Home / Santé Bien-être Beauté / Le dossier du mois : Nos émotions à fleur de peau, entretien avec Muriel Altmann

Le dossier du mois :
emotions-img12Nos émotions à fleur de peau

Muriel-AltmannParle-moi de ta peau, je te dirai qui tu es… Ethnologue et hypnothérapeute, Muriel Altmann a enquêté auprès de spécialistes et praticiens. Elle a également interviewé des femmes pour éclairer le rapport si personnel que nous entretenons avec notre peau, dresser une typologie de profils psychologiques en fonction de la peau de chacun et montrer comment l’auto-hypnose permet, en toute simplicité, de soigner un certain nombre de problèmes de peau liés au stress ou aux émotions. Elle nous a fait le plaisir de répondre à nos questions…

 

Quelles sont les différentes
fonctions de la peau ?

Je m’intéresse plus particulièrement aux fonctions psycho-affectives de la peau et non pas aux fonctions physiologiques, qui sont, bien entendu, essentielles à la vie.

Cet intérêt est né d’une observation car je travaille depuis plusieurs années sur le rapport au corps. En tant qu’ethnologue, je m’étais aperçue que les personnes qui parlaient de leur peau parlaient implicitement d’elles-mêmes. Je me suis donc demandé, puisque lorsque l’on parle de sa peau, on parle de soi, qu’est-ce que cela dit de soi ?

Il existe, en effet, un lien structurel entre soi et sa peau, comme le reflètent des expressions telles que « être bien ou mal dans sa peau », « ne pas savoir quoi faire de sa peau ».

Notre peau nous permet de nous construire et de nous identifier dans notre individualité, de nous relier à nousmême. C’est notre peau qui nous offre la conscience de soi.

Le psychologue et psychanalyste Didier Anzieu a travaillé sur ce lien entre soi et sa peau. Si la peau est une enveloppe qui recouvre le corps physique dans des fonctions physiologiques, elle est également une enveloppe fantasmatique, dans laquelle se trouve l’appareil psychique. Il a ainsi défini le concept de Moi-peau.

Je parle pour ma part d’enveloppe psycho- affective et j’ai dégagé 3 fonctions psycho-affectives majeures de la peau nécessaires au bien-être et à l’équilibre de chacun.

La protection défensive, qui a une fonction d’armure. Elle protège, contient, structure le « moi ». L’individu fait ainsi face aux difficultés de la vie, familiales, affectives et sociales.

La protection ressourçante, qui a une fonction de cocon. Elle sécurise le « moi ». Le cocon représente alors une zone de confort, qui rassure et aide à panser les blessures, à apaiser les angoisses, à générer une harmonie intérieure.

L’échange et la respiration, qui a une fonction énergétique, consistant à relier à l’énergie et assurer sa circulation. Telle une enveloppe, la peau contient l’énergie physique et psychique ; elle assure les échanges et la bonne circulation de l’énergie. Telle une éponge, elle émet et reçoit l’énergie comme dans un mécanisme de respiration.

Lorsqu’elle est équilibrée, cette dimension apporte de la vitalité, elle ouvre aux autres, éveille à ses sens charnels, sexuels, induit les sensations de fluidité, de légèreté. On dit ainsi qu’une personne est rayonnante.

D’où provient ce lien intime
qui existe entre émotions et peau ?

Notre peau est un organe sensoriel, sensible au stress, à la fatigue, aux émotions. Des expressions comme « à fleur de peau » ou « être horripilé-e, blessé-e, froissé-e » sont révélatrices de ce lien intime entre nos émotions et notre peau. Parcourue de terminaisons nerveuses, la peau réagit à travers sa couleur : elle rougit, elle pâlit. Elle réagit également par la transpiration et la production de sébum. Les émotions, l’affect ont parfois un impact sur certaines manifestations et maladies cutanées, comme par exemple l’eczéma ou le psoriasis. Même si leurs causes sont généralement variées, les facteurs psychosomatiques jouent également un rôle majeur.

Vous évoquez le fait que la peau soit une surface de mémoire.
Qu’entendez-vous par là ?

La peau et le cerveau ont une origine commune. Ils sont issus d’un même feuillet embryologique – l’ectoblaste –, qui se différencie lors de la 3e semaine de la grossesse pour constituer, d’une part, la peau, et, d’autre part, les nerfs et le cerveau.

Le professeur en dermatologie Laurent Misery désigne ainsi la peau et le système nerveux comme des « frères embryologiques et nostalgiques ».

Des neurobiologistes parlent même de la peau comme d’un cerveau étalé.

Le travail que j’ai mené sur les représentations de la peau sous hypnose révèle que cet organe relie à une mémoire foetale. La peau est donc une surface de mémoire qui nous accompagne tout au long de notre vie, depuis l’expérience foetale. Elle mémorise : l’amour reçu, les blessures, les coups, les caresses.

Vous avez mis en avant
7 grands profils psychologiques représentatifs
du rapport symbolique et émotionnel
que la femme entretient avec sa peau.

Effectivement, et cela pour répondre à la question suivante : lorsque l’on parle de sa peau, on parle de soi-même. Que dit-on alors de soi ? J’ai interrogé des personnes et ai dégagé 7 profils psycho-affectifs. Car, suivant par exemple la confiance, l’estime, le sentiment de sécurité ou d’insécurité, la gestion des émotions, le rapport au temps qui passe, on ne percevra pas son enveloppe psycho-affective, son Moi-peau, de la même façon.

Pourriez-vous nous en dire
un peu plus à travers quelques exemples ?

Par exemple, le profil « peau parchemin » correspond à des personnes qui décrivent inconsciemment leur peau comme une feuille sur laquelle s’écrivent les événements de la vie, le temps qui passe, sur laquelle peuvent se lire ce qu’elles éprouvent, leurs émotions.

La peau ici ne les protège pas assez, ne fait pas symboliquement suffisamment barrage avec le monde extérieur pour pouvoir leur apporter un sentiment de consistance et de force intérieure.

Elles ont un manque de confiance en elles, se sentent souvent avec les autres comme transparentes.

Je pense également au profil « peau révélatrice », qui correspond à des personnes présentant des manifestations cutanées, comme par exemple des rougeurs, de l’eczéma, du psoriasis. Il est important de préciser toutefois que toutes les personnes ayant des problèmes cutanés ne sont pas forcément rattachées à ce profil. Ici, la peau ne joue pas assez son rôle de filtre émotionnel à l’égard des « agressions » potentielles extérieures, qu’elle amplifie au contraire par un impact émotionnel visible. C’est une peau qui prend la parole, exprime une colère.

Comment est-il possible de régler
les problèmes psycho-affectifs liés à chaque profil ?

En poursuivant avec ces 2 exemples de profils, l’approche auprès des personnes « peau parchemin » consistera à travailler en hypnose sur le double manque de l’armure protectrice qui contient le Moi, aide à s’affirmer, et celui du cocon protecteur ressourçant qui, telle une bulle, sécurise, fait gagner en confiance. On travaillera aussi sur l’estime de soi et certaines blessures de l’enfance.

Le travail en hypnose pour la « peau révélatrice » consistera à créer une sécurisation intérieure, à renforcer le filtre émotionnel. On abordera également la gestion des émotions, la colère en particulier.

Est-il important de parler de sa peau ?

Cela dépend à qui l’on s’adresse. Car le discours sur la peau peut paraître très banal d’autant que l’on n’a pas de problème cutané. Il s’agit donc de trouver le bon interlocuteur. Je dirais qu’il est important surtout de « parler » à sa peau, et ce de différentes façons. Par exemple, lorsque vous appliquez un produit cosmétique avec une certaine attention, une certaine gestuelle bienveillante, il s’agit d’un dialogue positif avec sa peau et donc avec soi-même. Il peut être intéressant d’être attentif-ve à ces petits gestes, comme par exemple lorsque l’on se savonne, être conscient-e de cette attention à son corps, à sa peau, d’autant qu’il y a des éléments de sensorialité généralement agréables à travers les odeurs, la consistance des produits. Donc il est intéressant de toucher la peau, ce que l’on peut faire également par les mots lors des séances d’hypnose dédiées à la peau.

Quelles sont les affinités
entre l’hypnose et la peau ?

Il existe, en effet, une relation majeure entre l’hypnose et la peau. La peau est un organe émotionnel, sensoriel, nerveux et l’hypnose agit sur l’émotionnel, le sensoriel et le nerveux.

La peau relie à l’inconscient et l’hypnose cherche à relier l’inconscient, considéré comme un allié. Prenons donc la peau comme média pour atteindre ces dimensions. D’autant que l’on peut toucher par les mots, toucher par la voix, qui sont majeurs en hypnose. Ce que reflètent des expressions comme : « Ce que vous dites me touche », « Je suis froissé-e », « Cela me blesse ».

Dans une approche holistique, les mots de l’hypnothérapeute, la musicalité de sa voix, le langage métaphorique et symbolique qu’il emploie ont alors pour objectif de toucher afin, par exemple, d’apaiser, d’envelopper, de contenir le Moi-peau.

Quels bénéfices est-il possible
d’attendre de séances d’hypnose
et d’autohypnose de la peau ?

hypnose2Je précise que, lors de mes consultations, même parmi les personnes qui viennent pour des problèmes cutanés, toutes les séances ne sont pas exclusivement axées sur la peau. D’autres techniques d’hypnose sont nécessaires en complément. Mais ces séances d’hypnose vraiment concentrées sur l’imaginaire et la sensorialité de la peau permettent de travailler sur la gestion des émotions, l’image de soi, la confiance, l’estime. Elles rétablissent l’équilibre entre les 3 fonctions structurantes majeures de la peau dont j’ai parlé plus haut, à savoir la protection défensive, la protection ressourçante, l’échange et la respiration.

Lorsque la personne a un problème cutané, parallèlement à une prise en charge médicale, il conviendra d’agir sur le terrain émotionnel et nerveux, sur le stress qui exacerbe, réveille ou est à l’origine du problème cutané, de travailler sur les racines émotionnelles de la problématique afin d’en améliorer les effets.

Et, chez certaines personnes, il s’agira de diminuer, voire de rompre avec les attitudes et rituels d’auto-agression, comme le triturage, qui crée des cicatrices.

Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs-trices
qui souhaiteraient pratiquer l’autohypnose de la peau ?

D’abord, être bienveillant-e-s avec euxelles- mêmes. Je rencontre régulièrement dans mes consultations des personnes qui ont un regard trop sévère sur elles-mêmes, sur leur peau. Reconnaître la richesse de sa peau, sa subtilité car elle nous relie à nos sens, à la vie, est une étape importante. La peau est un organe majeur, il ne faut pas l’oublier !

Pour entrer en auto-hypnose, je conseille de couper le téléphone, de s’assurer que l’on ne va pas être dérangé-e. Puis, de s’installer confortablement, en fermant les yeux, en respirant profondément, en étant attentif-ve aux sensations de son corps, comme par exemple sa température, les points de contact avec le sol ou le siège, la position de ses mains. De constater ainsi qu’au fur et à mesure que l’on observe cela, ces faits concrets, son corps se détend de plus en plus profondément. Réaliser que lorsque l’on a les yeux fermés, on regarde à l’intérieur de soi-même.

Pourriez-vous nous donner un 1 ou 2 exercices
simples à reproduire à la maison ?

Une fois détendue, on peut s’imaginer alors que l’on dialogue avec sa partie bienveillante et créative qu’en hypnose je nomme inconscient. On peut se représenter cette partie sous la forme d’une lumière intérieure que l’on s’amuse à imaginer, à travers sa forme, sa couleur, son intensité. Est-ce une bougie, une étoile ou autre chose ? Quelque chose qui guide, que l’on suit en éprouvant de la confiance.

On peut également se représenter cette partie créative tel un guide bienveillant avec lequel on va dialoguer. On se demande alors comment est ce guide. Est-ce un personnage totalement imaginaire, comme une fée, un sage, un héros qui nous a marqué-e ? On identifie la façon dont on dialogue avec lui par les mots, les regards, le toucher. On peut, par exemple, y penser avant de se coucher, lui poser une question en laissant à l’inconscient, durant le sommeil, le temps de résoudre ce que l’on souhaite résoudre, élucider.

Une fois détendu-e, j’encourage également à se relier à une sensation que l’on aime : est-ce le soleil sur sa peau qui apaise ? le souffle du vent qui allège ? le contact de l’eau comme une cascade, qui nettoie, purifie ce dont on a envie de se libérer ? Surtout, il faut laisser venir les images, les sensations et faire confiance à son inconscient, qui sait aller chercher en soi toutes les ressources et toutes les forces dont on a besoin à travers cet imaginaire.

Autres articles de l'auteur

Archives
C’est quoi le bonheur pour vous ? Le film de Julien Peron
Loin d'être une utopie, le bonheur est en effet une réalité tangible à la portée de tous.
Actualités
Les 300&bio, l’union de 300 laitiers passionnés
Les 300&bio n’est pas qu’une simple marque de yaourts bio.
Archives
Prenez votre santé en main, 12 conférences prévention-santé du Pr Henri Joyeux
En 2016, le Professeur Henri Joyeux, grand habitué des conférences, en donnait pour la première fois à Paris.
Actualités
Terres d’espérance : Un webdocumentaire sur l’agriculture alternative précautionneuse des sols
Certains agriculteurs audois ont fait le choix de l’agriculture alternative précautionneuse de l’environnement.
Actualités
Saint-Quentin-en-Yvelines, une ville en transition qui passe au compostage
Saint-Quentin-en-Yvelines propose aux habitants de l’agglomération des kits de compostage
Archives
Édition 2019 des Défis du Bois 3.0
Cette année, les Défis du Bois 3.0 auront lieu du 11 au 18 mai 2019, sur le Campus Bois d'Épinal.

À la une sur le même thème

Santé Bien-être Beauté
Plus jamais SANS la méthode Coué
avec Luc Teyssier d'Orfeuil Auteur, coach, formateur, conférencier
Santé Bien-être Beauté
Une année sans… 100 % de mieux-être
L’ère de la beauté futile et irréfléchie est révolue.
Santé Bien-être Beauté
Une année SANS cotons et SANS protections hygiéniques jetables
Au quotidien, nous pouvons faire des petits gestes pour restreindre nos déchets...
Santé Bien-être Beauté
Une année SANS complexe avec le « body positive »
Le « body positive » n’a cessé de faire parler de lui en 2018.
Santé Bien-être Beauté
Une année SANS chute de cheveux
Superaliment issu de la pharmacopée africaine, le moringa
Santé Bien-être Beauté
Une année SANS coloration chimique
avec Simon Assoun

Autres articles

Cosmétique
Crème « SOS pieds en détresse »
Crème pour pieds en détresse
Cosmétique
Ça dégomme ! Roll-on raffermissant anticellulite
Ce roll-on minceur sera un allié 100 % naturel pour vous aider à garder votre peau bien ferme tout en réduisant la cellulite
Enfants
AU-TO -NO-MIE Oui, mais moi, je sers à quoi, alors, en tant que parent ?
C’est vrai, finalement. Nos enfants dépendent de nous
Enfants
L’ esprit Montessori à la maison pour les 0-3 ans
On observe depuis quelques années un intérêt croissant des parents pour les écoles relevant de la pédagogie Montessori
Enfants
Le maracapsule
le rendez-vous de Touchons du Bois
Enfants
La diversification alimentaire
Les experts en nutrition infantile recommandent d’introduire progressivement des menus complets à base de viande/poisson et de légumes

Abonnez-vous à notre newsletter !

Les dernières infos directement dans votre boite mail.

Vos données ne seront jamais revendues.