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Le dossier du mois
Une nouvelle vision du microbiote

avec Marcel Roberfroid
Docteur en sciences pharmaceutiques

Depuis 3 ans, on entend beaucoup parler du microbiote et nombreux sont les ouvrages qui ont été publiés sur le sujet. Aujourd’hui, je vous propose une vision novatrice, qui bouscule et revisite certains a priori, sous l’oeil expert de Marcel Roberfroid, docteur en sciences pharmaceutiques, professeur d’université, enseignant-chercheur en biochimie, toxicologie et nutrition, adepte du bouddhisme et formé à la pratique du Qi Gong. Originale, sa démarche bouscule et revisite certaines idées reçues. Par l’étude du fonctionnement du ventre, il apporte un éclairage inédit sur la vie dans sa dimension inéluctablement symbiotique. Nous lui avons posé quelques questions…

En quoi les bactéries du ventre
racontent-elles l’histoire de la vie ?

Les bactéries – en très grand nombre – dans notre ventre – mais aussi chez tous les êtres vivants, y compris les plantes – sont indispensables à la vitalité. Sans elles, pas de vie possible dans le monde réel. Elles racontent l’histoire de la vie car elles sont à l’origine, d’une part, de toutes ses formes cellulaires, et, d’autre part, de la symbiose qui la caractérise. Elles sont « les ancêtres et le substrat actuel » de la vie. C’est pourquoi je propose de les reconnaître comme l’origine de l’impératif symbiotique qui vitalise tous les êtres vivants.

Savons-nous quelles sont les parts
d’inné et d’acquis qui définissent
l’écosystème de notre microbiote ?

Dans l’état actuel de nos connaissances, il est difficile d’apporter une réponse à cette question. Toutefois, comme je l’évoque dans le livre, des données récentes suggèrent la présence d’un microbiote – de très petite taille – dans l’intestin du foetus, ce qui pourrait indiquer une origine maternelle, au moins pour certaines de ses dimensions. Ce que l’on sait, par contre, c’est que le microbiote s’adapte à son environnement pendant l’accouchement et dès les premiers instants de la vie extra-utérine. Cette évolution se poursuit ensuite tout au long de la vie.

Quels sont, par ailleurs, les facteurs
qui influencent le développement du
microbiote intestinal ?

Le premier facteur est maternel, dès l’accouchement, mais aussi après, et, en particulier, lors de l’allaitement et des contacts corporels avec la mère et… le père. Par la suite, les facteurs déterminants sont l’environnement et le milieu de vie, mais surtout l’alimentation.

Pourquoi surnomme-t-on notre ventre
notre « deuxième cerveau » ?

Je ne partage pas cette opinion. Je ne crois pas que le ventre soit un – fut-ce le second – cerveau. Certes, il y a dans notre ventre un système nerveux important et largement autonome. Mais il n’a aucune des qualités essentielles de cet organe unique qu’est le cerveau crânien. Ce système nerveux dit entérique – SNE – a ses fonctionnalités propres, qui assurent de nombreux contrôles et régulations sans avoir besoin de l’intervention du cerveau. Cela est suffisant pour lui reconnaître une importance dans le fonctionnement de notre corps.

L’immunité se joue-t-elle
vraiment dans notre ventre ?

Oui, car la grande majorité – 75-80 % – des cellules immunitaires y sont localisées. Ensuite, parce que c’est en son sein qu’elle se développe immédiatement après la naissance. C’est l’installation du microbiote qui déclenche, puis module cette installation et soutiendra ensuite son évolution.

La bonne humeur passe-t-elle
réellement par nos intestins ?

Une première raison est que ces organes sont le siège principal – 75-80 % – de la sécrétion de sérotonine, l’hormone de la « zénitude ». Y compris la sérotonine qui module certaines activités cérébrales ! La seconde raison est à rechercher dans les connexions permanentes entre intestins et cerveau via un nerf, des hormones et des neurotransmetteurs. La troisième raison se trouve dans ce que j’appelle le « ressenti » de mon ventre, qui me permet de me connecter à mes sensations.

Pourquoi l’axe microbiote-intestincerveau- système
immunitaire tient-il un
rôle-clé dans la vitalité ?

L’explication se trouve, en partie, dans les deux réponses précédentes. Mais si, comme je le propose, la vitalité se définit comme la pleine conscience de mon corps dans ses liens à la nature et au cosmos, alors cet axe est le pivot de la vie, autour duquel on prépare et réalise sa destinée, qui est de révéler l’Être dans son existence. C’est pourquoi j’invite à le découvrir par la pratique, pour le développer et le fortifier.

Face à l’offre pléthorique
de
probiotiques, comment faire le bon choix ?

Je n’ai pas de réponse à cette question. Je rappelle simplement qu’à mes yeux, une ou quelques souches particulières de bactéries peuvent, certes, avoir des effets « pharmacologiques » spécifiques, mais qu’en aucun cas cela ne modifie ni ne renforce significativement la biodiversité du microbiote colique. Or, cela reste, pour moi, la qualité première d’un microbiote efficace, mais aussi le défi majeur pour un grand nombre de personnes qui, comme nous, vivent dans une société hyper-hygiéniste et souvent « toxique ».

On entend beaucoup parler
de
transplantation fécale.
Selon-vous,
est-elle une technique prometteuse
et
que pouvons-nous en attendre ?

Je ne suis pas un spécialiste de cette question. Je sais qu’elle est efficace dans le traitement d’une infection très spécifique causée par la bactérie Clostridium difficile, pour laquelle il n’existe pas de médicament réellement efficace. Des travaux déjà anciens avaient montré que, souvent, ses effets bénéfiques étaient temporaires et que le microbiote retrouvait sa composition initiale. Je ne sais pas si cela a été confirmé ou pas. Je ne crois pas que cette méthode puisse être généralisée et certainement pas sans de sérieux contrôles à tous les niveaux. Mais, surtout, je m’interroge pour savoir comment définir un « bon microbiote » pour le transplanter ! Je crois, en particulier, qu’il n’est pas facile de trouver un tel microbiote dans nos sociétés modernes !

Quels conseils pratiques donneriez-vous
à nos lecteurs pour prendre soin de
leur
microbiote intestinal ?

C’est l’objet de mon livre. Je peux difficilement résumer en quelques mots le message que j’ai souhaité proposer aux lecteurs. J’y annonce d’emblée que je n’ai ni recettes, ni conseils pratiques à donner. J’y raconte le long chemin que j’ai moi-même parcouru et que je continue à parcourir. J’invite chacun à trouver le sien.

 

L’étude MetaHIT :
une flore d’une richesse inédite

L’étude MetaHIT, lancée en 2008 et coordonnée par l’Inra, a eu pour objectif d’identifier l’ensemble des génomes microbiens intestinaux (métagénome) par séquençage haut débit. Elle a aussi permis de dessiner une ébauche des interactions reliant métagénome et santé. Cette étude, première du genre, s’est fondée sur l’analyse d’échantillons de selles recueillis auprès de 124 personnes. Elle a identifié ainsi un total de 3,3 millions de gènes différents, appartenant à plus de 1 000 espèces différentes, dont une large majorité est d’origine bactérienne. Au plan individuel, elle a aussi montré que chaque individu porte en moyenne 540 000 gènes microbiens, soient environ 160 espèces, réparties en 7 phylums (groupes de familles) différents. Enfin, MetaHIT a été la première étude à démontrer l’extrême richesse de la flore intestinale, en identifiant des centaines d’espèces bactériennes inconnues jusque-là.

Le saviez-vous ?
On appelle axéniques les animaux élevés sans microbiote, utilisés à des fins de recherches. Ces derniers ont des besoins énergétiques 20 à 30 % fois supérieurs à ceux d’un animal normal.