Cahier de 6 plantes alliées du sommeil

L’aubépine (Crataegus spp.)

Ses composés actifs

Flavonoïdes (anthocyanes), tanins, acides phénoliques – Phystostérols, polysaccharides (sucres) – Triterpènes, acides gras oméga 3 et 6 – Vitamines C et E

L’aubépine, appelée épine blanche dans nos campagnes, pousse dans les haies et les sous-bois des zones tempérées d’Europe, d’Afrique du Nord, d’Asie de l’Est et d’Amérique du Nord. Elle possède une longévité remarquable : on dénombre plusieurs spécimens dépassant les 600 ans. Les fleurs et sommités fleuries servent à calmer les troubles du rythme cardiaque, mais aussi pour atténuer la nervosité, les états anxieux et les perturbations du sommeil.

Comment l’utiliser ?

En infusion. Prévoyez 1 c. à c. pour 15 cl d’eau frémissante, pendant 5 à 10 mn. Buvez 1 à 3 tasses par jour.

 

La ballote (Ballota nigra ou Ballota foetida)

Ses composés actifs

Polyphénols : flavonoïdes (lutéoline), acide phénolique, phénylpropanoïdes – Huile essentielle : sesquiterpènes, monoterpènes – Acides organiques : acides oxalique, aconitique, citrique, ascorbique (vitamine C).

Originaire de la région méditerranéenne et d’Asie centrale, la ballote est une plante herbacée vivace qui mesure 40 à 80 cm de hauteur. Ses fleurs pourpres dégagent un parfum fétide puissant. Elle pousse sur les sols calcaires, dans les décombres, les haies et sur les bords des chemins, jusqu’à 1 300 m d’altitude.

Elle est traditionnellement employée pour calmer la nervosité, l’anxiété, les désordres nerveux, les baisses de moral et les troubles du sommeil.

Comment l’utiliser ?

Il est bien sûr possible de l’utiliser en infusion, mais compte tenu de son goût peu engageant, mieux vaut l’associer à d’autres plantes, telles que la verveine et la camomille. Préférez-la sous forme de gélules, de comprimés ou de teinture-mère (selon les indications du fabricant).

 

La valériane officinale (Valeriana officinalis)

Ses composés actifs

Iridoïdes (valépotriates) – Acides sesquiterpéniques – Huile essentielle : acétate de bornyle, monoterpènes, sesquiterpènes – Flavonoïdes (linarine), acide trans-hespéridique, lignanes, alcaloïdes (valérianine).

La valériane est une plante herbacée annuelle à petites fleurs blanches ou roses, qui peut atteindre 1,50 m de hauteur. Originaire d’Asie et d’Europe tempérées, elle est aujourd’hui cultivée dans plusieurs pays européens.

Elle est traditionnellement utilisée pour traiter les états de nervosité des adultes et des enfants, les palpitations et les troubles mineurs du sommeil d’origine nerveuse, c’està- dire liés à l’anxiété.

En séchant, sa racine exhale une odeur caractéristique d’urine de chat, désagréable pour notre odorat mais attirant les petits félins, chez lesquels elle déclenche une véritable frénésie… D’où son nom d’« herbe aux chats » !

Comment l’utiliser ?

Privilégiez la teinture-mère ou les gélules.

 

La marjolaine (Origanum majorana)

Ses composés actifs

Polyphénols : flavonoïdes (majoranine), hétérosides phénoliques (hydroquinone), acides phénoliques – Saponosides, triterpènes, phytostérols – Huile essentielle (4-terpinéol, cis thuyan-4-ol).

Cousine de l’origan, cette plante aromatique était déjà cultivée en Égypte il y a 3 000 ans.

De la famille des lamiacées, la marjolaine forme un sous-arbrisseau pouvant atteindre 50 cm de hauteur, aux petites feuilles ovales grises. Elle est largement utilisée en Europe depuis le XVIe siècle.

Elle est notamment préconisée en cas de fatigue, et est un calmant des états de stress, d’anxiété ou de nervosité ; elle aide aussi à dormir et apaise les migraines et les maux de tête d’origine nerveuse.

Comment l’utiliser ?

En infusion : comptez 1 c. à s. pour 15 cl d’eau frémissante, à laisser infuser 10 mn. Prenez 1 tasse avant le coucher.

Précaution d’emploi : utilisez la marjolaine en quantité raisonnable. Elle renferme un composé (l’hydroquinone) qui, ingéré en quantité importante, peut avoir des effets toxiques sur le foie et les reins.

 

Le pavot de Californie (Eschscholzia californica)

Ses composés actifs

Alcaloïdes (pavines, protopine, aporphines) – Flavonoïdes (quercétine, isorhamnétine) – Caroténoïdes xanthophylles (lutéine, zéaxanthine…).

De la famille des papavéracées, ce pavot aux grandes fleurs jaune orangé est originaire de la Californie, dont il est d’ailleurs la fleur emblème. Il pousse sur de vastes étendues, aussi bien dans les champs, les plaines et les vallées arides que sur les dunes côtières.

Il est traditionnellement choisi pour apaiser les états de nervosité, l’anxiété, le stress, et pour traiter les troubles du sommeil, chez l’adulte comme chez l’enfant.

Plusieurs études ont mis en évidence que cette plante, et notamment son infusion dans l’eau, exerce chez la souris une action sédative au niveau du système nerveux central (en induisant le sommeil) et anxiolytique (en cas d’anxiété générée par des situations conflictuelles). Chez l’homme, les préparations à base de pavot de Californie réduisent le délai d’apparition du sommeil et en améliorent la qualité. L’ensemble des composés d’un pavot de Californie entraîne une action sédative et relaxante sans effet d’accoutumance.

Comment l’utiliser ?

En infusion : 1 c. à c. de plante pour 15 cl d’eau frémissante, faites infuser 10 à 15 mn.

 

La passiflore (Passiflora incarnata)

Ses composés actifs

Flavonoïdes : flavones, coumarines, acides phénoliques – Phytostérols – Hétérosides cyanogènes.

La passiflore incarnata est l’une des nombreuses espèces (plus de 530) de passiflores connues. La grenadille, qui donne le maracuja ou fruit de la passion, en est une autre.

Elle est traditionnellement employée pour ses vertus calmantes dans le cadre d’états nerveux et anxieux et de troubles légers du sommeil.

Comment l’utiliser ?

En infusion : 1 c. à c. de plante pour 15 cl d’eau frémissante, faites infuser 5 à 10 mn. Buvez 1 à 4 tasses par jour, dont la dernière 30 mn avant le coucher.

Précaution d’emploi : évitez l’usage de la passiflore pendant la grossesse et l’allaitement, et chez l’enfant de moins de 12 ans. La durée maximale de traitement est de 4 semaines.

 

Les plantes dorment-elles ?

Si les plantes sont de précieuses alliées pour nous faire dormir, qu’en est-il de leur sommeil ?

Certes, elles répondent aux variations lumineuses et suivent un rythme circadien jour/nuit qui est important pour leur fonctionnement physiologique et leur croissance, mais toutes répondent différemment selon leur environnement et il ne semble pas qu’il existe une forme de « sommeil » commune à toutes.

Nous le savons depuis longtemps, les plantes possèdent des rythmes journaliers et saisonniers bien caractéristiques. Androsthène, historien d’Alexandre le Grand, fut l’un des premiers à observer, il y a près de 2 350 ans, que les feuilles de certaines plantes se mettent dans des positions différentes le jour et la nuit. Certaines feuilles se rapprochent les unes des autres durant la nuit, telles des mains jointes en position de prière ou de remerciement, puis se déploient. D’autres plantes courbent leurs feuilles en direction du sol pendant la nuit et les maintiennent relevées pendant le jour. Saviez-vous que la gentiane des neiges (Gentiana nivalis) ferme ses fleurs chaque fois qu’un nuage passe devant le soleil et les ouvre à nouveau dès que l’astre du jour réapparaît ?

Si chaque type de plantes possède un programme génétique interne qui détermine le temps de sa floraison, chacune d’entre elles connaît des rythmes journaliers et saisonniers bien distincts, comme une horloge biologique autonome.

Ce sont les mouvements de veille et de sommeil qui ont mené aux premières découvertes sur les rythmes des plantes et à l’identification d’une sorte d’horloge interne, dont elles se servent pour mesurer le temps. Voici presque 300 ans, l’astronome français Jean-Jacques Dortous de Mairan se demande si ces mouvements sont dus à des changements du milieu autour de la plante ou si la plante possède une sorte de système interne de mesure du temps. Il fait des tests sur des plants de mimosa et découvre que leurs feuilles n’ont pas besoin d’être exposées chaque jour à la lumière du soleil, mais qu’elles continuent de s’ouvrir et de se refermer même dans l’obscurité permanente et presque totale. Il conclut alors à l’existence d’une sorte d’horloge à l’intérieur du végétal, capable de fonctionner indépendamment de tout changement dans l’environnement alentour.

Nyctinastie, vous avez dit nyctinastie ?

En botanique, la nyctinastie est un mouvement (nastie) répondant à la variation jour/nuit. Celle-ci peut avoir deux origines : la photonastie (variation journalière de la lumière) ou la thermonastie (variation quotidienne de la température). C’est le cas notamment de l’oxalis (le trèfle rouge) ou de la fleur du souci.

Ce phénomène ne doit pas être confondu avec l’héliotropisme, qui est la variation de l’orientation des feuilles pour suivre la lumière (par exemple l’Helianthus annuus, le tournesol).