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L’autonomie énergétique

par Dimitri Duraj

 

Il se dit beaucoup de choses sur l’autonomie énergétique. Certaines sont vraies, d’autres bien moins ! Mais, qu’est-ce que l’autonomie énergétique et quelles sont les solutions à envisager pour y parvenir ?

L’autonomie, c’est le fait de ne dépendre de personne. En énergie, on est autonome quand toute l’énergie nécessaire au fonctionnement de la maison est assurée sans apport d’une énergie fabriquée par un tiers. Une alternative existe, l’autoconsommation. Elle permet de réduire sa dépendance, mais pas d’être autonome.

Le besoin énergétique d’un foyer se répartit en 3 groupes.

Le chauffage, qui, jusqu’à l’arrivée de nos maisons BBC et RT2012, représentait environ 70 % des besoins, est d’environ 25 % dans les constructions récentes.

L’eau chaude sanitaire, qui ne varie pas en quantité mais occupe une part de plus en plus importante aujourd’hui, de l’ordre de 45 % de la consommation.

Et ce qu’on appelle les besoins auxiliaires, c’est-à-dire les équipements du quotidien, essentiellement l’électricité. Prenons ces groupes un par un.

Le chauffage, d’abord. Plus des 2/3 des maisons construites depuis le début des années 80 sont chauffées électriquement grâce à des campagnes de communication massives du fournisseur d’énergie historique en France, à cette époque associé aux fabricants de matériel de chauffage, pour qui cette situation était une aubaine. Or, l’électricité est l’énergie la plus complexe à produire. Pour que 1 kWh d’énergie passe par votre prise, presque 4 sont nécessaires à la centrale nucléaire pour le générer et l’acheminer. Eh oui ! On vous parle d’appareils à haut rendement, mais une centrale nucléaire n’en a que 25 %.

Alors, c’est bien beau de critiquer cette méthode, me direz-vous, mais quelles solutions a-t-on ? En premier lieu, on isole sa maison. L’énergie la moins chère et la plus écologique est celle que l’on ne consomme pas ! Ensuite, on cherche une énergie que l’on peut produire seul et qui, de préférence, n’impacte pas l’environnement.

Il en existe 3 : le soleil, le vent et l’eau, ou plutôt la force motrice de l’eau quand elle est utilisée correctement. Pour le chauffage, le soleil est l’énergie la plus adaptée. 3 systèmes sont possibles. Le solaire à air (voir l’écolomag n°57 – janvier/février 2017, p. 8), qui a l’avantage d’être peu onéreux à l’installation : environ 2 500 € TTC avec la pose pour une maison de 100 à 130 m2, mais qui ne chauffera pas la nuit ou quand le ciel sera très couvert.

Le solaire hydraulique (voir l’écolomag n°56 – novembre/ décembre 2016, p .13), dont le principe est de chauffer un fluide qui transmet l’énergie vers un stockage généralement hydraulique, mais pouvant être aussi une dalle par l’intermédiaire du plancher chauffant. Son coût de mise en oeuvre est plus important, mais il permet de chauffer également la nuit grâce à l’accumulation de la journée. Il présente cependant 2 inconvénients : il demande de l’électricité pour fonctionner et un appoint pour les longues périodes où l’apport d’énergie est faible.

Le solaire photovoltaïque, qui n’est pas inenvisageable, mais est mal adapté au chauffage car il faudrait une grosse quantité de capteurs pour couvrir les besoins : l’installation serait trop encombrante et, surtout, très onéreuse. Pour arriver à l’autonomie complète grâce au solaire, il faut cumuler les 2 premiers, voire les 3 systèmes.

Voici un exemple d’installation pour une habitation de 120 m2, c’est-à-dire la moyenne en France. On peut poser un capteur à air, qui se charge de chauffer intégralement l’habitation en intersaison et apporte les premiers degrés, les plus durs et les plus coûteux au plus froid de l’hiver. Par exemple, un relevé a été fait au mois de décembre 2016 par un utilisateur auvergnat. Pour une température extérieure de – 7 °C et un ciel dégagé à 80 %, le capteur insufflait de l’air à 45 °C, à un débit d’air de 120 m3/h, ce qui chauffait la maison sans aucun autre moyen de chauffage.

Des capteurs solaires hydrauliques raccordés à un ballon tampon, qui accumule la chaleur pendant la journée, peuvent prendre le relais du capteur à air quand le soleil se couche afin de fournir le chauffage nocturne. Un champ de capteurs photovoltaïques raccordé sur batteries (site isolé) peut assurer le fonctionnement de la régulation et de l’appoint s’il est électrique. Un appoint avec un appareil à bois – poêle ou chaudière – est envisageable si l’utilisateur produit son bois de chauffage seul. Ces systèmes peuvent être prévus autant en rénovation que sur un projet de construction neuve.

Pour l’eau chaude sanitaire, le choix est plus restreint que pour le chauffage. Le solaire hydraulique est la solution la plus cohérente pour être autonome. Dans le cas de notre maison précitée, un des capteurs solaires peut être agrémenté d’un ballon dédié à la production d’eau chaude. Il sera soutenu par le même système que le chauffage si l’apport d’énergie est faible.

Les besoins auxiliaires seront assurés par un champ de capteurs photovoltaïques reliés à une ou plusieurs batteries, une microéolienne pouvant être associée au système pour maintenir l’approvisionnement la nuit et quand le soleil n’est pas assez présent.

La maison autonome n’est pas une utopie. Nous sommes aujourd’hui capables de créer assez d’énergie pour le bon fonctionnement d’une habitation sans aide de fournisseurs d’énergie, qui tentent depuis des décennies de nous convaincre du contraire ou de nous faire croire que nous raccorder à leur réseau est obligatoire. Je citerai l’exemple d’une installation faite chez une dame de 87 ans en Côte d’Or, qui n’est plus raccordée au réseau depuis 40 ans suite à un différend avec le maire de son village, et qui utilisait un groupe électrogène pour ses besoins. Depuis le mois de janvier, elle est complètement autonome grâce à des capteurs photovoltaïques et n’a plus besoin de son groupe. L’économie de 140 € d’essence par mois lui permet de financer son installation. En cette période où la question de la production d’électricité nucléaire est dans tous les débats, c’est le consommateur qui changera la donne en arrêtant simplement de l’utiliser. Les matériels sont aujourd’hui plus performants, ils se recyclent plus facilement et leur prix baisse. C’est le moment de penser réellement à la transition énergétique.

Dimitri Duraj
www.energie-logique.fr

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