Les sorcières sont de retour… Et ce qu’elles ont à nous apprendre peut changer nos vies ! Féministes avant l’heure, les sorcières ont toujours été porteuses d’un savoir riche et multiple qui dérangeait et bousculait l’ordre établi. Symbole subversif, elles nous ont laissé en héritage leurs savoirs et leurs pouvoirs, nous léguant ainsi d’incroyables champs d’exploration du féminin, du bien-être et de développement personnel. Nous avons posé quelques questions à Odile Chabrillac, naturopathe, qui vient de sortir un livre consacré à la magie du féminin.
On vous attendait sur beaucoup de sujets, mais pas du tout sur celui-là ! Qu’est-ce qui vous a conduite à écrire cet ouvrage ? Comment se sont passées vos retrouvailles avec votre « âme de la sorcière » ?
On ne maîtrise manifestement pas l’image que les autres ont de nous ! Car, de mon côté, je perçois une véritable continuité dans mon parcours. Les soins par les plantes, la naturopathie, le lien avec la nature, l’écologie, le travail sur les énergies, sur l’intuition, la spiritualité, mais aussi la réflexion sur le féminin, la sexualité et la subversion font partie de ma vie depuis… à peu près toujours ! De manière peut-être plus ou moins publique, il est vrai, encore que… j’ai écrit sur le chamanisme pour Psychologies Magazine il y a déjà longtemps. Mais il est vrai que je n’ai pas grand-chose de « gothique » dans mon apparence et peut-être est-ce cela qui a été trompeur. En tout cas, c’est un archétype auquel je me réfère avec mes proches depuis longtemps. Et c’est en rentrant du chemin de Saint-Jacques de Compostelle que j’ai eu le désir d’ouvrir une « école de sorcières », et de me plonger franchement dans le sujet. Mon éditrice n’était pas convaincue au début, mais elle m’a finalement suivie et m’a alors franchement aidée à donner au livre sa véritable dimension féminine et sacrée.
Nous avons souvent une image très cliché de ce qu’est une sorcière. Quelle serait votre définition ?
Je pense qu’une sorcière est une femme de Pouvoirs. Pas de pouvoir dans le sens de prendre le pouvoir sur les autres, non. Une femme qui travaille sur ses propres pouvoirs et apprend à leur donner la direction de ses désirs et de ses choix. Ensuite, selon mon point de vue, le terme peut s’appliquer à tous ceux et toutes celles qui osent dire non et suivre le chemin de leur ressenti, et non le chemin imposé par les autres.
Quel héritage les sorcières nous ont-elles laissé ?
Cet héritage est considérable. Pour moi, les sorcières nous invitent à 4 reconnexions essentielles : se reconnecter à notre corps, se reconnecter à la nature, se reconnecter à notre communauté et se reconnecter à notre spiritualité intérieure. C’est du travail, non ? Pour y parvenir, il existe de très nombreux chemins, rituels, espaces de travail. Il ne s’agit alors que d’une question de forme. Mais, pour le fond, ce sont ces 4 piliers qui, d’après moi, nous en donnent la direction.
Selon vous, les sorcières existent encore et sont aujourd’hui en de nombreuses femmes. Sous quelle(s) forme(s) et quels sont les valeurs et messages qu’elles véhiculent ?
Oui, je connais beaucoup de femmes qui se nomment – à juste titre, je pense – sorcières, sourcières, femmes médecine. Elles organisent des cercles de femmes, ou des cercles de rencontres – la magie ne s’arrêtant pas au féminin –, des rituels, elles pratiquent des thérapies alternatives, proposent un travail sur les énergies. Mais l’enjeu, pour toutes, est de redonner à chacun-e son propre pouvoir, ce « pouvoir du dedans » qui nous est cher. Leur message est un message de liberté, de lien avec la nature, et fondamentalement de joie.
Comment peuvent-elles améliorer notre bien-être ?
Reprendre son pouvoir sur la vie, les choses, nous rend très heureux-se, nous enracine. S’éloigner d’un monde avide, basé sur la surconsommation et l’individualisme aussi. N’oublions pas qu’elles sont souvent des guérisseuses en lien avec la nature : il y a quelque chose de l’ordre de la douceur, de l’apaisement et, finalement, osons le dire, de l’amour dans tout ça.
En quoi sont-elles une source d’inspiration ?
Ces femmes ont été les victimes de la mise en place d’un nouvel ordre à la fin du Moyen Âge, dont les valeurs étaient patriarcales, matérialistes et capitalistes. Je crois qu’aujourd’hui nous assistons aux prémices de la chute de ce monde : il est alors possible de s’inspirer d’elles afin d’apprendre à vivre autrement, de manière plus écologique, autonome et coopérative. Reprendre le chemin des bois, cultiver notre jardin, chanter, danser et honorer la vie.
Pourquoi pensez-vous qu’il est urgent de remettre du sacré, de la liberté et de la magie au cœur du féminin ? Avons-nous tant perdu ?
Selon moi, lors des mouvements féministes, les femmes voulaient devenir des hommes comme les autres. Maintenant, nous voulons être des femmes comme les autres. Nous n’avons plus besoin de nous battre avec les valeurs masculines ; il s’agit de se faire reconnaître en tant que femmes. Ni mieux, ni moins bien. Ensemble, c’est tout… Il me semble clair qu’en cours de route, nous avons perdu certaines valeurs qui nous constituent aussi : l’intuition, l’empathie, la rébellion. J’aime beaucoup le mot empowerment, dont il existe peu de traductions françaises satisfaisantes, mais qui s’approche de l’idée de s’approprier ou de renforcer du pouvoir. La magie est un empowerment.
Vous abordez le thème de la sexualité en affirmant que cette dernière a besoin de retrouver un peu d’humanité. Qu’entendez-vous par là ?
Une sexualité satisfaisante implique la nécessité de l’existence de deux êtres autonomes, adultes, libres. Elle est incompatible avec la dépendance affective… Mais elle est également incompatible avec la société de consommation qui veut que l’on consomme du sexe comme des boîtes de chocolats. L’épanouissement sexuel nécessite d’avoir une conscience de son corps, de l’amour-propre et du temps. La sexualité est une culture, et non une décharge sans conscience. Elle peut être un chemin de connaissance – de soi et de l’autre –, de joie, voire même d’ouverture spirituelle. Si on l’investit.
Pour écrire un tel livre, ne seriez-vous pas un peu – beaucoup – sorcière ?
J’ai coutume de dire que, si je ne sais pas si je suis une sorcière, je sais qu’il y a de la sorcière en moi. Et, oui, je travaille sur mon pouvoir intérieur. Toutes les valeurs des sorcières sont les miennes. J’aime ce qui est subversif, hors de l’ordre établi. Et je hais l’abus de pouvoir, sous toutes ses formes.
Quels conseils donneriez-vous à nos lectrices qui souhaiteraient (re)mettre un peu de magie dans leur vie ?
Il n’y a pas de moment ordinaire. Il n’y a pas de personne ordinaire. La vie est magique par essence, si l’on apprend à sortir de la peur, de l’étourdissement du monde et des injonctions de réussite, de compétition. Alors, il faut oser prendre du temps. Du temps pour rien. Pour aller se promener dans la nature. Pour faire silence. Écouter le chuchotement du monde. Puis, se tourner vers les autres, construire ensemble, coopérer. Au final, il s’agit d’oser l’amour. Pour soi, pour les autres, la nature, le monde. L’amour, l’humour, la tendresse.
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