Home / Santé Bien-être Beauté / Santé / Comment passer d’une hypersensibilité souffrante à une sensibilité épanouie ?

Si l’hypersensibilité est une chance dans bien des domaines, elle peut générer de grandes incompréhensions et souffrances. Pour essayer de transformer cette souffrance en épanouissement, Carol Pirotte et Nicolas Souchal, auteurs de l’ouvrage C’est trop fort !, aux éditions Leduc, nous livrent leur expertise et quelques clés de transformation.

avec Carol Pirotte et Nicolas Souchal

Existe-t-il un test pour diagnostiquer l’hypersensibilité ?

Non, il n’existe pas de test officiel reconnu. Toutefois, on peut identifier l’hypersensibilité à travers les différentes composantes ou tendances qui la caractérisent. Parmi elles, on peut retrouver l’hypervigilance – être toujours sur ses gardes, sursauter facilement –, le déclenchement d’une hyperactivation corporelle – augmentation de la fréquence cardiaque et respiratoire, agitation, tensions, contractions musculaires – face à des circonstances pouvant être considérées comme « neutres » par un regard extérieur, une sensibilité aiguë à la lumière, au son, au contact de certaines matières et d’odeurs, l’hyperémotivité ou les montagnes russes émotionnelles, l’hyperempathie ou la capacité à ressentir les émotions des autres comme si c’était les siennes, avec notamment l’incapacité de faire la distinction entre ce qui appartient à chacun, etc.

Et il se trouve que ces spécificités sont aussi des caractéristiques reconnues de l’impact du traumatisme. C’est en faisant ce rapprochement que nous avons commencé nos recherches sur les liens possibles entre hypersensibilité et traumatisme.

L’hypersensibilité est-elle innée ou acquise ?

C’est ce que nous tentons de mettre en évidence dans la première partie de notre livre. Il n’y a pas de consensus sur la question dans la communauté des chercheurs sur l’hypersensibilité, les avis divergent. Certains, notamment outre-Atlantique, à l’instar du docteur Elaine N. Aron et de son époux, ont suivi la piste de l’hérédité comme origine principale de l’hypersensibilité. Chez nous, on entend plus parler de « trait de caractère ».

Dans les deux cas, l’hypersensibilité est présentée comme intimement liée à la nature de la personne. Nous ne sommes pas de cet avis. Notre hypothèse est que ce que nous appelons hypersensibilité, c’està- dire un ensemble de caractéristiques psychiques et physiologiques, est la conséquence de traumatismes, éventuellement lointains, dans l’histoire de la personne.

Quelles sont les souffrances engendrées par l’hypersensibilité ?

Il est courant de lire, en plus des caractéristiques que nous avons citées pour identifier l’hypersensibilité, toutes les qualités géniales de la personne hypersensible : la spontanéité, l’enthousiasme, l’ouverture à la spiritualité, l’amour de la nature, le besoin de justice et d’équité… Et c’est vrai que la personne à la sensibilité élevée a pu développer des spécificités très positives. Mais, pour bon nombre d’entre elles, il n’est pas rare de souffrir de cette sensibilité hors norme. Par exemple, si la personne est très perméable à l’environnement et aux ambiances, que sa vie émotionnelle la submerge ou qu’elle se sent différente, anormale et dysfonctionnelle, il peut lui être difficile de vivre dans le monde.

Du fait de sa sensibilité aux comportements des autres et à sa manière d’interagir avec eux, les relations avec autrui peuvent être difficiles, particulièrement en groupe. La relation à soi, également, n’est pas toujours évidente, du fait d’angoisses, d’émotions très intenses, d’un mental surproductif ou au contraire déconnecté, d’une grande exigence avec soi-même, de fatigue ou de surexcitation, de symptômes physiques…

Mais, attention ! Ce ne sont pas des souffrances « engendrées » par la sensibilité élevée. L’hypersensibilité est le nom que l’on donne pour identifier cet ensemble de caractéristiques des personnes qui vivent ces souffrances.

Ce que nous pourrions dire, par contre, c’est que ce sont des souffrances engendrées par les effets du traumatisme. Et en particulier du fait des stratégies que nous avons mises en place pour y faire face.

Vous parlez, dans votre ouvrage, de traumatismes transgénérationnels comme pouvant être à l’origine de l’hypersensibilité. Pourriez-vous nous en parler ?

On associe en général au traumatisme un événement – un accident, une violence subie ou un drame. Et, effectivement, un événement traumatique porte en lui le potentiel de traumatisme et peut être, dans notre vie, à l’origine du phénomène traumatique. Mais nous avons identifié plusieurs autres types de traumatismes :

Les traumatismes de développement, tout d’abord, ces grands oubliés, qui consistent non pas en quelque chose que nous aurions vécu, mais plutôt quelque chose que nous n’aurions pas vécu, et en particulier la sécurité. Le fait de ne pas avoir reçu suffisamment de réassurance et d’amour dans nos premiers jours, mois et années de vie peut laisser des séquelles importantes et donner lieu à nombre de symptômes que nous reconnaissons dans l’hypersensibilité.

Les traumatismes transgénérationnels, c’est-à-dire la trace des traumatismes non résolus dans notre lignée. Un arrière-grand- père mort à la guerre, une grand-mère abandonnée à la naissance ou des violences subies par un aïeul, même éloigné, peuvent nous affecter aujourd’hui. « Ce qui ne vient pas à la conscience, ce que nous évitons de reconnaître en nous-mêmes, revient sous forme de destin », nous rappelle Carl Gustav Jung, le fameux psychanalyste, père de la notion d’inconscient collectif.

Nous héritons de ce qui n’a pas été transformé au cours des générations précédentes et tente de l’être à travers nous. Et nous pouvons être la « cible » particulière de mémoires douloureuses véhiculées par un membre de notre famille, sous forme d’une loyauté ou de symptômes physiques.

Nous croyons, quant à nous, que, si nous héritons de ces mémoires, c’est sans doute parce que nous sommes capables de les transformer, ce qui est une très bonne nouvelle.

Les traumatismes collectifs. Nous évoquions à l’instant la notion d’inconscient collectif. Nous appartenons à la grande communauté des humains et nous partageons des mémoires collectives avec nos frères et soeurs. Et notamment des mémoires traumatiques, celles de guerres, de famines… d’épidémies ! Mais aussi des mémoires collectives plus spécifiques, liées à notre histoire en tant qu’individu appartenant à tel peuple, telle région, du fait de notre couleur de peau, de notre appartenance religieuse, etc. Chaque trait qui nous caractérise véhicule aussi son histoire collective et son lot de traumatismes, qui nous affectent.

Enfin, ce que nous appelons le traumatisme primordial, lié à notre incarnation. C’est-à-dire le fait d’exister, dans un corps, limité dans l’espace et dans le temps. La séparation primordiale – d’avec notre mère, déjà –, que nous avons tous vécue, qui nous confronte à la douleur et l’angoisse existentielles.

Ces différentes formes de traumatismes, nous le comprenons bien, nous affectent tous, de près ou de loin. Ainsi, nous sommes tous traumatisés, à différentes échelles.

Ce peut être un constat terrible et pessimiste, mais cette phase quelque peu dépressive vécue lorsque l’on se confronte à cette réalité sans appel – puisque liée à notre simple condition humaine – laisse vite place à l’espérance. En effet, si telle est notre condition, c’est probablement que cela a un sens. Et cela peut être le point de départ d’une quête – intérieure – vers une libération de ces charges traumatiques.

Mais, surtout, il faut savoir que le traumatisme n’est pas l’événement traumatique du passé, mais un processus qui se produit, ici et maintenant, en nous, lorsque nous sommes submergés. Et s’il se déroule en ce moment même, au sein de notre corps, nous pouvons le transformer ! Voilà l’excellente nouvelle qui vient avec cette découverte du traumatisme comme origine de l’hypersensibilité. Comme cela se produit maintenant, alors cela peut évoluer différemment à partir de… maintenant ! Si nous nous en donnons les moyens.

 

Quelles sont les autres origines possibles de l’hypersensibilité ?

Si nous réfléchissons à l’hypersensibilité – dans ses aspects douloureux – comme à une sorte d’« inflammation de la sensibilité », nous pouvons envisager que tout ce qui a pu blesser cette sensibilité – notre innocence, notre foi dans la vie et notre sentir –, sur un plan physique, émotionnel, mental ou spirituel, peut être à l’origine de cette « hyperitude ».

Quels liens existent entre hypersensibilité et culpabilité ?

Voilà une question délicate, et essentielle. Nous y consacrons tout un passage de notre livre.

La culpabilité est au centre de notre expérience humaine et nous concerne tous. En résumé, nous nous sentons coupable car nous croyons que nous avons fait quelque chose de mal, et, même, que nous sommes porteur nous-même d’un mal. Cette croyance est si profondément ancrée en nous qu’elle est concomitante à notre perception même de nousmême. Ce n’est pas pour rien qu’elle est l’objet d’un passage si déterminant de la Genèse dans la Bible : la tentation du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Que sont le bien et le mal ? Une façon de parler de la dualité fondamentale. Qu’est-ce que la dualité fondamentale ? L’expérience que nous vivons en nous incarnant.

Qu’est-ce qui est hypersensible en nous ? C’est notre corps, notre corps sensible. Quand avons-nous été le plus sensible ? Tout bébé. Et même avant : en nous incarnant.

Nous retrouvons là le lien avec le traumatisme primordial, lié à notre « arrivée » dans un corps ou notre « apparition » du néant (ou de la « source », selon !). Nous avons vécu là notre première expérience en tant que « nous », ce fut l’expérience paroxystique par excellence ! Totalement fulgurante et inconcevable. Et il concerne directement notre sensibilité, car il a été, précisément, l’événement le plus HYPER-sensible qui soit. Or, il est constitutif de ce que nous appelons « moi ».

Ainsi, chaque fois que nous sommes hypersensible à quelque chose et que nous avons mal, cela nous rappelle cette douleur originelle, qui est associée à « moi ». Et ce « moi » est ce qui porte ce mal. C’est sans doute pour cela que la culpabilité que nous ressentons est si profonde et si profondément reliée à l’hypersensibilité.

Ceci étant dit, nous vous invitons à cheminer sur la voie de la douceur, sur la voie du coeur, sur la voie de l’innocence. Car, bonne nouvelle encore : encore plus profondément que la culpabilité se trouve notre innocence.

Oui, nous croyons que nous sommes totalement et fondamentalement innocents. Depuis toujours, et à jamais. Que nous n’avons jamais cherché à faire de mal à qui que ce soit. Jamais. Que nous n’avons rien fait de mal en fait. À aucun moment.

 

Est-il possible de passer d’une hypersensibilité douloureuse à une sensibilité épanouie ?

C’est effectivement ce que nous croyons et ce que nous observons en nous et chez les personnes que nous accompagnons. Dans notre livre, dont vous avez cité ici le sous-titre, nous proposons nombre d’exercices et de pratiques pour aider les personnes hypersensibles, mais aussi celles qui ne se reconnaissent pas dans cette dénomination, à gérer leur sensibilité et à réguler leur système nerveux. Que ce soit dans les situations d’hypéritude – hyperréactivité, hyperémotivité, hyperempathie, etc. –, dans les situations de coupure – sidération, atonie, figement, insensibilité, téléportation-engalaxie- 271… – ou en « temps normal », il existe des pratiques pour nous ressourcer. Face au traumatisme, il est nécessaire de faire appel à une approche ressource, afin d’intégrer et de transformer les charges traumatiques en potentiel de création. C’est en faisant appel à des ressources en soi, et autour de soi, dans nos relations aux autres, à la nature et à ce qui nous dépasse que nous pouvons accomplir ce miracle. Ainsi, ce qui était « trop fort », douloureux, hypersensible, souffrant devient simplement sensible, joyeux, appréciable et délicieusement apprécié, épanoui !

Et ça, C’EST TROP FORT !

 

Pourriez-vous donner à nos lectrices et lecteurs quelques conseils et exercices pratiques pour réussir cette transition ?

Oui, avec joie. La première chose peut être de commencer par respirer, en conscience. Car c’est toujours accessible. Où que vous soyez, vous qui êtes en train de lire ces lignes, prenez conscience de votre souffle, ici et maintenant. Ouvrez la bouche et laissez entrer l’air et sortir un soupir. Voilà. Laissez-vous respirer tranquillement maintenant. Vous pouvez bâiller, vous étirer. Maintenant, détournez votre regard de ces mots quelques instants et regardez autour de vous… Encore un peu… Regardez ce qui vous entoure, les couleurs, les formes. Tiens, un petit jeu : essayez de trouver 10 choses de couleur rouge autour de vous.

Il y a plein de petits « trucs », de pratiques qui nous donnent le moyen de revenir dans le présent, dans notre corps, c’està- dire l’espace vivant, sensible et résilient qui nous permet de nous réguler. Vous en connaissez sans doute. Nous vous en proposons en quantité dans le livre et au cours de nos formations en ligne.

Nous regroupons ces exercices pratiques selon 4 axes, les axes de l’approche ressource que nous proposons : la relation à soi, la relation à l’autre, la relation aux autres et à l’environnement et la relation à la source.

Par exemple, listez toutes les personnes ressources qui peuvent vous soutenir lors de moments difficiles.

Une autre pratique qui peut être très efficace pour sortir de l’impasse de la surréaction face à l’autre, dans le couple notamment, est l’exercice consistant à s’offrir l’un l’autre 10 minutes sans être interrompu. C’est juste magique ! Et si simple. Nous présentons cet exercice et une trentaine d’autres dans C’est trop fort ! : des méditations, des moments de ressourcement, seul avec soi, des pratiques à deux ou en lien avec l’espace autour de nous, etc., et nous vous invitons à faire des enregistrements à vous passer pour pratiquer directement en live.

Ce chemin, d’une hypersensibilité souffrante à une sensibilité épanouie, est une aventure, un périple, que l’on s’offre à soimême dans notre odyssée à travers la vie. C’est une métamorphose que l’on vit en soi, pour soi et en lien avec toute chose et avec chaque être. Cette transformation ne se fait pas toute seule. Elle demande de l’engagement, du courage et de la persévérance. Et elle en vaut vraiment la peine. D’autant que nous sommes soutenu, tout au long du chemin, par nombre de ressources que la vie place ici et là, à portée de notre main et de notre coeur. Si nous voulons que « ça » change, il nous faut nous pencher et les cueillir… puis humer le parfum de liberté qui s’en échappe. Nous voilà libre ! Merci pour votre attention… et bon chemin.

 

Pour aller plus loin

C’est trop fort ! D’une hypersensibilité souffrante à une sensibilité épanouie

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