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Le dossier du mois
Quand les cosmétiques perturbent
notre équilibre hormonal

La notion de perturbateur endocrinien a fait son apparition au début des années 80. Longtemps ignorée du grand public, elle s’est fait connaître, depuis quelques années, à travers plusieurs affaires médicales largement médiatisées, notamment avec les dioxines, les parabènes, les phtalates ou encore le bisphénol A.

Le saviez-vous ?

L’un des signaux d’appel qui a conduit les chercheurs à s’intéresser aux perturbateurs endocriniens fut l’observation, dans les années 70-80, d’anomalies de la reproduction chez diverses espèces animales exposées aux polluants issus des activités humaines. Si la faune des rivières est particulièrement touchée, les prédateurs marins semblent eux aussi concernés, en raison du phénomène de biomagnification, c’est-à-dire l’accroissement des concentrations en toxiques le long de la chaîne alimentaire. L’action des perturbateurs endocriniens vient aggraver les conséquences de la pollution sur une faune déjà en contact avec les émanations industrielles et les pesticides neurotoxiques.

Le terme de perturbateur endocrinien revêt une très large signification.

La première définition officielle a été donnée en 1996 lors d’un congrès organisé par la Commission européenne, l’OCDE, l’OMS et l’industrie chimique. Un perturbateur endocrinien y était présenté comme une « substance étrangère à l’organisme qui produit des effets délétères sur l’organisme ou sa descendance, à la suite d’une modification de la fonction hormonale ». Depuis, plusieurs structures officielles, telles que la Commission européenne, ont donné leur propre définition. On retiendra que :

  • Les perturbateurs endocriniens sont des substances étrangères à l’organisme, d’origine synthétique ou naturelle ;
  • Ils sont capables d’interférer avec certaines hormones, mais aussi avec d’autres ligands1 se fixant sur une grande variété de récepteurs, dont des récepteurs hormonaux ;
  • Ils peuvent, en conséquence, perturber l’équilibre, le fonctionnement et/ou le développement de l’organisme humain ou animal, affaiblir les systèmes de régulation et de défense de l’organisme, altérer la fonction de reproduction ;
  • Ils peuvent provoquer des anomalies touchant le matériel génétique, potentiellement transmissibles à la descendance, et ce probablement sur plusieurs générations ;
  • Ils sont malheureusement capables d’interagir entre eux, ce qui génère une exacerbation des risques toxiques.

Selon la Commission européenne, les perturbateurs endocriniens peuvent agir d’au moins 3 façons sur le système ligands/récepteurs :

  • En mimant une hormone ou un autre médiateur,
  • En bloquant des récepteurs cellulaires par un mécanisme d’antagonisme compétitif (2 molécules agissant sur la même cellule),
  • En altérant la synthèse, le transport, le métabolisme ou l’excrétion d’un ou plusieurs médiateurs, dont ils modifient la concentration dans l’organisme.

Pourquoi les perturbateurs endocriniens
polluent-ils notre
organisme ?

Rappelons, tout d’abord, que la bioaccumulation désigne la persistance des produits chimiques exogènes dans l’organisme des êtres vivants. Ce phénomène est principalement dû à l’absence ou à l’insuffisance d’enzymes ou de cellules capables de dégrader ces substances ou particules et/ou à l’absence de protéines en mesure de les transporter pour être éliminées. C’est le cas de nombreuses molécules de synthèse, ainsi que des métaux lourds et de leurs dérivés.

La plupart de ces substances sont malheureusement non biodégradables, c’est-à-dire qu’elles demeurent également pendant des années dans l’environnement. On parle de composés rémanents ou persistants – ou encore de POP (polluants organiques persistants). Cette exposition continue de notre corps à des substances étrangères est très préoccupante d’un point de vue toxicologique, même s’il est difficile d’en évaluer encore toute la portée.

L’effet cocktail, kézako ?

Le corps humain est exposé de façon chronique à des substances susceptibles d’avoir un impact sur la santé et dont les origines sont multiples : additifs alimentaires, médicaments, polluants de l’environnement, ingrédients cosmétiques…

Cette expression signifie que leur présence combinée dans l’organisme peut générer des interactions amplifiant leurs effets délétères. Une étude publiée en septembre 20152 par des chercheurs rattachés, entre autres, à l’Inra – l’Institut national de la recherche agronomique – et à l’Inserm – l’Institut national de la santé et de la rechercher médicale –, confirme in vitro l’existence d’un tel risque par l’association de deux perturbateurs endocriniens courants, le pesticide trans-nonachlore (TNC) et l’hormone de synthèse 17-alpha-ethinylestradiol (EE2), un contraceptif.

Concernant les cosmétiques, en 2016, l’association UFC Que Choisir a analysé 185 produits cosmétiques et a conclu que 101 d’entre eux contenaient des perturbateurs endocriniens, ce qui est loin de nous rassurer.

Voici quelques exemples de perturbateurs
endocriniens dans nos
cosmétiques :

  • L’ethylhexyl methoxycinnamate Il s’agit d’un filtre solaire. Selon l’association UFC Que Choisir, « les recherches sur cet ingrédient ont démontré in vivo une perturbation des oestrogènes et de la fonction thyroïdienne. »
  • Les silicones de types cyclotetrasiloxane et cyclopentasiloxane On les retrouve dans les cosmétiques. Le cyclotetrasiloxane est classé toxique pour la reproduction.
  • Le triclosan Utilisé comme antiseptique, désinfectant mais aussi conservateur (très présent dans les produits d’hygiène et de beauté), c’est un perturbateur endocrinien qui agirait non seulement sur les hormones oestrogènes, mais aussi sur la fonction thyroïdienne.
  • Les benzophénones : benzophénone-1, benzophénone-2, benzophénone-3 Présents dans les cosmétiques, notamment dans les produits solaires, ils sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, avec une faible activité oestrogénique in vitro, et sont allergènes.
  • Les parabens. Il faut distinguer :
    • Ceux qui possèdent une chaîne courte (ethylparaben et methylparaben) et leurs dérivés, comme le sodium ethylparaben, ne font plus partie des conservateurs indésirables selon les experts français et européens.
    • Ceux à longue chaîne, considérés comme les plus nocifs et interdits depuis 2014 : isobutyl, isopropyl, benzyl, pentyl, phenylparaben. Concernant les soins pour enfants de moins de 3 ans, propyl- et butylparaben sont interdits dans les produits non rincés destinés à être utilisés dans la zone du siège (nettoyants, lingettes, crèmes) ; mais, malheureusement, on en trouve encore dans des lingettes supposées être utilisées sur le visage ou les mains.

Les butylparaben et propylparaben sont encore autorisés (ainsi que les ingrédients dérivés contenant ce nom et l’un de ces mots « sodium » ou « potassium ») alors qu’ils comptent parmi les perturbateurs endocriniens. L’association UFC Que Choisir propose un moyen mnémotechnique pour s’en souvenir : ceux qui commencent par P ou B ne sont tout simplement « Pas Bons » !

Si la pollution chimique de l’organisme est confirmée par de nombreuses analyses effectuées sur diverses populations, toute la question est de savoir si, comme on le suppose, elle participe au développement de certaines anomalies ou maladies du siècle, dont la fréquence ne cesse de croître (stérilité ou hypofertilité, puberté précoce, diabète de type 2…).

1- On entend par ligand toute substance capable de se lier à une protéine ciblée (enzyme, transporteur, récepteur) ou à un acide nucléique. Il inclut les hormones, les neuromédiateurs et d’autres médiateurs de toute nature… 2- Sources : anses.fr/fr/content/les-perturbateursendocriniens