteint : au 9 mai 2007, le site de Cancer United n’affiche que 1020 signatures recueillies. Curieux, lorsque l’on sait que l’on peut en collecter trois fois plus avec une toute petite équipe de rue en moins d’un mois. La vérité c’est que l’objectif n’est pas celui annoncé, mais bien le référencement des nouveaux produits. La firme Roche que nous avons contactée n’a pas souhaité nous répondre… pour l’instant ?
Scandaleux, direz-vous ?
Mais ce n’est rien en comparaison de l’extraordinaire manipulation orchestrée par l’industrie du tabac et notamment Philip Morris, mise à jour sous le nom de L’affaire Rylander. Du nom de ce chercheur suédois, Ragnar Rylander, qui travailla à l’Université de Genève où il publia de nombreux rapports minimisant ou niant carrément les effets nocifs du tabac, tout en étant rémunéré en sous-main depuis 1972 - soit près de 30 ans - par le
cigarettier. Comme le signale le site du FARES (Fond des affections respiratoires) à propos de Rylander : « C’est LE spécialiste des facteurs « confondants » dont l’effet principal était de nier ou de minimiser les effets toxiques de la fumée ambiante en attribuant la cause des maladies généralement associées à la fumée passive à d’autres facteurs tels que les habitudes alimentaires, le mode de vie des non fumeurs vivant avec des fumeurs et à la présence de moisissures ou d’excréments d’oiseaux dans l’habitation. » Rylander sera démasqué par deux médecins Pascal Diethelm et Jean-Charles Rielle après trois ans d’une enquête rendue possible grâce à l’obligation faite aux industriels du tabac de rendre publiques leurs activités. Dans ces 30 millions de pages mises en ligne, les deux toubibs vont trouver les preuves de la collaboration secrète entre Rylander et Philip Morris, et plus précisément les traces des sommes versées au scientifique pour « enfumer » , si l’on peut dire, l’opinion publique. Des sommes rondelettes : des factures de 40 à 57.0000 US$ de-ci de-là et une allocation de 87.000 dollars pour l’année 1997 et pour ses seules visites mensuelles à l’université de Cologne en Allemagne. Rylander sera finalement condamné par la justice suisse au terme d’une longue procédure, comme le racontent Sophie Malka et Marco Gregori, dans leur excellent bouquin Infiltration, qui se lit comme un roman de John Le Carré. Mais les cigarettiers ne sont pas les seuls à utiliser de faux nez pour conserver ou accroître leurs parts de marché et par là même leurs profits.
Image et maquillage
La maîtrise de l’image étant une priorité pour les géants du business mondial, l’Internet est devenu le lieu privilégié d’expression de leurs faux nez qui y développent sites et forums de discussion, usant du buzz (le bouche à oreille) et des hoaxs (rumeurs numériques) pour entretenir la contradiction et donc la confusion. Il y a quelques mois les opérateurs téléphoniques américains ont tenté de rendre payant les accès très haut débit, une forte mobilisation des internautes mais aussi de grandes entreprises comme Google, e-Bay et même Microsoft s’est cristallisée, pour la gratuité, au sein de l’association Save the Internet. Les opérateurs et équipementiers téléphoniques (AT&T, BellSouth, Alcatel, etc…) ont alors financé un contre feu équivoque Hands off the Internet (Pas touche à l’Internet) qui promouvait les avantages d’un Internet plus performant, mais payant. Les défenseurs de la liberté d’un jour sont tout aussi liberticides lorsqu’il s’agit de leurs propres intérêts. En 2005, afin de contrer les éditeurs de logiciels libres, le même Microsoft, et d’autres poids lourds du logiciel propriétaire comme SAP lançaient une campagne de désinformation sous le nom de : Campaign for Creativity. Censé regrouper des PME, des artistes et des informaticiens inquiets et indépendants, ce faux nez ne défendait rien d’autre qu’un monopole très lucratif pour les grands éditeurs. Mention spéciale, dans ce palmarès des faux-culs, à l’industrie agrochimique et tout particulièrement aux semenciers, Monsanto. Le deuxième semencier mondial et leader sur le marché des semences génétiquement modifiées, comme vient de le montrer Marie-Monique Robin dans un livre et un documentaire –Le monde selon Monsanto- applique toute une palette d’outils de coercition du plus soft au plus violent. Du Greenwashing, ou verdissement d’image -en clair, il s’agit des efforts de communication des entreprises sur leurs avancées en termes de développement durable, solidaire ou éthique, avancées qui ne sont pas accompagnées d’action véritable- en passant par un réseau de faux-nez et de soutiens occultes, la firme n’hésite pas à appliquer des méthodes mafieuses pour préserver ses intérêts : corruption, harcèlement, menaces et agressions physiques.
En Europe les méthodes d’influence sont plus discrètes, plus classiques en somme. Retour aux bons vieux faux-nez et à l’action sur le terrain. En France, en août 2004, un mystérieux collectif d’»agriculteurs et chercheurs volontaires pour défendre les essais OGM» inonde les rédactions de fax où ils expliquent qu’ils entendent bien s’inviter au second rassemblement organisé par le collectif des «faucheurs volontaires» à Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme). But proclamé : «éviter la destruction des essais et insister sur l’utilité de la recherche végétale». Quelques coups de poing plus tard, on apprendra vite que celui qui s’exprime au nom de ce collectif - Pierre Pagesse - n’est autre que le président de Biogema, un nom qui sonne bien, mais aussi de Limagrain qui, lui, fait plutôt grincer des dents. Leader européen du marché des semences, le groupe est lié commercialement à Monsanto.
Plus grave que les faux nez du business : quand sectes et mouvements religieux ou états totalitaires se cachent derrière de « louables initiatives ».
Le 4 avril dernier, le CSA, alerté par un téléspectateur du Sud-Ouest à travers l’association Miviludes, informait les chaînes TV qu’elles diffusaient un spot de « l’Association internationale des jeunes pour les Droits de l’Homme », une entité très liée à l’église de scientologie. Un spot tout ce qu’il y a de plus anodin, avec, évidemment, un thème très fédérateur : le football. On y voit un petit garçon laissé à l’écart lors d’un match. Il décide alors de montrer ce qu’il sait faire et marque un but impressionnant. Morale de l’histoire : « Ne faites pas de discrimination ». À la fin du spot l’adresse d’un site faisant référence à l’église de scientologie apparaît à l’écran. Un procédé plus que litigieux ! Le spot sera déprogrammé. En 2005, au cours de la Journée de l’enfant la secte avait déjà tenté de diffuser des programmes similaires.
La guerre de religions étant redevenue d’actualité, le prosélytisme confessionnel des Jihadistes et des nouveaux Croisés ne pouvait qu’enfiler ces habits de faux nez. Au Sri Lanka, L’ONG chrétienne World Vision est clairement accusée d’avoir voulu évangéliser la population. Au cours d’un entretien à Matara, le pasteur cingalais de l’église chrétienne locale affirmait n’avoir reçu aucune aide pour son église malgré ses nombreuses demandes auprès de l’ONG. Les autorités ont fini par demander à l’association de quitter le pays. Il n’est pas loin le temps où certaines églises finançaient d’improbables combattants antéchrist d’Amérique Latine. Aujourd’hui l’attention se porte plus précisément sur les groupes terroristes islamistes et les énormes fonds qu’ils brassent à travers de multiples faux-nez.
Après les attentats du 11 Septembre 2001, le Council on Foreign Relations, un influent think-tank à New York, a publié un rapport intitulé « Le financement du terrorisme ». Ce texte met gravement en cause Riyad à travers certaines de ses ONG.Une organisation caritative était plus spécialement visée : l’ International Islamic Relief Organization –IRO- (en français Organisation Internationale de Secours Islamique), accusée par les USA et d’autres pays comme les Philippines, l’Indonésie et la Croatie, de faire davantage de politique que d’humanitaire, et même de soutenir le terrorisme islamiste. Présent au Pakistan, en Somalie, en Bosnie, au Cachemire et à peu près partout où des populations musulmanes sont en situation de crise et de désarroi, l’IRO est classé par le Conseil de sécurité de l’ONU depuis le 3 août 2006 comme une organisation terroriste soutenant Al-Qaida. Plusieurs de ses membres ont été arrêtés ou sont morts comme le Saoudien Fayez Banihammad qui se trouvait à bord du vol 175 United Airlines qui s’écrasa contre la Tour sud du World Trade Center.
Dernière facette de cette prolifération de sous-marins et de poissons d’eaux troubles : les « Gongos » dans le jargon onusien (pour Governmental Organisations Non Governmental Organisations). Des ONG montées de toutes pièces par des états, souvent totalitaires, qui trustent la parole, inondent de rapports complaisants les fonctionnaires de l’ONU et contrecarrent tout ce qui n’est pas conforme aux intérêts de leurs donneurs d’ordre. Des délégués chinois d’une obscure organisation de masse inscrite à la Commission de l’ONU en sont venus à prendre à partie des journalistes accrédités auprès de l’ONU pour avoir osé organiser une conférence de presse avec des représentants de Fa Lun Gong ou d’opposants chinois. Aujourd’hui qui se cache derrière les manifestations pro et anti JO exacerbant des nationalismes bien éloignés des valeurs prônées par le baron de Coubertin?
Ni théorie du complot, ni paranoïa
Comme on le voit, le bal des faux-nez bat son plein pour des causes et des intérêts aussi divers et variés qu’il y a de raisons de conflits sur notre bonne vieille terre. De la simple corruption des experts à l’infiltration des plus hautes instances des cercles scientifiques, confessionnels et politiques, les faux-nez ont un terrain de jeux - parfois mortels - bien trop vaste pour imaginer un quelconque contrôle institutionnel véritablement efficace.
Reste la vigilance collégiale ou individuelle - comme le téléspectateur cité plus haut dans le passage sur l’église de scientologie - et l’utilisation des mêmes armes que les fossoyeurs de vérités : la contre information. Ne prenons pas comme parole d’évangile tous ce que nous lisons dans la presse (cela vaut aussi pour ces lignes), utilisons l’Internet, ses sites et ses blogs pour croiser, valider ou invalider l’information qui nous parvient. Et si vous voyez des faux-nez, n’hésitez pas à nous les signaler, nous travaillons sur un Who’s who des faux derches, euh…des faux-nez.
Vers un monde sans femmes ?
Il manque, en Asie méridionale, 100 millions de femmes, 200 millions d’ici 2030 si rien n’est fait ! Pourquoi et comment le plus grand génocide de tous les temps a-t-il lieu dans le silence et quelles conséquences pour les générations futures ?
Par Michel Moreau
Un foeticide culturel, structurel et politique
Avoir une fille en Inde ou en Chine est considéré comme un malheur, voire un déshonneur s’abattant sur la famille. À Taïwan, ou en Corée du Sud, l’absence d’héritier mâle signifie l’extinction de la lignée familiale et du culte des ancêtres. Dans la religion hindouiste, elle condamne les parents à l’errance éternelle, car c’est le fils qui, traditionnellement, est chargé des rites funéraires à leur décès. Au Pakistan, au Bangladesh, ou en Malaisie dans une moindre mesure, le sort des enfants de sexe féminin n’est pas franchement meilleur. élimination avant ou à la naissance, abandons par milliers dans des orphelinats déjà fort démunis, manque de soins ou d’éducation, exclusion sociale, tout est fait pour limiter le nombre de femmes dans des sociétés souvent rurales, traditionnellement patriarcales et économiquement précaires. En Inde la dot pour le mariage et l’abandon du foyer familial font des jeunes filles un fardeau financier.
Dans le très émouvant documentaire de Marion Loizeau et Alexis Marant « La malédiction de naître femme » - voir le lien* -, Indira, une jeune indienne raconte, la gorge nouée, comment elle a dû empoisonner sa fille à la naissance, sous la pression familiale mais aussi de l’ensemble du village, inquiets de cette bouche supplémentaire et inutile à la charge de tous. Au Pakistan un vieux proverbe dit qu’« élever une fille, c’est cultiver le champ du voisin ». En Afghanistan, à leur prise du pouvoir, les Talibans ont interdit l’école et restreint considérablement l’accès et la qualité des soins aux filles. La mortalité infantile féminine a fait alors un bond de 27%. Les survivantes ont été reléguées aux tâches les plus subalternes et isolées dans une ignorance renforcée par l’obscurantisme des radicaux islamistes.
En Inde, si traditionnellement l’infanticide féminin perdure parmi les plus pauvres, il semble que ce soit les classes moyennes qui éliminent le plus leurs filles. Perversion de la modernité, c’est avec l’arrivée de l’échographie, dans les années 80, que le phénomène a pris une ampleur quasi industrielle : environ 6,4 millions d’IVG par an, dont la moitié ne serait pas déclarée. Il n’est pas rare pour une femme d’avorter cinq, six fois ou plus, jusqu’à être certaine d’attendre un garçon. Dans certaines régions du nord, comme le Punjab, il n’y a, pour 1000 garçons, que 400 à 500 naissances de filles. La moitié manquante a été éliminée.
Enfin, la politique d’enfant unique imposée par les autorités chinoises dans les années 70 pour contrer le baby boom d’après guerre, a largement contribué au déséquilibre actuel entre femmes et hommes chez les jeunes adultes. On estime à 400 millions le nombre de naissances en moins au cours de ces 30 dernières années, dont une grande majorité de filles.
Ramené à l’échelle d’un continent qui représente la moitié de la population de la planète, le phénomène prend toute sa dimension de génocide, de foeticide ou plus précisément de « Gynocide » qui a fait en 20 ans plus de morts que l’Holocauste et le génocide rwandais réunis !
Cherche femme désespérément !
Les conséquences « directes » sont clairement établies : en 2020, 40 à 60 millions d’hommes ne trouveront pas d’épouse. Aujourd’hui déjà, dans une grande partie d’Asie Méridionale, des villages entiers sont peuplés de célibataires, désoeuvrés. Et ce désoeuvrement est un puissant générateur de délinquance comme en témoigne Pawan. Un trentenaire édenté du centre de réinsertion pour drogués du district de Bhiwani, au Nord de l’Inde : « Dans nos villages de l’Haryana, il n’y a plus de femmes ni de travail. Nous restons entre nous des jours entiers à ne rien faire. Les seules choses qu’il y a sont des mauvaises choses : l’alcool, la drogue, les prostituées et les bagarres. » Une facette de la recrudescence de la délinquance que confirment les autorités aussi bien indiennes que pakistanaises ou chinoises.
Une délinquance marginale cependant, au regard de la marchandisation de la femme, de la prostitution et de la criminalisation des réseaux dits matrimoniaux qui fournissent épouses et concubines. Moyennant une somme qui varie entre 100 et 300€, des réseaux transfrontaliers proposent des épouses venues du Népal, du Bangladesh ou plus proche culturellement mais plus cher, des montagnes himalayennes. Parfois achetées à leurs familles, elles sont aussi très souvent enlevées et toujours contraintes. Les réseaux mafieux étendent ainsi leur juteux business de la traite des femmes, lié traditionnellement à la prostitution, sous l’honorable bannière d’agences matrimoniales. Du Vietnam et du Cambodge, d’autres jeunes femmes sont emmenées vers le riche Japon ou la prospère Taïwan pour quelques dollars dans le meilleur des cas.
Un autre comportement nouveau se développe à l’abri des regards, dans la pénombre des secrets familiaux : la polyandrie. Il est de plus en plus fréquent de voir plusieurs frères se partager la même femme, perturbant ainsi la paternité des uns pour assurer la continuité de la lignée.
Petite lueur d’espoir dans le chaos annoncé, certaines pratiques ancestrales et discriminatoires disparaissent, comme la dot qui est de moins en moins une obligation, ou les mariages inter ethniques autrefois très mal vus mais aujourd’hui inévitables et qui, paradoxalement, sont des facteurs d’apaisement des tensions régionales fréquentes dans des zones aux frontières controversées. Mais jusqu’à quand ? La convoitise craquelle déjà le tableau idyllique entre ethnies et ravive jalousie et vieilles rancoeurs entre pays voisins qui vendent et achètent leurs filles et leurs femmes comme on vend son blé ou ses bêtes.
Malgré la pénurie, la femme n’en est pas valorisée pour autant, elle reste un bien monnayable et corvéable et ne tire que peu de profit de son statut « d’objet rare ». Rien n’indique que la raréfaction des femmes contribue à améliorer leur condition ou augmenter leur valeur symbolique et les égards dont elles pourraient bénéficier. Et le cercle ne semble pas prêt de se briser puisque la grande majorité des 30/40 ans persiste à préférer les garçons aux filles. Paradoxe extrême de ces sociétés misogynes, le culte du mâle creuse le déficit de femmes entraînant à terme moins d’enfants, donc moins de femmes dans les générations futures et finalement une forte décroissance démographique, premiers pas vers le cauchemar imaginé par Amin Maalouf dans « Le premier siècle après Béatrice » où cette prééminence du mâle conduit à « un suicide collectif… à l’autogénocide des populations misogynes ».
Vers une inéluctable catastrophe ?
Conscientes de la gravité de la situation, les autorités indiennes et chinoises ont mis en place des lois anti-discrimination et des campagnes de communication pour renverser la tendance. Depuis 1994 l’Inde a promulguée une loi interdisant au corps médical de révéler le sexe de leur enfant sous peine d’amende et de prison. Mais la corruption aidant il a fallut attendre 2005 pour qu’un praticien soit condamné à une peine réellement dissuasive. Le gouvernement a revu sa politique de natalité et fait aujourd’hui la promo de la famille idéale indienne avec un garçon et une fille. En Chine, la campagne « Plus de considérations pour les filles » lancée en 2001, cherche à rétablir l’égalité des sexes, dans la presse, à la télévision mais aussi dans les manuels scolaires. Des lois et des aides ont été mises en place pour améliorer les conditions de vie des familles n’ayant que des filles : exemption d’impôts agricoles et des frais de scolarité, et enfin une politique nataliste moins favorable au rapport de masculinité des naissances. Une politique qui a fait ses preuves en Corée du Sud, mais ce pays est nettement moins rural et traditionaliste que la Chine et l’Inde où les valeurs patriarcales et les comportements sexistes sont aussi les héritages spirituels du Confucianisme et de l’Hindouisme.
Reste que toutes les lois et mesures ne seront rien sans un véritable changement des mentalités et une réelle émancipation des croyances ancestrales et religieuses et, surtout, sans une franche amélioration des conditions de vie des populations concernées. Pour que la planète retrouve sa prééminence féminine indispensable à son équilibre, il faudra dispenser éducation et emploi.
Bref, cultiver la dignité et le respect de tous, en Asie comme ailleurs.
Un défi de plus pour la planète !
* http://www.dailymotion.com/video/xjrz3_un-genocide-silencieux









