© Olivier Klepatzky

Le dossier du mois :
Rompre le tabou
de la ménopause

avec Charlotte Atty

La ménopause n’est pas qu’une série de désagréments physiques, elle est aussi un grand bouleversement intérieur, qui n’est pas toujours facile à vivre. Charlotte Attry – journaliste depuis bientôt 20 ans – auteure de l’ouvrage Toi et moi, on s’explique – La ménopause, avec Brigitte Carrère et des illustrations de PrincessH –, nous livre quelques pistes pour mieux vivre cette étape de la vie d’une femme.

La ménopause est, certes, naturelle et inéluctable,
mais nous n’y sommes
jamais vraiment préparées.
Pourquoi,
selon vous ?

La ménopause fait partie de ces sujets tabous, de ceux qui mettent mal à l’aise, comme les règles pouvaient l’être voici quelques années. De la même manière, elle appartient à la condition féminine, mais elle a beau toucher toutes les femmes, on en parle peu et on manque d’informations. Quand elle fait son apparition, il est donc fréquent de se sentir surprise, voire démunie, par les bouleversements qu’elle engendre…

Pour quelles raisons, selon vous,
existe-t-il encore un tabou autour de la ménopause ?

La ménopause reste associée à la vieillesse, alors que nos sociétés valorisent la jeunesse. Elle rappelle le temps qui passe et, pour beaucoup, la perte de fertilité va de pair avec une perte de féminité. Évidemment, ça ne plaît pas et, si l’on pouvait la mettre dans un petit coin et l’oublier, ce serait mieux… Sauf que, ne pouvant pas empêcher la ménopause, autant l’accueillir et l’accepter !

En quoi la façon dont les femmes perçoivent
les effets de la ménopause
change-t-elle selon le milieu social ?

Le mot est bien choisi, tout est une question de perception ! Il existe, par exemple, des cultures et des pays dans lesquels une femme ménopausée obtient un meilleur statut social, plus valorisé. En médecine traditionnelle chinoise, on parle, pour décrire cette période, de « second printemps » et de renaissance. Le milieu social et culturel exerce donc clairement une influence. Comme la manière dont les femmes de sa famille l’ont vécue, comme celles de sa profession ou encore celles de son lieu d’habitation. Il est ainsi démontré que la ménopause serait mieux acceptée en milieu rural qu’en milieu urbain. Mais impossible de généraliser avec la ménopause : il s’agit d’un phénomène personnel et il existe autant de styles de ménopauses que de femmes !

Nombreuses sont les femmes qui ressentent ce cap
comme une fin et non
comme un commencement.
Que pourriez-
vous leur dire pour les rassurer ?

D’abord, il n’y a pas de honte à se sentir déstabilisée par cette étape. L’arrêt de la fertilité représente une fin en soi, qui n’est anodine pour personne. Mais, si on élargit les perspectives, il appartient à chacune de dessiner les contours de cette transition. Pourquoi ne pas faire rimer ménopause avec métamorphose ? Dans le bon sens du terme, bien sûr ! Décider d’en faire l’ouverture d’un nouveau chapitre excitant ?!

Puis, on peut aussi y trouver des avantages. Plus de règles, ni de douleurs associées, plus de contraception, ni de craintes de grossesses… On peut s’épanouir dans une sexualité renouvelée, se laisser guider par sa maturité et sa féminité assumées. Mesdames, la ménopause ouvre de nouvelles opportunités. À vous de les saisir !

La ménopause n’est pas qu’un phénomène physiologique,
elle
va bien au-delà. Pourriez-vous nous en dire plus ?

La ménopause signifie la fin des règles et l’arrêt des sécrétions hormonales ovariennes – progestérone et oestrogènes – provoque alors une tempête à la fois sur les plans physique et psychologique. La morphologie évolue, le corps se fragilise, des douleurs et de la fatigue s’installent, la libido peut changer, et l’humeur fait le yo-yo. Émotivité, nervosité, perturbations du sommeil ou de la mémoire peuvent ébranler le quotidien… Enfin, sur le plan social, la ménopause entraîne bien souvent une crise identitaire, d’autant que, vers 50 ans, les événements de la vie personnelle et professionnelle – séparation, reconversion, licenciement, départ des enfants, etc. – font parfois boule de neige. Se sentir mise à l’écart par la société exige, en outre, de s’adapter à un nouveau statut, qu’il faut entièrement redéfinir. Cela demande un remaniement profond.

Existe-t-il vraiment des remèdes naturels efficaces
contre les bouffées
de chaleur ?

Oui ! Certaines plantes les apaisent – passiflore, artichaut, radis noir, valériane, aubépine ou tilleul – et des huiles essentielles les soulagent, comme la menthe poivrée. On propose d’ailleurs dans le livre une recette de cocktail d’huiles essentielles contre les bouffées de chaleur – page 30. Enfin, sont présentées tout un tas d’astuces pratiques et naturelles qui relèvent du bon sens et aident vraiment : éviter la chaleur, les plats épicés, le café, le tabac, préférer des repas légers, protéger sa peau du soleil, se rafraîchir – boire de l’eau fraîche, porter des vêtements en fibres naturelles, poser un pack de congélation sur ses tempes et sa nuque –, méditer, tester des médecines douces comme l’acupuncture.

Que pensez-vous des THS – traitements hormonaux de substitution ?

La ménopause n’est pas une maladie, mais, dans certains cas, les symptômes sont tels qu’un traitement devient indispensable. Ces traitements hormonaux de la ménopause compensent l’arrêt naturel des sécrétions hormonales par un apport extérieur. Il faut donc consulter et évaluer en amont la balance des bénéfices et des risques ; et ce au cas par cas, chaque femme ayant une combinaison de symptômes et de passé médical différente. Seul un spécialiste sera en mesure d’envisager les options.

Quels conseils donneriez-vous à nos lectrices
pour mieux vivre
la ménopause ?

Aucune formule magique n’a été trouvée pour « réussir sa ménopause ». En revanche, on peut accompagner cette étape avec sérénité en s’y préparant. Quand on comprend ce qui se passe dans le corps et dans la tête, on peut mieux répondre à ses nouveaux besoins. S’informer, s’écouter, communiquer, comme trio de base.

Le mot de la fin ?

« Ménopositiver » ! Avec un état d’esprit combatif et positif, on peut installer un cercle vertueux. Ajoutez-y une touche d’humour pour relativiser et, surtout, n’oubliez pas : c’est à la société de changer de regard sur la ménopause, pas à vous de vous conformer à l’image restrictive qu’elle colle aux femmes ménopausées… Restez dynamiques et inspirantes, le reste suivra.