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Le poids de nos émotions

par Patrick Serog
et Roseline Levy-Basse
médecin nutritionniste et psychologue

Notre rapport à notre corps et à notre poids est souvent régi par notre mental. Si faire attention au contenu de notre assiette est incontournable pour perdre du poids, la nécessité d’être au clair avec son mental l’est tout autant. À l’occasion de la sortie de leur ouvrage Faites sauter les verrous psy qui vous empêchent de maigrir, aux éditions Marabout, le médecin nutritionniste Patrick Serog et la psychologue Roseline Levy-Basse ont répondu à nos questions.

Vous expliquez, dans les premières pages de l’ouvrage, que « mêler l’approche d’un nutritionniste à celle d’un psychanalyste est particulièrement intéressante ». Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

La démarche conjointe d’un nutritionniste et d’une psychologue-psychanalyste offre une approche globale de la personne, sur les plans à la fois somatique et psychique. Des années de pratiques communes nous ont fait constater que la prise en charge uniquement sur le plan nutritionnel n’est pas suffisante, car les patients ont du mal à stabiliser leur poids dans la durée. De même, un accompagnement uniquement psychologique, sans un cadre et des conseils nutritionnels précis, les empêche de progresser. Nous avons établi que, quand les régimes sont adaptés en fonction des besoins de chaque personne, ils sont beaucoup plus efficaces. Cette approche globale, en duo, permet aux patients de se sentir écoutés et épaulés.

Faut-il systématiquement chercher dans la petite enfance les raisons à nos comportements psychologiques alimentaires ?

La manière de se nourrir est liée aux liens établis avec notre entourage dès la plus tendre enfance, car manger n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit d’emblée dans la relation mère-enfant. Cette relation est aussi vitale pour le développement psychique du bébé que les vitamines ou les protéines. Ce don de nourriture constitue le premier moment de l’échange mèrebébé. L’attachement entre le bébé et sa mère se développe dans un processus de réciprocité : les parents donnent de la nourriture et de l’amour, le nourrisson manifeste de l’affection en retour car il ressent du plaisir, qu’il exprime par un babillage ou par un sourire. Nous avons mis en évidence que, dans les relations parents-enfants, les parents ne sont pas les seuls à donner – une éducation, de l’amour, des études, des loisirs… –, les enfants donnent en retour. Ce sont des dons à leur mesure qui se traduisent par des câlins, une écoute attentive, la participation discrète à la vie de la maison.

Vous parlez beaucoup du « cycle du don ». De quoi s’agit-il ?

Cette boucle du don et du contre-don est présente dans toute relation, de manière universelle. L’échange entre les personnes se fait selon trois mouvements : on donne, on reçoit et on rend. L’un donne de l’amour, de l’affection, des biens, des cadeaux, de la disponibilité, du temps… Et l’autre reçoit ce qui lui est donné et rend en retour. Dans la majorité des cas, la boucle du don n’est pas consciente, elle s’établit naturellement dès la naissance. Chacun donne à sa mesure, à son niveau sans attendre évidemment un retour et une reconnaissance immédiats. Le plus souvent, chacun donne « sans arrièrepensée », heureux de faire plaisir à l’autre.

Dans quels cas une mauvaise gestion de ce cycle peut-elle entraîner des troubles du comportement alimentaire ?

S’il n’y a pas de reconnaissance mutuelle de tout ce que les uns font pour les autres, et si celle-ci n’est pas verbalisée, l’équilibre entre le don et le contre-don est perturbé. Des troubles du comportement alimentaire peuvent apparaître chez l’enfant. Lorsque cette relation du donnerrecevoir- rendre n’a pas trouvé d’apaisement pendant l’enfance ou l’adolescence, elle se perpétue à l’âge adulte et peut prendre différentes formes, qui modifient le comportement général de l’individu, et particulièrement son comportement alimentaire.

Cultiver l’amour de soi, est-ce la solution pour mieux manger et perdre du poids ?

Nous avons fait le constat au travers de nos consultations que la mauvaise gestion du cycle du don se manifeste par le sentiment que l’on pense d’abord aux autres avant de penser à soi, sous peine de se sentir égoïste. On est toujours disponible pour les autres, on n’a jamais assez de temps à se consacrer et on cherche avant tout à faire plaisir aux autres. Nous avons repéré que, lorsque l’on passe plus de temps à s’occuper des autres que de soi-même, un certain nombre de troubles surviennent, dont les troubles alimentaires. Manger devient alors le seul espace où l’on peut enfin exister pour soi, sans être préoccupé en permanence par les autres. La nourriture procure un moment de bien-être, un plaisir immédiat, rapide et intense, que l’on peut s’octroyer à soi-même, en dehors de la relation avec les autres, chaque émotion provoquant une consommation inhabituelle d’aliments, souvent gras et sucrés.

Quels conseils pratiques donneriez-vous à nos lecteurs pour faire sauter les verrous ?

Le régime restrictif n’aide pas à maigrir. Il est à éviter car le risque de reprise de poids à la fin de cette période de régime est important.

Il y a d’abord un bon moment pour entamer un changement de son alimentation. C’est celui qui permet de se concentrer sur soi et de prendre soin de soi.

Une fois que l’on commence à changer son alimentation, la régularité de ses repas est nécessaire pour rassurer notre organisme sur un apport suffisant de nutriments tout au long de la journée et de la semaine. C’est cette régularité qui incitera notre corps à diminuer sa réserve de graisses et donc à maigrir.

Conserver le plaisir de manger des aliments et des plats que l’on aime est indispensable pour assurer la pérennité de l’effort. Il faut veiller à ne pas les écarter et à les intégrer dans des menus structurés, afin ne de ne pas avoir faim en dehors des repas. Les plats roboratifs sont occasionnellement autorisés, car ils apportent un grand plaisir et sont tout à fait compatibles avec une perte de poids. Pour les repas quotidiens, il faut garder des repas structurés, avec une petite entrée, un plat principal et un dessert, en quantité suffisante dans l’assiette.

Pour identifier les verrous qui nous empêchent de maigrir, il est important de repérer ce qui se passe dans la relation avec autrui. C’est une étape indispensable pour apprendre à s’occuper de soi autrement qu’en se réfugiant dans la nourriture. Ne pas être toujours dans le faire plaisir à l’autre, apprendre à exprimer ses propres désirs, prendre du temps pour soi.

Le mot de la fin ?

Faire sauter les verrous pour être dans le plaisir de manger et de s’occuper de soi.