La socialisation précoce en collectivité
garantit-elle la sociabilité de l’enfant ?

proposé par Émilie Boudot

Émilie Boudot est rédactrice web spécialisée en parentalité consciente et mode de vie écologique.
Elle défend également une alimentation végétarienne en partageant ses recettes sur son blog : http://www.lescasserolesdemiliye.wordpress.com

La socialisation est définie comme le processus par lequel l’enfant intériorise les divers éléments de la culture environnante (valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite) et s’intègre dans la vie sociale1. La sociabilité est la qualité de quelqu’un qui est sociable, c’est-à-dire qui se lie facilement aux autres et avec qui il est agréable de vivre. Tout parent souhaite que son enfant s’intègre au groupe sans difficulté. Pour autant, le contact précoce avec la collectivité est-il la solution ?

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La socialisation commence dès la naissance

Dès les premières semaines de vie, le bébé acquiert naturellement les codes de la société dans laquelle il se trouve par la reproduction des comportements observés au sein de sa famille. On parle alors de socialisation primaire2, qui est étroitement liée au milieu dans lequel le nouveau-né va évoluer (culturel, social, religieux…). Par la suite, il élargit son champ pour être confronté aux règles de savoir-vivre inhérentes à la collectivité et entrer dans un groupe.

Attachement, autonomie et sociabilité

Parmi les besoins fondamentaux du nouveau-né, la sécurité affective joue un rôle prédominant dans la construction de la relation avec ses parents et à autrui. Ainsi, un bébé dont les besoins ont été reconnus et satisfaits a toutes les chances de développer un attachement dit secure3, qui facilitera grandement son ouverture sociale et son élan vers l’autonomie. Le placement précoce en collectivité n’est donc pas une garantie de la sociabilité future de l’enfant. L’attitude des parents4, ainsi que celle des professionnels de la petite enfance, jouent alors un rôle primordial.

Attachement, autonomie et sociabilité

L’enfant qui est confronté à un autre environnement, souvent institutionnel (crèche, assistante maternelle, halte-garderie…), va assimiler très tôt d’autres codes sociaux que celui de la famille. Un avantage ? Pas forcément. La mise en collectivité précoce des bébés pourrait même être source de risques pour leur développement et la création de liens d’attachement5. En effet, outre la sur-stimulation sensorielle, l’organisation inhérente à la collectivité n’est, bien souvent, pas suffisamment stable ni prévisible pour le très jeune enfant, qui n’est pas en capacité de repérer les raisons pour lesquelles l’adulte va lui manifester de l’attention, puis se détourner de lui pour satisfaire les besoins d’un autre enfant. Ainsi, le manque d’attention entièrement personnalisée accroît le sentiment d’insécurité et donc le besoin de dépendance de l’enfant. Il est donc impossible d’affirmer qu’un enfant ayant fréquenté la crèche se sentira, à coup sûr, plus en sécurité au sein de l’institution scolaire. Nous avons tous dans notre entourage des exemples contradictoires, parfois au sein d’une même fratrie, qui prouvent bien que le processus de sociabilité est propre à chaque enfant.

1- Dictionnaire Larousse
2- En sociologie, on distingue la socialisation primaire, essentiellement familiale, de toutes celles qui suivent et que l’on nomme secondaires (école, groupe de pairs, univers professionnel, institutions politiques, religieuses, culturelles, sportives, etc.). Source : Encyclopædia Universalis.
3- Voir à ce sujet le travail de John Bowlby et de Mary Ainsworth.
4- Et surtout de la figure d’attachement principale.
5- Voir l’article « Socialisation précoce et accueil du très jeune enfant en collectivité », paru dans la revue Devenir (Revue européenne du développement de l’enfant) : cairn.info/revue-devenir-2003-3-page-279.htm