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Dossier du mois :
Le stress, une douleur
chronique sous-estimée

avec le Pr Jean-Paul Meningaud

Tout le monde en parle. On l’accable, à juste titre, de tous les maux ; mais, finalement en matière de traitement, c’est vraiment le parent pauvre. On mesure mal à quel point le stress peut être délétère pour notre santé. Jean-Paul Meningaud, professeur à l’Université de Paris 12 et chef de service de chirurgie plastique, reconstructrice, esthétique et maxillo-faciale au CHU Henri Mondor (Créteil), auteur du livre Le programme anti-âge du professeur Meningaud, a eu la gentillesse de répondre à nos questions…

 

Le stress fait partie intégrante de votre programme anti-âge. Par quels mécanismes impacte-t-il notre capital jeunesse ?

Notre stress déclenche la production de cortisol et d’adrénaline par nos surrénales, et leurs effets sont toxiques lorsque la sécrétion n’est pas suffisamment bien régulée par rapport à la situation affrontée. L’adrénaline va être consommée sans action toxique s’il s’agit de courir pour fuir un danger. Elle aura un pouvoir délétère si l’on stresse parce que l’on a peur d’être en retard, d’avoir à payer un impôt ou à cause d’une remarque désobligeante.

 

Quels sont les effets délétères du stress sur notre santé ?

Le stress est impliqué dans de nombreuses maladies chroniques, notamment les maladies inflammatoires, le diabète de type 2, la dépression, les démences, les insomnies, le burn out et les maladies cardio-vasculaires. Il agit en augmentant le niveau inflammatoire de l’organisme et accélère donc son vieillissement. Le stress annule les bénéfices d’une alimentation saine1.

 

Quelles douleurs chroniques le stress peut-il engendrer ?

Il va augmenter les douleurs chroniques par au moins 3 mécanismes.

1. Il augmente le niveau global d’inflammation et exacerbe donc toutes les maladies inflammatoires, rhumatismales en particulier.

2. Il diminue le seuil de tolérance à la douleur. Ce mécanisme est très bien connu par tous les professionnels de santé qui sous anesthésie locale. Un patient stressé peut nécessiter jusqu’à 10 fois plus de produit anesthésiant.

3. Il provoque des contractures musculaires qui, elles-mêmes, vont générer des douleurs, avec un cercle vicieux.

 

Quels conseils hygiéno-diététiques donneriez-vous à nos lecteurs pour mieux gérer le stress ?

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, le stress ne dépend pas du niveau de responsabilités, mais de la façon dont on le gère. On peut être pilote de ligne et ne pas être stressé ou être responsable de l’entretien d’une maison et en être extrêmement stressé. Une alimentation anti-inflammatoire – c’est-à-dire riche en graisses insaturées, pauvre en sucres – compense, dans une certaine mesure, les effets du stress. Plusieurs études laissent à penser que les probiotiques2 pourraient avoir une action sur le stress en jouant sur l’axe intestin-cerveau, le microbiote intestinal3 étant considéré aujourd’hui comme un régulateur du comportement. Une alimentation riche en vitamines et en minéraux, notamment en magnésium, peut aider. Le sport a une action régulatrice bien connue sur l’humeur. Les techniques de méditation peuvent aussi être très efficaces, de même que les techniques de relaxation ou les gymnastiques méditatives, comme le qi gong, le tai chi ou le yoga. Une bonne hygiène de sommeil est essentielle. Les exercices de respiration ample stimulent le système nerveux parasympathique et sont donc un antidote naturel du système sympathique, qui est précisément celui que fait sécréter de l’adrénaline. Mais ces conseils permettent plus une gestion d’un stress déjà présent que sa réelle prévention. L’important n’est pas d’éteindre l’incendie mais de l’empêcher d’advenir.

 

Quelle hygiène de pensée recommandez- vous pour calmer le stress ?

Le stress étant un phénomène d’origine mentale, il faut le prendre à sa racine. Aux 7 émotions de base qui sont des réactions physiologiques ne durant que quelques minutes – la joie, la tristesse, la colère, la peur, la surprise, le dégoût et la honte –, s’ajoute toute la palette des sentiments, qui sont des constructions mentales beaucoup plus durables et génératrices de mauvais stress. Les sentiments impliquent à la fois des émotions et des fonctions cognitives. Or, il faut prendre conscience que beaucoup de sentiments sont toxiques, comme la haine, la jalousie, l’envie, la rancune, le ressentiment, l’amertume, la nostalgie, l’orgueil et l’ambition déréglée (qui s’apparente à l’arrivisme). Ce qui les rend encore plus toxiques ? Les ruminations, l’égocentrisme et le manque de mise en perspective. Ils ne le sont pas uniquement au sens moral. Ils le sont au sens neurochimique. Autant on ne peut contrôler ses émotions, autant on peut décider de contrôler ses sentiments. Les émotions peuvent être exprimées, c’est la situation idéale. Du fait des contraintes sociales, elles sont souvent maquillées, cachées ou, pire, refoulées, mais on ne peut les empêcher de naître. En revanche, concernant les sentiments, du fait de l’implication cognitive nécessaire à leur élaboration, on peut parfaitement décider de n’avoir que des sentiments positifs. Ça demande un peu d’ascèse au départ, mais c’est tout à fait réalisable, autant que d’arrêter de fumer, de décider de faire du sport ou changer son alimentation.

Pour faire simple, je conseille de ne laisser occuper son cerveau que par 3 types de sentiments : l’amour, l’admiration et l’empathie. En fait, seuls ces 3 sentiments sont nécessaires et suffisants pour être heureux. Dans leurs nuances et leurs déclinaisons, ils regroupent une variété infinie qui suffit à combler une vie.

Une bonne habitude est de prendre la décision irrévocable de ne plus laisser de place dans son cerveau qu’à ces 3 sentiments. Tous les autres provoquent, dans notre corps, des réactions toxiques au sens propre du terme, au même titre qu’un poison. Il s’agit de poisons endogènes, fruit de nos pensées. Plus facile à décréter qu’à faire ? Pas si sûr. Il faut s’imaginer en train de marcher sur une corde. Chaque fois qu’il sent un petit déséquilibre, le funambule se rattrape et, finalement, la marche sur une corde n’est qu’une succession de petits déséquilibres sans chute. Avant que la colère ne s’installe, ou la jalousie, il y a toujours un moment où l’on sent ces sentiments qui émergent ; c’est là qu’il faut les mettre à distance. Il faut les analyser immédiatement comme des sentiments toxiques, dont on sera la victime immédiate, puis la victime par ricochet à travers la réaction que l’on provoquera chez les autres. Si l’on échoue de temps en temps, c’est-à-dire que l’on tombe de la corde parce que l’on a cédé à la colère, il suffit d’analyser ce qui s’est passé et remonter sur la corde. Avec de l’entraînement, on tombe de moins en moins.

 

En quoi votre programme anti-âge est-il novateur ?

Pour 3 raisons.

1/ Il propose un programme global, qui s’intéresse aussi bien à la santé biologique qu’à l’apparence car les deux ont des influences réciproques.

2/ Chaque affirmation de ce programme est étayée par des études scientifiques, que l’on peut retrouver aisément grâce aux notes de bas de page. La littérature anti-âge regorge d’idées reçues qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. Ce livre leur fait un sort.

3/ Il propose une progression en allant des conseils les plus simples et les plus efficaces aux techniques les plus sophistiquées.

 

Peut-il être suivi à tout âge ?

Absolument, à tout âge et quel que soit son état de santé. Je dis souvent à mes patients qu’un cheval qui parvient à finir la course malgré un gros handicap gagnera aisément le jour où on le lui retire.

 

En combien de temps est-il possible d’observer des résultats sur sa santé et son apparence ?

Si l’on applique la première partie intitulée Les 7 péchés capitaux, le bénéfice peut être ressenti dès les premiers jours. Sur la deuxième partie, le bénéfice se percevra en quelques semaines. Puis plus on avance dans le programme, plus les bénéfices mettront du temps à être flagrants, tout simplement parce que l’on sera déjà en très bonne santé. Par exemple, une technique qui ralentit le vieillissement de la peau ou le durcissement des artères mettra forcément quelques années avant d’être directement visible par rapport à un frère jumeau qui n’appliquerait pas ces conseils. Statistiquement, les conseils du programme améliorent son espérance de vie d’une dizaine d’années, probablement plus.

1- Kiecolt-Glaser JK et al. Depression, daily stressors and inflammatory responses to high-fat meals: when stress overrides healthier food choices. Mol Psychiatry, 2016 Sep 20.

2- Les probiotiques sont des micro-organismes vivants (bactéries ou levures) qui jouent un rôle-clé dans de nombreuses fonctions de notre organisme, de la digestion jusqu’à l’immunité, pour maigrir ou pour lutter contre la constipation.

3- Le microbiote intestinal est l’ensemble des micro-organismes (archées, bactéries, eucaryotes) qui se trouvent dans le tube digestif des animaux.

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