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avec Didier Le Bail
naturopathe, auteur

Formé à la naturopathie à la Faculté Libre de Médecines Naturelles et d’Ethnomédecine (FLMNE), Didier Le Bail est connu, entre autres choses, pour ses nombreux articles dans le magazine Rebelle-Santé, où il s’occupe de la rubrique Nutrithérapie. Il est l’auteur de 2 ouvrages qui traitent des compléments alimentaires : Les compléments alimentaires à l’épreuve de la science et Les compléments alimentaires qui soignent, publiés éditions Mosaïque-Santé.

Vous parlez, dans votre dernier ouvrage de « complémenthérapie », à savoir l’art de se soigner par les compléments alimentaires. Est-ce, selon vous, la vocation première des compléments alimentaires ?

Il existe 3 grandes catégories de compléments alimentaires, à savoir minceur, beauté – peau, cheveux, ongles… – et bien-être/santé – tonus, stress, sommeil, digestion, articulations… En tant que naturopathe, je suis bien entendu amené à préconiser des produits appartenant à la catégorie bien-être/santé. Leur finalité n’est pas de guérir une maladie, mais de contribuer à un meilleur fonctionnement de l’organisme. Pour prendre un exemple, les enzymes sont indispensables au bon fonctionnement de l’organisme. Or, un déficit en magnésium ou en zinc peut être à l’origine d’une diminution de l’activité de très nombreuses enzymes, ce qui se traduit immanquablement par une dégradation du terrain biologique. D’où l’intérêt d’une supplémentation à dose efficace quand se manifestent des signes de déficience en l’un ou l’autre de ces éléments.

Dans votre ouvrage, vous mettez les compléments alimentaires à l’épreuve de la science. Pourquoi avoir choisi un tel angle d’attaque ? Que souhaitiez-vous montrer ?

Les compléments alimentaires sont régulièrement discrédités dans les médias grand public. On les qualifie de « poudre de perlimpinpin », une poudre totalement inefficace qui deviendrait néanmoins dangereuse quand on l’ingère à forte dose ! Les pourfendeurs des compléments alimentaires bien-être/santé témoignent surtout de leur méconnaissance de l’évolution du marché, notamment marqué par l’émergence des nutraceutiques, catégorie intermédiaire entre compléments alimentaires et médicaments. Les nutraceutiques de qualité premium sont formulés à partir d’ingrédients actifs brevetés et testés cliniquement. Le consommateur a ainsi la garantie que le produit qu’il achète est le même que celui qui a été utilisé avec succès dans le cadre d’études cliniques.

D’après-vous, devons-nous uniquement nous tourner vers des compléments alimentaires dont l’efficacité a été prouvée scientifiquement ? Si oui, pourquoi ?

À côté des nutraceutiques de qualité premium – qui sont loin de couvrir l’ensemble des besoins – se développent de plus en plus de compléments alimentaires innovants fabriqués par des laboratoires visant l’excellence nutraceutique. Sauf que ces labos ne disposent pas de l’assise financière nécessaire pour sponsoriser des études cliniques. Dans ce cas, seule l’expérience de terrain permet de valider l’efficacité de leurs produits. Au final, l’important, pour la personne soignée, est que ça marche, que le produit ait été testé ou non cliniquement. Dans la jungle des compléments alimentaires, le naturopathe est là pour orienter ses clients vers les laboratoires qui travaillent bien, proposant des produits à base d’actifs hautement assimilables et dépourvus d’additifs potentiellement nocifs.

Compte tenu des enjeux financiers, la science a-t-elle réellement un intérêt à valider l’efficacité de certains compléments au détriment de médicaments ?

La réponse est dans la question ! Cela me fait penser à une histoire hallucinante, celle de Marie, une Canadienne hospitalisée à maintes reprises durant de longues années pour des problèmes d’ordre psychiatrique. Elle a avalé quantité de psychotropes sans résultat probant, jusqu’au jour où elle a décidé d’entreprendre une longue cure de multivitamines, sentant confusément que son cerveau avait besoin d’être « nourri » de bons micronutriments. La cure a produit ses effets au-delà de toute espérance puisqu’elle n’a plus jamais eu besoin de reprendre de psychotropes et encore moins d’être hospitalisée. Financièrement parlant, les séjours de Marie à l’hôpital ont coûté en moyenne 50 000 € par an – avec un pic à 120 000 € pour une année donnée ! Un coût pour la collectivité réduit à néant à partir du moment où Marie s’est supplémentée en multivitamines en dépit de la dépense que cela représentait pour elle – environ 600 € par an !

Pourriez-vous nous donner quelques exemples de cas où le complément est plus intéressant que le médicament ?

Pour trucider une mouche qui ne cesse de vous importuner, vaut-il mieux se servir d’une tapette ou d’un bazooka ? Autant la médecine conventionnelle dispose-t-elle d’armes thérapeutiques puissantes pour traiter les patients atteints de « vraies » maladies, autant est-elle relativement démunie face à la multitude de patients se situant en « zone grise », c’est-à-dire ni vraiment en bonne santé, ni vraiment malades, mais juste atteints de troubles fonctionnels divers et variés : « Docteur, je suis fatigué-e/ je dors mal/je digère mal/je suis constipé-e/j’ai mal aux articulations/je fais rhume sur rhume », et ainsi de suite.

Prenons un exemple : en cas de petits problèmes d’anxiété et/ou de sommeil, ne vaut-il pas mieux essayer en première intention une solution naturelle – par exemple, un nutraceutique de qualité premium à base d’extrait de mélisse – plutôt que de se précipiter sur des benzodiazépines, à l’efficacité certaine mais dont on risque très vite de devenir dépendant ? Dans un monde idéal, on aurait déjà assisté à un large développement de la médecine fonctionnelle, la plus à même de prévenir et de s’occuper de tous ces troubles fonctionnels qui peuvent parfois grandement altérer la qualité de vie. Sauf que cela impliquerait un changement de paradigme, en clair, le passage d’une médecine non plus centrée sur la maladie mais sur le malade ou celui qui est en passe de le devenir s’il ne revoit pas rapidement son mode de vie. Inutile de dire que l’on n’en prend pas le chemin, surtout dans notre beau pays. D’où l’essor incroyable de la naturopathie ces dernières années.

Que pensez-vous de l’effet cocktail des compléments ? Peuvent-ils interagir les uns avec les autres ?

Dans le cas des compléments multivitaminés composés d’un « cocktail » de 20 à 30 ingrédients, voire plus – vitamines, minéraux et autres micronutriments –, c’est justement cette finalité-là que l’on recherche, notamment pour améliorer la santé neuropsychique, comme déjà évoqué à travers le cas de Marie qui, bien qu’exceptionnel, n’a rien d’isolé. Quand on consulte la littérature scientifique, on découvre ainsi que pas moins de 5 études ont montré une diminution de 26 à 47 % de la fréquence des conduites violentes en milieu scolaire ou carcéral chez des adolescents simplement supplémentés en multivitamines !

Petite mise en garde à propos des multivitamines : en l’absence de déficit en fer clairement établi, mieux vaut éviter les compléments multivitaminés apportant du fer car un excès de ce minéral contribue à accentuer le stress oxydatif.

Vers qui, selon-vous, faut-il se tourner pour avoir la bonne prescription au bon dosage ?

En cas de détérioration de son état de santé, d’abord consulter afin que le médecin évalue la situation et prescrive, le cas échéant, des examens complémentaires. Pour ce qui est du conseil avisé en matière de complémentation, ce n’est pas évident, il faut avoir la chance de tomber sur un professionnel de santé compétent ou, à défaut, suivre à la lettre les « protocoles » figurant dans un ouvrage de référence.

Quelle complémentation recommandez-vous pour prendre soin de ses artères ?

Pour rester dans ma logique du recours aux nutraceutiques quand cela est possible, je préconise l’emploi d’un ail vieilli appelé Kyolic dans le cadre de la prévention de l’athérosclérose. Vous avez d’autant plus intérêt à employer ce type de produit si votre tension artérielle est un peu trop élevée. Les études indiquent que le dosage efficace est de l’ordre de 1 000 à 1 200 mg par jour.

Quelle complémentation recommandezvous en cas d’eczéma ?

L’eczéma est un problème épineux car divers facteurs peuvent être en cause. Un bilan naturopathique est conseillé. Pour ce qui est de la complémentation, on gagnera à associer un anti-inflammatoire et un draineur cutané, comme par exemple les bourgeons de cassis et les jeunes pousses de cèdre du Liban en gemmothérapie.

Quelle complémentation recommandez-vous en cas d’hypothyroïdie d’origine autoimmune ?

Les 2 nutriments-clés sont le sélénium et la vitamine D. Pour réellement bénéficier des effets du sélénium, les études montrent qu’il faut se supplémenter à dose supra-nutritionnelle pendant 6 mois à 1 an. Quant à la vitamine D, il faut en prendre suffisamment pour maintenir le taux sanguin au-dessus de 40 mg/ml tout au long de l’année. N’hésitez pas à consulter un thérapeute compétent en matière de nutrithérapie.

Cet ouvrage balaie un large spectre de troubles de santé, indiquant, pour chacun d’entre eux, les cures à entreprendre à l’aide de produits soigneusement sélectionnés par un spécialiste des compléments alimentaires.

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