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Quand on pense à la santé de la femme, l’un des sujets qui nous vient spontanément à l’esprit est la contraception. Or, on constate qu’il existe encore beaucoup de tabous et d’omerta en la matière. Il est donc nécessaire de libérer la parole et c’est pour cette raison que nous avons consacré le dossier du mois à ce vaste sujet, en compagnie d’une spécialiste. Et, dans un tout autre domaine, nous aborderons le sujet ultra-tabou de l’hyper-flatulence, avec une journaliste passionnante qui est partie en croisade pour faire connaître la pathologie du SIBO (ou Small Intestinal Bacterial Overgrowth).

Dossier du mois
Libérons la parole sur le cycle féminin

avec Audrey Guillemaud
formatrice en méthodes de contraception

En 2019, aussi étrange que cela puisse paraître, parler du cycle féminin est encore une chose confidentielle qui se pratique dans certains cercles de femmes. Certes, la parole commence peu à peu à se libérer, mais il reste encore de nombreux sujets qui sont comme muselés par un silence aussi étonnant que déconcertant. Audrey Guillemaud, formatrice en méthodes de contraception naturelles et physiologie de la fertilité, répond à toutes nos questions, à l’occasion de la sortie de son livre Cycle féminin et contraceptions naturelles, aux éditions Hachette.

À une époque où la communication est omniprésente sur le web et les réseaux sociaux, comment expliquez-vous qu’il y ait autant besoin d’écrire sur l’intimité de la femme ?

Nos règles, notre sexualité, notre contraception, nos grossesses nous confrontent au questionnement répété de la connaissance profonde de notre corps. Sans certaines clés, on passe « à côté ». Vivre une vie de femme en ignorant comment fonctionnent nos hormones et nos cycles peut devenir un parcours du combattant, en étant ballotée de traitement en traitement à chaque étape – pourtant naturelle ! – de notre vie. La pilule prescrite presque automatiquement à chaque jeune fille, à des âges où le consentement contraceptif éclairé est à mon sens très difficilement présent – adolescence, voire préadolescence –, initie très tôt un détachement « quasi automatique » des questions du corps. Des questions pourtant vitales pour une femme en construction, qui, forcément, sont appelées à revenir par ailleurs, car elles font partie de nous. Il faudra, à un moment ou à un autre, les investir. Cela explique pour moi ce besoin d’écrire. Des interrogations émergent, qui ne peuvent être tues.

Si ce n’est pas pour sa propre construction identitaire, c’est parfois pour son couple, pour son bébé que la femme ose cette liberté de penser son intimité autrement, et cherche des solutions, des clés. Ce sont ceux que l’on aime qui, bien souvent, nous ramènent à nous !

Comment expliquez-vous que les femmes se désintéressent
de plus en
plus de la contraception chimique ?

La contraception chimique est comme tout médicament, et on note un désintérêt croissant pour ce mode de « soin », surtout lorsque l’on n’est pas réellement malade, la fécondité n’étant pas une maladie. Le nombre de plaintes de victimes des hormones de synthèse libère la parole de chacune : sur ses réels inconforts, baisses de libido, hospitalisations… La contraception chimique se dévoile alors comme une forme de mise en danger et d’infantilisation de la femme plus que de libération.

Car elle est souvent prise « faute de mieux » et propose l’accessibilité à une sexualité avec pénétration possible tout le temps en échange d’une castration chimique, qui bloque nos oestrogènes et notre testostérone naturelles. C’est-à-dire qu’un homme ne serait sans doute plus du tout en capacité d’avoir une érection correcte en prenant un traitement similaire, ni d’avoir du désir. Pas très « féministe » comme révolution. Ce qui pose la question de la qualité de ce que l’on propose aux femmes, une « qualité » que les hommes, bien certainement, n’accepteraient pas. N’est-il pas possible d’obtenir mieux et en reconnaissance totale de nos corps ?

Que répondre à celles et ceux qui pourraient penser
que les contraceptions
naturelles sont un retour dans le passé ?

Je répondrais que chacune est libre de choisir, et que l’enjeu est simplement de permettre le consentement contraceptif individuel éclairé. Que chacune puisse choisir en connaissance, en pesant le pour et le contre, selon son mode de vie, sa santé et la reconnaissance de son corps, dans toutes ses capacités.

Un exemple : pour moi – et c’est personnel, et c’est éclairé –, le retour dans le passé serait de prendre la pilule alors que ma mère en a été victime et que je connais ses effets. Mais, pour certaines, sur leur voie personnelle, la contraception chimique est une avancée. Toute contraception est expérience. Et recourir à une contraception naturelle est un recul pour l’une mais ne le sera pas pour une autre. Donc il est très difficile de généraliser sur la notion de « retour dans le passé ».

De plus, les méthodes naturelles d’aujourd’hui comprennent de nombreux protocoles d’observation de la fertilité lue au présent : ce ne sont pas les méthodes « de nos ancêtres », ni des calculs, ni des approximations. Ce sont, notamment, les approches symptothermiques du cycle, efficaces à plus de 99 % et reposant sur l’analyse érudite de nos 3 bio-indicateurs de fertilité : température, perte fertile, col, lus au présent, chaque jour.

Cette connaissance possible du cycle, du point de vue de l’histoire des contraceptions naturelles, n’a rien d’une régression. Les femmes se font former et suivre à l’analyse symptothermique. Ce n’est pas une « cuisine » personnelle, mais ce sont des protocoles de double ou triple validation des auto-observations. Ce qui garantit la sécurité. Les protocoles d’auto-observation du cycle n’ont rien à voir avec Ogino-Knaus, ou le retrait, ou tout calcul de calendrier.

La sympthothermie, de quoi s’agit-il ?

La symptothermie suit le principe d’auto-observation de votre corps pour savoir si, aujourd’hui, vous êtes fertile ou infertile. Pour cela, il faut combiner 2 à 3 indicateurs physiologiques pour lire un cycle avec un double ou un triple contrôle. On lit donc le déroulé fertile du cycle entre deux périodes de règles, en associant l’analyse de :

  • la température corporelle au réveil, combinée à un autre « symptôme » physiologique de présence de la fertilité ;
  • la glaire cervicale – ou perte naturelle fertile ;
  • le col de l’utérus, par un toucher local : on examinera son humidité, sa hauteur, sa position, son ouverture.

Important : même les cycles irréguliers sont lisibles avec cette méthode naturelle, puisque l’apparition et le retrait des signes fertiles, entre deux périodes de règles, sont notés au présent. Sans rien anticiper. On ne croira donc que ce que l’on verra. Sans rien pronostiquer !

En quoi cette méthode diffère-t-elle de la méthode Ogino ?

Ogino-Knaus propose non une lecture au présent du cycle, mais de schématiser la durée moyenne de vos cycles, et de la couper en deux, en supposant que l’ovulation se situe pile au milieu du cycle. Ensuite, il s’agit de dégager une fenêtre fertile théorique autour de cette « mi-temps ». C’est une méthode de calcul, et non une méthode d’auto-observation au présent.

Pourquoi méconnaissons-nous autant le cycle féminin ?

Je pense qu’il y a des mouvements d’oubli complexes, sociaux, mais aussi plus personnels, liés à nos histoires familiales et à la façon dont on nous transmet une certaine image de la femme, dès le plus jeune âge, avec un grand manque d’informations concrètes sur la puissance du féminin et nos capacités à nous auto-analyser.

Sur un aspect sociétal, certes, des moments de l’histoire sont à mentionner. Ceux qui ont amené la femme à travailler autant qu’un homme dans des rythmes de plus en plus artificiels et urbains, et sur des travaux de force, d’usine, de chaînes… que me rappelle aussi le salariat moderne. Rythmes répétés, dans lesquels il est évident pour la femme que, si elle n’est pas un homme, elle sera désavantagée car bien moins « linéaire » sur le plan de l’énergie – règles… – et bien moins « libre » – grossesses…

Mais, à l’échelle micro, on peut pointer tout cours d’éducation sexuelle ou tout dialogue dans les familles sous-entendant que la femme doit « cacher » son cycle, ou que les menstruations, ou encore les accouchements, sont « douloureux » et se doivent de l’être. Cela fait intégrer aux jeunes filles qu’il n’y a rien d’intéressant ni à comprendre, ni à investir (seule ou à deux) la physiologie féminine, puisque les manifestations du féminin ne semblent pas porteuses d’une possible construction identitaire positive. Qu’il vaut mieux « gommer » un aspect de soi. Et, aujourd’hui, tout ce qui pousse à nier la positivité de nos différences va dans cette voie.

La libération sexuelle n’a-t-elle pas fait avancer les choses ?

Pour moi, la libération sexuelle n’a pas vraiment fait avancer les choses. Car la contraception chimique libre et l’IVG légalisée ne pallient qu’aux situations d’urgence et n’ont pas réglé le problème de fond de la construction identitaire féminine positive : que chaque femme ose connaître son sexe et sa physiologie. Ces « révolutions » n’ont pas provoqué d’empowerment réel féminin spécifique. Être femme nécessite pourtant cette instruction de fond. La liberté, ce n’est pas nier, bloquer, oublier le corps intégral et ses questions. C’est être invitée à se comprendre et à regarder son sexe « en face ».

Qui suis-je, moi, femme, profondément ? Toute une quête part de là. Notre corps n’est pas qu’à fleur de peau, ou superficiel. Les enjeux sont extrêmement profonds.

Des mouvements, comme ceux du self-help dans les années 70-80, ont intégré des notions d’auto-examens gynécologiques possibles – du col notamment. Combinés à d’autres analyses autonomes possibles, comme la courbe thermique, révélée depuis les années 1930 et popularisée dans les années 1970, ainsi qu’aux connaissances sur l’auto-examen de la glaire cervicale par la femme seule : ces auto-examens redonnent cet empowerment purement féminin ! Qui, enfin, passe par la reconnexion vraie à son corps !

Une vraie reconnaissance de notre sexe, de notre physiologie : en lui faisant face. Que l’on ose toucher, regarder, et ne plus catégoriser comme une partie à redouter, ni comme un objet ou une aire de jeux. Tout auto-examen possible montre que la santé de la femme et le bon fonctionnement du corps féminin sont d’une grande beauté, sont des mécanismes nobles et d’une assise formidable pour toute jeune fille et femme en construction identitaire.

Dans un monde où tout va de plus en plus vite, avons-nous réellement le loisir
de
prendre le temps d’observer les rythmes énergétiques de notre cycle ?

A-t-on le temps de vivre et d’accueillir la vie en nous, est presque la question. Être vivant prend du temps, celui de manger, de dormir… de s’accorder 30 minutes par jour d’exercice et de marche, 10 minutes par jour de cohérence cardiaque…

Lire sa fertilité, pour une femme, c’est 3 minutes par jour de connexion à son horloge intérieure. Pour savoir comment ses organes se sentent et où en sont ses hormones. Pour l’intime féminin en santé, on ne consacre sans doute pas assez de temps, ou alors ce temps, s’il est consacré, est employé uniquement à cacher ou modifier l’apparence des choses de l’intime – les règles, la pilosité… Or, on peut changer les choses.

Adopter l’auto-observation du cycle, jour après jour, permet cet autre regard sur le cycle vivant sous notre peau, témoin direct de notre santé

– température, perte naturelle fertile, col. Cela ouvre ensuite vers la possibilité de pratiquer une contraception naturelle de façon fiable, basée sur l’observation de la fertilité.

La question qui fâche : les méthodes de contraception naturelles
sont-elles moins
fiables que les méthodes chimiques ou hormonales ?

Cette question est absolument essentielle, car la contraception naturelle est une contraception hautement humaine. Elle réussit si vous êtes formée et pratiquez vos auto-observations sans oubli et avec assiduité. Elle ne réussit pas si le couple la pratique sans être formé et/ou avec des incompréhensions restantes ou des négligences dans les auto-observations. C’est un peu comme les différences de fiabilité entre une pilule prise avec soin et constance, ou une pilule prise avec des oublis ou des irrégularités. En contraception naturelle, si le couple a reçu une formation initiale auprès d’un formateur agréé et a respecté ses 3 à 6 cycles d’entraînement sans relation sexuelle, les méthodes sont internationalement reconnues fiables à plus de 99 % pour le couple les appliquant avec soin et constance. Soit une fiabilité comparable aux contraceptifs hormonaux. Ces chiffres sont reconnus par le Quotidien des médecins et l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé.

Quels arguments et conseils donneriez-vous à toutes les femmes
qui veulent franchir
le cap de la contraception naturelle mais qui n’osent pas ?

En tout premier, je conseillerais de s’informer par des lectures : se questionner à deux, en prenant le temps qu’il faut, sans être déjà en dynamique de formation. Puis, je conseille de se former en couple, à deux. Cela change tout ! Car la contraception est celle du couple, pas uniquement celle de la femme ! Et comme cette contraception appelle à varier sa sexualité pour ne pas prendre de risque, cela s’explore aussi à deux.

5 bonnes raisons de passer à la contraception naturelle ?

  1. Vous faire passer en premier. En s’autoobservant. Les femmes ne choisissent pas « une méthode », elles se choisissent elles-mêmes.
  2. La santé. Pas d’effets secondaires, pas d’« ajouts » au corps.
  3. Le désir. Une libido naturelle, donc vivante et boostée, et une sexualité plus variée et plus créative, puisque tout n’est pas toujours possible. La méthode propose d’explorer en période fertile une sexualité sans pénétration ou d’être associée au préservatif ou au diaphragme, selon le choix unique du couple.
  4. L’émancipation. Pas besoin d’un médecin, le couple formé gère à deux.
  5. La confiance en soi : celle que vous pouvez avoir en votre corps. Vous voyez que le corps féminin est « autrement » capable. Il peut vivre sans assistance-s.

La contraception naturelle permet-elle de devenir réellement actrice de sa fécondité ?

Oui, de mon point de vue, car détenir le savoir, c’est détenir le pouvoir.

L’intimité de la femme est pour moi ce domaine dont elle devrait être la spécialiste avant tout le monde ! Son cycle, ses hormones, sa fertilité, sa sexualité : lui appartiennent. Cela n’exclue pas de consulter un médecin si besoin et au contraire d’ailleurs : car la femme qui sait comprendre seule que quelque chose ne va pas, sauve bien souvent sa santé (voire, sa vie dans certains cas) : car elle peut agir à temps, et faire des choix médicaux plus éclairés, avec son soignant.

C’est cela pour moi, être pleinement actrice, de sa fécondité.

Le mot de la fin ?

La symptothermie et la connaissance profonde du corps féminin sont un cheminement merveilleux pour toutes les femmes qui, comme moi, ressentaient, en tant que dépositaires du féminin, qu’il leur manquait quelque chose. Une part de confiance en nous, en la vie, en son corps, que personne ne nous avait transmise. En formation, cette sensation de manque est récurrente. Parfois, elle s’incarne dans une peur de ne pas savoir gérer son cycle, de tomber enceinte sans le vouloir – même sous contraception –, de ne pas savoir accoucher. Finalement, il s’agit toujours d’une peur de la non-maîtrise des ovaires et de l’utérus. La symptothermie lève le voile sur ces aspects et vous sécurise : « Alors, c’est comme ça que cela se passe ! » Et la femme pourra décider de tout, s’analyser en toute discrétion, sans recours à un homme ni à un médecin.

La symptothermie est donc, de mon point de vue, un enjeu de santé publique : il s’agit de la part d’éducation identitaire positive qui manque à de nombreuses femmes. La prise de conscience qu’un potentiel de vie incroyable en soi ne nous « rabaisse » pas ; mais, au contraire, que l’on peut le MAÎTRISER seules. Et cela change tout. Tout notre rapport au monde. Le cycle vivant peut amener vers plus de vitalité et d’expansion encore, et non vers la destruction – verrouiller le cycle, prendre des cachets –, si le corps est accueilli en connaissance. J’aime mon corps vivant et je choisis si je veux concevoir ou pas, sans altération, sans destruction, sans me blesser, puisque mes périodes me sont claires. J’aime le féminin en moi et sa puissance.

L’auto-analyse de votre fertilité vous aide à être pleinement épanouie et incarnée dans un corps puissant, dans un corps capable. C’est donc un cadeau de confiance en soi que je souhaite à chaque femme, en cadeau à vous-même, mais aussi en cadeau aux femmes de votre lignée, pour vos mères, pour vos filles. C’est un empowerment, une évolution dans la conception de la santé des femmes. C’est le premier pas permettant d’échapper à l’hyper-médicalisation des femmes et à « la reconstruction d’une médecine pour les femmes, par les femmes… en dépit des loups ! » (Rina Nissim).